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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Hunger Games

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Titre original : The Hunger Games

Film américain sorti le 21 mars 2012

Réalisé par Gary Ross

Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth,…

Action, Drame, Science-fiction

Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, l'impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille - les "Tributs" - concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n'est plus désormais qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour...

       

La série « Harry Potter » au cinéma s’est enfin achevée l’été dernier après une bonne décennie où elle revenait annuellement en grandes pompes sur les écrans. La passionnante et si dense saga « Twilight » va enfin arriver à son terme d’ici une poignée de mois (fin du calvaire normalement prévu pour novembre prochain). Il faut donc trouver le digne successeur qui trustera les cinémas pendant les quatre ou cinq prochaines années. Et pour postuler à ce poste, il faut remplir plusieurs conditions.

Etre d’abord un phénomène littéraire, et c’est d’autant mieux si l’on concerne particulièrement une frange « jeune » du lectorat. Il faut aussi être une série de livres, histoire que la franchise lancée puisse pleinement être amortie au niveau des frais. Il ne s’agirait pas de lancer un projet d’adaptation qui ne s’étendrait pas au moins sur trois années. Et au cas où il n’y ait pas assez de livres (trois ou quatre), la solution que l’on peut envisager est de diviser en deux le dernier opus sous le prétexte fallacieux de faire deux fois plus plaisir aux fans mais dont la réelle motivation est évidemment de s’en mettre deux fois plus dans les poches. Si la forme doit avoir à peu près cet aspect, le contenu peut-être un peu plus libre. Dans la majorité des cas, il est préférable que les héros soient jeunes (les livres puis le film leur étant destinés, il faut bien qu’il trouve un moyen de se retrouver dans les personnages). Leurs univers peuvent par contre être très divers : aller de l’héroic fantasy au fantastique voire à l’anticipation.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/51/91/20038607.jpgArtificialité

C’est cette dernière option qui nous concerne ici puisque le best-seller adapté pour succéder aux deux franchises aux qualités cinématographiques plus qu’inégales n’est autre que « Hunger Games » écrit par Suzanne Collins. Si l’histoire ne dit peut-être rien à la plupart des moins de quinze ans, surtout s’ils sont américains, elle ne pourra s’empêcher de rappeler aux autres la trame principale du manga « Battle Royale » de Koshun Takami, puis adapté en film par Kinji Fukusaka. Dans un futur plus ou moins proche, qui voit une société totalitaire prospérer, des jeux sont organisés pour rappeler à chacun des douze districts qui découpent l’Etat, qu’ils sont au service du Capitole contre lequel le treizième district, désormais rasé, a tenté un jour de se redresser. Le principe est simple : une jeune fille et un jeune garçon sont prélevés de chaque district, avant d’être placé dans une arène gigantesque où ils devront s’entretuer pour rester le dernier survivant.

Un parti pris un peu surréaliste qui, pour paraitre crédible aux yeux du spectateur, doit avant tout s’appuyer sur une peinture précise et efficace de ce monde totalitaire. Le problème est que tout ce que l’on voit à l’écran est une version appauvrie de ce qui a déjà été vu ailleurs. Le caractère totalitaire du pays n’est jamais assez appuyé. Hormis la séquence d’introduction qui voit un village de miniers entouré de barbelés avec quelques soldats anonymes recouverts d’une armure d’une blancheur et d’une propreté qui détonne avec le reste de l’environnement, ce monde futuriste ne parait en rien aussi étouffant et inhumain que le « 1984 » de George Orwell, pour reprendre l’exemple le plus célèbre. De révolte, il n’y en a presque pas ; et l’unique qui a lieue au cours du film est filmée n’importe comment et expédiée en une poignée de minutes sans que l’on comprenne vraiment son utilité dans le récit.

Si vous avez déjà vu des standards comme L’Age de Cristal de Michael Anderson ou THX 1138 de George Lucas, il est fort peu probable que le « Capitole » n’ait pas un gros air de déjà-vu à vos yeux. L’architecture des bâtiments et des couloirs est sensiblement la même. La grosse différence, pas en bien d’ailleurs, réside plus dans la décoration et les costumes. A ce niveau-là, on frise à plusieurs reprises le ridicule tant il est impossible de prendre au sérieux l’univers que l’on a sous les yeux. Certes, Hunger Games se veut être une critique entre autres de l’artificialité, mais il y avait sûrement un moyen plus subtil de le montrer qu’en affublant au moindre détail, vêtements ou coiffures, un style rococo d’un tel mauvais goût qu’il ferait passer le Marie-Antoinette de Sofia Coppola pour un film d’Ingmar Bergman en terme de sobriété. Alors oui, le décalage entre ce Capitole tout puissant et le district douze, celui d’où vient l’héroïne et qui censé être le plus pauvre, est absolument inratable (même être daltonien ne suffirait pas pour le manquer).

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/51/91/20038611.jpgAseptisation

Néanmoins ce monde ne semble pas très cohérent d’un strict point de vue visuel, chaque détail se mariant mal avec un autre et tout semblant sortir au hasard comme s’il s’agissait de références mal digérées qu’il s’agirait de bêtement recracher pour respecter un quelconque cahier des charges. Pour exemple de schématisation et de personnalisation grossière on peut prendre le cas de l’introduction du district 12 : c’est, en gros, un village de western à ce que l’on peut juger des quelques plans filmés avec une caméra portée absolument insupportable et injustifiée. On peut voir ici toute la finesse de cette comparaison binaire : pauvre et ancien contre riche et moderne. La caractérisation des personnages est à l’avenant puisque la plupart d’entre eux sont des stéréotypes apparemment immuables. Et au jeu du cliché, Hunger Games pourrait être roi car l’on y retrouve entre autres un ancien vainqueur ayant sombré dans l’alcoolisme après avoir échoué à se remettre de son épreuve, un présentateur cynique et faux (Stanley Tucci dans un surjeu embarrassant doublé d’une perruque bleue à faire vomir), un noir gentil, un vieux chef austère,…

Malheureusement, c’est aussi le cas des personnages centraux de l’histoire, à savoir les jeunes ados guerriers. De même donc, on a le grand méchant blond (qui révèlera une faiblesse insérée maladroitement à la dernière minute), la jeune fille perverse et cruelle, la petite toute mimi,… Aucun ne sortira de ces images qu’on leur a affublées dès le départ et ils seront dézingués à une vitesse telle qu’il est impossible d’en éprouver une once d’empathie. On en arrive au problème central d’Hunger Games, qu’il peine véritablement à résoudre : celui de la représentation. L’éternel problème cinématographique qui apparait dès lors qu’un sujet assez dur se retrouve destiné à être montré au grand public. Des concessions sont ainsi absolument nécessaires et entachent le récit. Les ados choisis pour s’entretuer sont des ados typiques des séries télévisées américaines, c’est-à-dire qu’ils ont pour la plupart vingt-cinq ans d’apparence (et parfois de fait). La morale est alors sauve, ce qui appauvrie considérablement le propos du matériau d’origine censé montrer l’ignominie d’une télévision prête aux moindres bassesses pour faire de l’audience et offrir un spectacle fascinant de violence et de drame, un combat de gladiateurs futuristes. A noter une autre étrange fait, les armes n’ont pas évolué d’un iota après toutes ses années malgré l’existence dans ce monde de frelons venimeux, de trains « volants » ou d’hologrammes géants. Dire qu’il s’agit là d’une paresse dans la description futuriste de ce monde est un pas qui vaut mieux ne pas franchir mais cela contribue en tout cas à rendre difficile la crédibilité de cet univers S.F.

Le hic dans Hunger Games n’est néanmoins pas tant de montrer la précocité des combattants que la violence des combats. Il faut donc, pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’un gentil blockbuster, représenter les morts de façon brutale afin de mettre le spectateur dans un inconfort qui l’oblige à réfléchir sur ce qu’il est en train de regarder. Si Hunger Games est un film étonnamment violent pour un « PG-13 », le sang ne manquant pas de couler, il arrive à se débrouiller pour rendre ça acceptable et absolument pas marquant. Et cela de la pire des façons. On verra bien du sang gicler, mais les plans tremblotants d’une demi-seconde vous cacheront bien d’où il provient. La médiocrité de la mise en scène des combats reflète à la fois l’incompétence totale du réalisateur à savoir filmer correctement une scène d’action (et il n’a pas dû être aidé par le surestimé Steven Soderbergh en tant que directeur de seconde équipe) ainsi que l’impossibilité de l’équipe à résoudre ce problème de représentation. Alors on secoue le tout en laissant transparaitre quelques plans « gores » pour donner l’illusion au public que quelque chose de choquant est en train de se produire. Mais en l’état, cela soustrait la moindre empathie, la moindre intensité et le moindre impact à ces scènes d’actions qui sont souvent des poursuites ou des luttes illisibles. Il n’est pas étonnant de voir que l’unique séquence de tension réussie, parce qu’elle est filmée en plans « stables », est celle du nid de frelons lorsque l’héroïne est coincée sur un arbre.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/51/91/19854451.jpg« Hit Girl »

Venons-en justement au personnage principal, Katniss Everdeen, interprété par Jennifer Lawrence. A la décharge des bouquins, on peut au moins saluer l’initiative de mettre une femme au centre d’un blockbuster, ce qui se fait malheureusement toujours aussi rare. D’autant plus qu’elle semble capable de rendre des coups à l’inverse de la léthargique Bella Swan de « Twilight ». On peut alors tomber pendant un temps dans l’illusion voulue d’une soi-disant héroïne « bad-ass ». Elle est en effet capable de tirer à l’arc, de survivre dans la nature et d’aider son jeune acolyte masculin au point de lui sauver plusieurs fois la mise. Mais si l’on s’y penche de plus près, on peut remarquer que de nombreux détails clochent.

Ce n’est pas une héroïne si libre d’esprit que ça. Jamais elle ne se rebellera contre l’autorité alors que la population soumise semble la prendre pour étendard d’une révolte qui n’aura visiblement lieu que dans le prochain épisode. Sa plus forte bravade a lieu lors de l’examen final qui conclut son entrainement. Son iconisation tient plus du bluff comme le démontre la séquence du défilé de chars (aux incrustations et aux effets spéciaux plus que douteux). Sa participation au jeu ne tient pas au choix volontaire mais bien au sacrifice qu’elle se résout à faire. Et elle ne fait en fin de compte que subir ce que lui imposent les organisateurs du « Hunger Games » et tombe même amoureuse sur « l’ordre » de ceux-ci. Pour une femme battante et rebelle, on a connu mieux. Malgré son apparence de chasseuse, Katniss est une coquille vide, un idéal de femme que l’on veut indépendante mais pas trop. L’unique acte d’« insoumission » qu’elle fera sera d’accepter de se donner la mort pour refuser la manipulation de trop.

Si Jennifer Lawrence est clairement ce qu’il y a sauver de ce blockbuster sans âme ni style, c’est avant tout pour son charisme, sa fraicheur et son naturel qui font d’elle l’une des jeunes actrices américaines les plus intéressantes de ces dernières années, assez éloignée d’ailleurs des canons de la bimbo sans cervelle et superficielle. Il est juste dommage que son talent soit mis au service d’un personnage au final assez inconsistant (ou en tout cas mal adapté). Hunger Games, en plus d’une direction artistique médiocre et peu inspirée, d’un scénario qui peine à révéler les enjeux et la richesse de l’univers qu’il introduit (à l’inverse du mal-aimé John Carter d’Andrew Stanton), d’un casting majoritairement peu enthousiaste, d’une bande son passe-partout risible et d’une mise en scène impersonnelle, dénuée de tout génie ou de vitalité, est enfin un film assez hypocrite. Un long-métrage qui critique un jeu télévisé dont il recopie pourtant les principes.

Car le film doit aussi son succès avec cet appât de la violence qu’il nous fait miroiter. On y vient pour voir une lutte à mort. On cherche à assouvir nos bas-instincts tout en y voyant de l’héroïsme, du grand sentiment, des rebondissements. Et Gary Ross nous satisfait en faisant à son tour intervenir des enjeux artificiels : le coup des « hyènes » qui sortent de terre, élément soudain purement fantastique qui est le point d’orgue de la caractérisation à la truelle de ce monde sans cohérence ; une pommade qui guérit les blessures ; le trauma de Katniss qui tombe comme un cheveu sur la soupe… Bref, la critique d’un média par un autre qui emploie exactement les mêmes méthodes pour les condamner sans le moindre recul. Aucun remise en question par la forme, ni par le fond. Il ne s’agit bien là que de posture pour se donner une crédibilité et une maturité inutile pour se démarquer des « franchises jeunesses ». Inutile car celles-ci voient de toute façon de plus en plus son public comme un troupeau de jeunes immatures prêt à raquer suffisamment pour un spectacle qui se moque ouvertement de lui, sans même lui offrir le minimum syndical. A ce niveau-là, Hunger Games est un tantinet plus sérieux et généreux, mais il ne s’agit au final que d’un « demi-film » dont la fin, abrupte, appelle forcément une suite puisque de nombreux détails ne sont pas résolus (à ce petit jeu-là, John Carter était plus abouti et parvenait mieux à être un « film fini »). Et vu l’accueil monstrueux, délirant et injustifié qui lui a été réservé au box office américain, on est bien reparti pour en manger encore quatre ou cinq ans.

NOTE :  3,5 / 10http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/51/91/19796513.jpg

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H
Excellent ton article que je rejoins absolument même si je reste beaucoup moins sévère.
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K
<br /> <br /> C'est vrai que j'ai été un peu véhément. Mais je suis assez dégouté qu'un film imparfait mais très prometteur comme John Carter se plante complètement pendant qu'un autre film encore<br /> plus imparfait et dénué de promesse fasse un score astronomique et à mon sens injustifié au box office américain. Les choses sont parfois mal faites...<br /> <br /> <br /> <br />