Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américano-australien sorti le 27 octobre 2010
- Réalisé par Zack Snyder
- Avec Emily Barclay, Abbie Cornish, Essie Davis,
- Animation, Fantastique, Aventure,
C'est l'aventure de Soren, une jeune chouette fascinée par les histoires épiques que lui racontait son père sur les Gardiens de Ga'Hoole, une bande de mythiques guerriers ailés qui avait mené une grande bataille pour sauver la communauté des chouettes des Sangs Purs...
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S'il y a bien un nouveau réalisateur qui divise les cinéphiles ces dernières années, c'est bien Zack Snyder. Les uns le voient comme un petit génie visionnaire particulièrement doué au niveau de l'esthétisme de ses long-métrages ; les autres comme un fumiste poseur et décérébré symbolisant tout ce que la culture « geek », devenue à la mode et politiquement correct, peut offrir de pire. La vérité semble dans cet entre-deux et Le Royaume de Ga'Hoole ne fait que le confirmer.
Le principal reproche que l'on puisse faire sur les aptitudes filmiques de Zack Snyder est qu'il a une certaine tendance à bêtement recopier les matériaux d'origine, et qu'il adapte sans faire un vrai travail de réflexion et d'appropriation. C'était déjà le cas de 300, mais c'est encore plus le cas de Watchmen ; film considéré par une bonne partie de la critique et du public comme un chef d'oeuvre du genre alors qu'il n'est qu'un bon film de super-héros très loin de tutoyer les sommets que sont les Spider-man 2, Batman : le défi, Les Indestructibles et Incassable. Bénéficiant de l'exceptionnelle richesse thématique de l'oeuvre d'Alan Moore, le film proposait quelques pistes intéressantes, quelques réflexions pertinentes et un visuel, certes poseur, mais assez impressionnant, les scènes d'actions insupportables mis à part. Mais le long-métrage de Snyder ressemblait bien trop à « une bande-annonce de deux heures quarante » qui aurait pour but de résumer, et donc de survoler complètement, la BD. Le constat final étant que Snyder n'était en (presque) rien responsable des quelques qualités de Watchmen. Le Royaume de Ga'Hoole dispose du même problème, mais dans le sens inverse cette fois.
Pour le coup, le dernier film de Snyder est une vraie réussite du point de vue des images et de la mise en scène. Les paysages sont grandioses, la photographie est magnifique, les cadrages sont bien choisi, le montage est rythmé sans être épileptique et les ralentis si caractéristiques de Snyder (pourtant agaçant dans Watchmen surtout quand ils surlignaient à outrance les scènes d'action) rendent plus pertinent l'utilisation de la 3D qui est ici éblouissante. Le Royaume de Ga'Hoole est avant tout un gigantesque plaisir pour les yeux. Snyder réussit même à livrer quelques unes des plus belles séquences de l'année, la palme revenant à celle où la chouette Soren, lors d'une nuit d'orages particulièrement violents, vole au ralenti au milieu de milliers de gouttes de pluie, la 3D donnant l'impression aux spectateurs qu'ils sont entourés de ces gouttelettes étincelantes. Moment de grâce magique mais qui n'est pas le seul : impression de profondeur vertigineuse lors de scènes de vol épiques, souci du détail rendant les paysages splendides et grandiose, batailles aériennes qui rappellent quelques belles séquences d'Avatar,... Et il faut féliciter la société « Animal Logic », qui avait travaillé sur Happy Feet, pour son admirable travail sur la modélisation et l'animation des différentes chouettes du film, à un tel point qu'on pourrait les croire réelles.
Le problème c'est que sur tous ces points forts, bien peu sont vraiment imputables à Snyder. La beauté visuelle hallucinante du film vient avant tout bien plus du boulot titanesque accompli par les nombreux animateurs d'« Animal Logic », qui travaillaient sur le film dès l'annonce de sa production, que d'un véritable apport de Snyder qui arriva assez tard sur le projet. Les principaux apports de Snyder semblent avant tout les ralentis dont il est très friand et la supervision d'un montage efficace, clair mais qui amène beaucoup trop de raccourcis préjudiciable à l'intrigue. Car si Snyder a vraisemblablement progressé dans la façon de tenir une histoire de manière cohérente, notamment le parcours de Soren respectant dans l'ensemble les étapes classiques de celui du héros devenant un « mythe », son récit souffre de quelques facilités d'écriture. Facilités qui malmènent la cohérence du récit notamment la crédibilité du parcours du héros qui se fait dans un laps de temps improbable. On est certes dans le domaine du film pour enfants (quoique) mais cela n'excuse pas ce genre de facilités, Soren accomplissant en trois jours des actions que la plupart des autres protagonistes ne pourraient même pas accomplir sans un très long entrainement.
Des séances d'entrainement qui sont bien trop courtes au détriment de certaines scènes plus dispensables, notamment dans la première demi-heure. Et lors de l'une de ces rares scènes, Snyder fait un choix très malencontreux de bande son (douloureux souvenir du « Hallelujah » de Watchmen). La bande originale n'est, entre parenthèses, pas non plus très judicieuse : bien trop grandiloquente, pompière et copiant bien souvent et pâlement celle d'Howard Shore pour la trilogie du Seigneur des Anneaux. Mais les faiblesses d'écritures se ressentent surtout sur la caractérisation des personnages. Le changement de camps du frère de Soren n'est pas des plus subtils par exemple ; le grand méchant Bec d'Acier est terriblement caricatural et n'a pas d'autre but que de dominer le royaume des chouettes, l'incarnation assez bancale du Mal en somme ; certains personnages secondaires ne sont pas suffisamment étoffés et parfois limités à quelques running gags censés les caractériser ; et le traitement scénaristique de Mrs Plithiver, le serpent, est quasi-criminel.
Cependant, en marge, on peut noter un ton plus sombre que dans la moyenne des dessins animés pour enfants, l'humour étant tout sauf le point fort du film tant il est peu présent et efficace. Certains passages sont assez violents et impressionnants, la bataille finale, toutes proportions gardées certes, est par exemple plus proche du Seigneur des Anneaux que du Alice au pays des merveilles de Burton. Et en filigrane, on pourra remarquer une esquisse de discours sur le rapport entre le mythe, le héros et la réalité bien plus sombre, violente et moins romanesque (la chouette héroïque qu'admire Soren tout au long du film se révèlera bien différente de ce qu'il avait imaginé). Le Royaume de Ga'Hoole, malgré son « happy end » laissant présager une possible suite, le film n'étant que l'adaptation des trois premiers livres de la série, se révèle donc plus pessimiste et mature que prévu, allant jusqu'à refuser toute rédemption à certains personnages.
Le Royaume de Ga'Hoole demeure donc sur le haut du panier des productions récentes, car malgré tous les défauts que l'on peut reprocher à Snyder il n'en reste pas moins bien plus talentueux que bons nombres de faiseurs et de « yes-men » sans personnalité actuels. On regrettera juste un scénario beaucoup trop faible et mal écrit, quelques longueurs et, paradoxalement, de trop nombreux raccourcis dans le déroulement de l'histoire qui gâchent un spectacle visuel hallucinant de beauté et d'immersion. On attend maintenant avec une certaine inquiétude son Sucker Punch dont les premières images sont loin d'être rassurantes.
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