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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Beginners

                                              

 - Titre original : Beginners

 - Film américain sorti le 15 juin 2011

 - Réalisé par Mike Mills

 - Avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent, Christopher Plummer,…

 - Comédie dramatique 

              Oliver, illustrateur à Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père Hal tire sa révérence après avoir fait son « coming-out » à 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d'un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu'au jour où il rencontre Anna…

Ewan McGregor. MK2 DiffusionChristopher Plummer & Ewan McGregor. MK2 Diffusion

            En soi, l'histoire peu originale d'un trentenaire aisé ayant quelques talents d'artiste qui se retrouve en plein spleen après la mort de son paternel et une succession d'échecs sentimentaux n'avait à la base rien de bien séduisante. Déjà vue de façon plus ou moins lourdaude ou prétentieuse dans un millier de productions indépendantes. Pourtant Beginners est sûrement l'une de ces productions U.S. estampillé « Sundance » (soi-disant pas produites par les studios avec quelques acteurs célèbres cherchant le temps d'un film à revendiquer leur volonté de ne pas appartenir au système) les plus sympathiques de ces derniers mois.  

            La raison ne vient pas vraiment de la mise en scène. Si elle garde un certain dynamisme par quelques idées de montage plutôt inspirée, la réalisation demeure assez classique, sans grande audace technique ou visuelle. Là où le film dispose d'un sérieux atout c'est dans son scénario. Que ce soit dans sa structure, mélangeant de façon limpide le présent et les évènements passés du héros, ou dans son écriture, par le biais de dialogues justes et souvent très drôles. Beginners refuse justement un trop fort pessimisme et un réalisme sombre qui correspondrait à la dépression du personnage. Mike Mills privilégie une sorte d'ambiance rêveuse, lunaire qui fait écho au caractère naïf, inexpérimenté du jeune héros (« beginners » voulant dire « les débutants »). Un héros qui croit tout connaitre dans la vie : vie de famille complexe, déceptions amoureuse, solitude, deuil,... mais qui ressemble plus à un nouveau-né perdu qui ne comprend pas comment fonctionne le monde et les gens autour de lui.  

             Le film tient avant tout sur les épaules d'Ewan McGregor qui interprète le personnage principal qui raconte son histoire notamment par le biais d'une voix off pas trop désagréable et plutôt bien employée. Il arrive à insuffler une certaine sympathie à son personnage qui ne parait jamais arrogant ou trop égocentrique. Avec son personnage plein de faiblesses qui le rendent attachant, McGregor a rarement été aussi juste, ce qui n'est pas une mince affaire quand on voit certains de ces derniers rôles (dont The Ghost Writer de Roman Polanski). Mais il doit faire face à une rude concurrence avec Christopher Plummer qui interprète son père défunt qui, après la mort de sa femme, lui annonce qu'il est gay depuis près d'un demi-siècle. La grande prouesse de ce grand acteur qu'est Plummer c'est de ne pas jouer son rôle avec tous ces tics agaçants et grotesques que l'on affuble en général aux homosexuels. Pas de féminisation, pas une voix ou une attitude de « grande folle hystérique ». Grande sobriété donc qui amène une certaine modernité à Beginners (que l'on doit donc à l'intelligence de Plummer). Même Mélanie Laurent ne surjoue pas même si sa meilleure scène reste celle de la rencontre avec le héros alors qu'elle est temporairement muette (scène par ailleurs assez irrésistible et réussie). A noter aussi que le chien « joue » très bien et se révèle étonnamment expressif.  

            Le film joue sur l'illusion, sur ce qui est caché. Il faut un certain temps pour que l'on puisse élucider la véritable nature des personnages. Tout comme l'homosexualité du père a été gardée secrète pendant plus de quarante ans, l'identité et le passé d'Anna sera un mystère pendant plus de deux tiers du long-métrage. Le héros est aussi difficile à cerner, d'autant plus qu'il masque son malaise et ses pensées. La scène de la soirée déguisée vers le début du film le montre grimé dans son exact opposé : le docteur Freud. Soit un psychanalyste âgé alors qu'il est un trentenaire quelques peu « immature » qui serait plus à sa place sur le divan. Seuls ses dessins permettent de voir son humeur et ses pensées dépressives (et humoristiques) ; Anna utilise au départ elle-même son carnet de notes comme intermédiaire pour la communication. Le parcours du héros est, tout au long du film, celui de la « maturité », de la compréhension de l'amour et de cette vie de couple à l'encontre de laquelle il a toujours été méfiant. Que ce soit au sujet de ses parents, constamment en froid jusqu'à la mort de la mère, au sujet de la relation qu'entretien son père sur le seuil de la mort avec un garçon aussi âgé que son fils, au sujet de ses propres échecs sentimentaux et de l'appréhension de sa relation avec Anna. Comment cela fonctionne-t-il ? Question qui sera posées explicitement par le héros lors de la dernière ligne de dialogue de Beginners.    

            Le long-métrage de Mike Mills est aussi un film sur l'émancipation. Que devient-on quand nos parents meurent ? Que faire d'autant plus lorsque ceux-ci n'ont pas été de vrais modèles notamment au niveau relationnel ? Le personnage principal va devoir accepter son passé et ses démons. En premier, il doit d'abord rétablir un lien avec son père qui, autrefois continuellement absent, avait fini par disparaitre. Il doit ensuite accepter ce nouvel arrivant qu'est ce beau-père du même âge que lui et comprendre l'amour que ce dernier porte à son paternel. La dernière étape est évidemment de construire une relation durable avec Anna et de ne pas reculer comme il l'avait fait lors de ces précédentes aventures (c'est toujours lui qui était parti). Le chemin du héros doit l'amener à comprendre les actes de ses parents afin de pouvoir construire un couple en essayant d'éviter de reproduire les erreurs, les regrets de ceux-ci. Le héros doit dépasser cette peur de l'engagement qui le suit depuis son enfance et à sortir de cette solitude qui ne l'amène qu'à communiquer avec son chien. Ce dernier ne supporte d'ailleurs pas d'être séparé de son maître mais une des scènes les plus importantes et symboliques de Beginners voit le personnage principal qui se retrouve obligé de s'en séparer temporairement.  

            Le long-métrage de Mike Mills est donc une belle bouffée d'humour et d'émotions. Un film à la fois plein de tendresses, d'intelligence et de subtilités portés par des acteurs impliqués et inspirés qui ne souffre que de quelques baisses de régimes et d'un étirement en longueur un peu trop perceptible lors du dernier tiers. Mills se montre comme un metteur en scène assez prometteur, mais aussi comme un étonnant scénariste et, plus encore, comme un directeur d'acteurs brillant. 

NOTE à 7 / 10

Ewan McGregor & Mélanie Laurent. MK2 DiffusionEwan McGregor & Mélanie Laurent. MK2 Diffusion

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