Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Bullhead

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/84/79/20022992.jpg
Titre original : Rundskop
Film belge sorti le 22 février 2012
Réalisé par Michael R. Roskam
Avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy,…
Drame, Policier
Jacky est issu d'une importante famille d'agriculteurs et d'engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d'hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…
      

Depuis près d’un siècle, le « film noir » a connu bien des mutations. Mais il s’est toujours débrouillé pour en garder les principaux codes : gangsters méchants ; truands recherchant une rédemption qui prend souvent l’apparence d’une inéluctable mort violente ; « bons » flics aux méthodes parfois à la limite de ce que la loi autorise ; femme fatale... Il lui arrive cependant de prendre une forme parfois décalée, voire inattendue. C’est le cas avec Bullhead de Michael R. Roskam.

Sa première particularité : il ne se déroule pas dans le Los Angeles des années 30 ou 40 et n’a pas pour cadre les Etats-Unis. Bullhead est un long-métrage profondément marqué par sa nationalité : il est transposé dans la Belgique rurale actuelle. Rien de bien glamour. Autre particularité : cette mafia mise au centre du film n’est pas sicilienne ou russe. Ce n’est pas LA grande mafia. Roskam a décidé de spécifier son film, de le démarquer des autres en prenant pour sujet un groupe de trafiquants qui n’avaient jusque là presque jamais eu les honneurs du grand écran. Et un groupe de trafiquant presque « typique » du « plat pays » : la mafia des hormones. Celle qui joue dans la cour du trafic de substances chimiques visant à fortifier les troupeaux de vaches pour en tirer facilement des morceaux de barbaques de soi-disant premier choix mais qui sont surtout véritablement bon marché.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/11/53/19666380.jpgFilm noir belge

Le film suit Jacky Vanmarsenille, jeune homme à la carrure très impressionnante et aux traits pas vraiment harmonieux. Il est le descend de l’une des familles phares de cette mafia des hormones. Tout se déroule pour le mieux jusqu’à ce qu’un truand qui cherche à faire des affaires avec son groupe ne trouve rien de mieux que de tirer sur la voiture d’un agent de l’ordre et de tuer au passage son conducteur. Le satané véhicule se retrouve donc en des mains diverses qui s’acharnent à le faire passer à un autre qui se décidera peut-être enfin à la cacher définitivement. Manque de pot évidemment, celle-ci va finalement finir par refaire surface et attirer des ennuis à ses propriétaires innocents, les Vanmarsenille. Au prix de leur tranquillité.

La trame est ainsi assez classique : une famille de mafieux jouissant paisiblement de ses actions illégales, est soudainement contrariée par l’arrivée d’un truand amateur et peu fiable qui les entraine dans sa chute et attire l’attention des policiers. L’originalité est qu’elle se déroule en grande partie dans des fermes paumées dans des champs interminables parsemés de temps à autres de quelques villages glauque et sans âme où survivent tant bien que mal quelques bordels. Un « no man’s land » flamand en quelques sortes.

Si le film est assez plaisant à regarder c’est en premier lieu par le décalage permanent qu’il y a entre ces scènes que l’on connait déjà par cœur et ce décor inhabituel. Un décalage renforcé par une poignée de personnages rustiques, parfois assez dingues. On se retrouve alors face à un duo de garagistes crétins, un jeune attardé assez embarrassant (ces scènes sont à deux doigts d’être consternantes), un indic homosexuel qui pète pendant qu’il téléphone… La force et la faiblesse du film réside ici. D’un côté, on peut réellement s’amuser de la peinture absurde, presque vulgaire, de cet univers ; de l’autre, on peut très vite être agacé par ce vernis bien artificiel qui tente de cacher un récit des plus codés. L’appréhension du film dépend véritablement de l’acceptation de ce parti pris initial. On trouvera alors que Bullhead est soit une étonnante relecture comico-tragique du « film noir », soit un long-métrage grossier qui use de séquences parfois outrancières pour susciter le rire ou les larmes.

Entre réalisme et onirisme

On comprend néanmoins rapidement que ce n’est pas l’histoire qui risque d’élever le long-métrage de la moyenne des films de gangsters qui sortent toujours aussi régulièrement. La mise en scène rattrape déjà les nombreuses scories de Bullhead. Elle est précise, assez immersive et dotée, ici et là, de quelques idées assez pertinentes. On peut lui reprocher un aspect trop maîtrisé qui ne correspond pas forcément à la peinture de ce monde, que Roskam veut réaliste. Contrairement à la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, auquel il fait parfois souvent penser, Bullhead n’a pas ce côté spontané, « pris sur le vif », qui faisait le sel des trois films danois. En fin de compte, il n’y a vraiment que l’excellente séquence de la discothèque qui ressemble pleinement à ce que Refn aurait pu réaliser (avec les mêmes ralentis en prime).

L’influence semble plus française puisqu’elle vient plutôt d’un auteur comme Jacques Audiard. Entre un réalisme parfois cru et un onirisme à la limite du fantastique. Entre film de genre et film d’auteur. Le personnage principal ne déteindrait d’ailleurs pas de sa filmographie ; et comme pour confirmer cette idée, Audiard a fait de l’acteur Matthias Schoenaerts le héros de son prochain long-métrage intitulé De rouille et d’os. C’est grâce à ce dernier que Bullhead se démarque vraiment. D’abord parce que le film marque l’éclosion fulgurante d’un acteur comme on en a rarement vu ces dernières années. De mémoire, on ne pourrait citer comme équivalence que Tom Hardy dans le Bronson de Refn et Tahar Rahim dans Un Prophète de Jacques Audiard (des noms de réalisateurs qui ne tiendraient que du hasard ?)

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/11/53/19666379.jpgLa Bête et la Belle

Matthias Schoenaerts est une masse brute comme on en a rarement vu au cinéma. Magnifié (hypertrophié ?) par la caméra de Roskam, il remplit l’écran de ses muscles démesurés. Dès le départ, Jacky n’est pas caractérisé comme humain. Il est trop énorme, trop « brut de décoffrage ». Rarement un corps n’a paru si vrai, si palpable à l’écran. C’est aussi un personnage bien mystérieux qui semble cacher, derrière son apparence de monstre à la chair gonflée, des blessures immenses. Si son attitude étonne au cours de la première demi-heure, elle s’explique ensuite par la révélation de son trauma. Cette séquence est le test ultime pour savoir si le spectateur est capable de supporter le long-métrage. Si on la trouve outrancière, et elle l’est, et qu’on refuse d’y adhérer, alors il est fort probable que l’on détestera le long-métrage tant la suite prendra cette évènement comme fil rouge. Si l’on arrive à dépasser son côté éminemment absurde et improbable, alors on arrivera à supporter tous le reste de Bullhead.

En évitant de trop en dévoiler, on peut au moins dire que ce traumatisme est déjà d’une violence assez insoutenable. Mais aussi outrancière soit-elle, elle est la source du caractère tragique de son personnage. Un caractère tragique et ironique puisque c’est à cause de cet évènement que Jacky se dope à la testostérone, ce qui lui exacerbe notamment la musculature. Un traitement qui lui donne le surnom de « Bullhead », c’est-à-dire « tête de taureaux », tant son apparence massive le rapproche plus d’un bovidé que d’un hominidé. Pourtant, Jacky n’a justement rien d’un taureau. Triste ironie qui veut qu’il surcompense son déficit de virilité en développant des caractéristiques masculines annexes. Une ironie double qui le voit justement accompagné de ses pairs. Plus bête qu’homme, Jacky souffre de cette mise à l’écart qu’il n’a pas souhaitée et auquel rien ne l’avait prédestiné.

Dans une relecture de la « Belle et la Bête », Jacky tente de chercher refuge chez une femme qu’il a toujours aimé mais qu’il n’ose approcher tant elle est liée à son secret. Une échappatoire illusoire qui lui fait miroiter un temps un bonheur inatteignable. Mais la conclusion ne peut être un « happy end », d’autant plus que l’étau de la police ne cesse de se refermer en parallèle. Confronté à un ami perdu de vue, lui-même lié à cet évènement traumatisant et qui avait refusé de l’aider par peur, Jacky devra essayer de conserver l’unique lien humain qui lui est encore possible. Car la « bête » ne supportera pas d’être éloignée des siens. De ce point de vue là, l’unique scorie vraiment notable est le jeu catastrophique et l’absence totale de charisme de l’actrice interprétant cette « femme fatale inaccessible » et qui rend parfois ridicule la quête éperdue de Jacky tant l’objet de son désire n’a absolument rien de spécial. Mais le final tragique et désespérée du film est au diapason du reste du long-métrage : audacieux ou pathétique. Il est en tout cas en parfaite cohérence avec le parcours de cet homme animal qui voulait désespérément être humain.

NOTE :  6,5 / 10

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/84/79/20019273.jpg
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article