Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 14 juillet 2010
- Réalisé par Lee Unkrich
- Avec Tom Hanks, Tim Allen, Michael Keaton,
- Animation, Aventure, Comédie
Andy s'apprête à partir pour l'université. Délaissée, la plus célèbre bande de jouets se retrouve à la crèche. Les bambins déchainés et leurs petits doigts capables de tout arracher sont une vraie menace pour eux. Il devient urgent d'échafauder un plan pour leur échapper au plus vite. Quelques nouveaux venus vont se joindre à la grande évasion, dont l'éternel séducteur et célibataire Ken, compagnon de Barbie, un hérisson comédien nommé Larosse, et un ours rose parfumé à la fraise appelé Lotso...
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L'idée que Pixar ait décidé de réaliser plusieurs suites à quelques unes de ses oeuvres les plus emblématiques était pour le moins inquiétante. Pour quelle raison le studio de la célèbre lanterne se tournait-elle vers cette option à priori facile ? Besoin d'une petite pause après une longue succession de chefs d'oeuvre de plus en plus originaux, sombres et ambitieux ? Perte de créativité ? L'unique incursion du studio dans ce « genre », avec Toy Story 2, avait cependant donné un épisode plus réussi encore en terme d'écriture des personnages ainsi que techniquement. Toy Story 3 vient nous confirmer qu'il n'est pas encore temps de douter du studio de Lasseter et se permet en plus d'être le film le plus adulte et sombre de la saga (et probablement de tous les films Pixar produit jusque là, ce qui n'est pas rien).
On retrouve donc la troupe de jouets emblématiques dix ans plus tard et elle est confrontée à l'inévitable : Andy a grandit et doit se séparer de ses vieux jouets. C'est cette inquiétante perspective qui sert de fil rouge à l'intrigue, et ce, dès le départ lorsque l'on assiste à une opération désespérée où les jouets tentent d'attirer Andy à eux avec l'aide de son portable. Nos héros vont-ils alors réussir à se « recycler » sans passer par le vide ordure ? Toy Story 3 poursuit donc dans la voie du second opus, en approfondissant encore plus la psychologie des personnages et en montrant bien les nombreux dilemmes que pose leur condition de « jouet ». Dilemmes qui sont évidemment par extension universels comme la crainte de vieillir et de ne plus être « utile », la peur de l'abandon,... L'aventure se trouve donc sous le sceau de cette angoisse permanente, ce qui confère au film une aura si pessimiste, presque morbide, que seul Wall-e et Là-haut avait réussi à atteindre le même niveau. Cependant Lee Unkrich évite d'utiliser de grands sabots et conserve la grande subtilité qui est l'une des nombreuses marques de fabrique du studio. Changement de registre donc, du moins pendant une bonne moitié du long-métrage, vers le film de prison et d'évasion. Tous les codes y sont respectés : guerre de « gangs », chef autoritaire, punition à la moindre désobéissance, système de sécurité infaillible On pense souvent à La Grande Evasion, Papillon ou L'Evadé d'Alcatraz alors que s'esquisse légèrement l'image d'une société autoritariste dans un milieu concentrationnaire. C'est dans cette perspective que Toy Story 3 pourrait prendre au dépourvu les plus jeunes spectateurs.
Mais on est quand même chez Pixar donc le film ne délaisse pas l'humour, même si moins présent que dans les deux épisodes précédents, afin de désamorcer certaines scènes qui auraient pu être trop sombres et inquiétantes comme la capture de Buzz ou le combat contre un singe hurleur aux yeux exorbitants, clin d'oeil au film Incidents de parcours de Romero, ce qui n'est pas surprenant vu que la série a toujours eu de légères influences horrifiques. Mais si Toy Story 3, à l'instar des productions Dreamworks, se plait à placer quelques discrètes références cinéphiles (Mon Voisin Totoro, Mission Impossible à au moins deux reprises, Indiana Jones lors de la séquence du tapis roulant), le studio a largement favorisé un comique plus universel et accessible à tout âge. A l'image d'ailleurs de la brillante scène d'introduction qui illustre, par le biais d'une séquence de western déjanté, les jeux qu'Andy faisait au début du premier épisode. Le ton est immédiatement donné : efficacité et nostalgie suivie par une belle et douloureuse ellipse.
Car s'il y a bien un domaine où Toy Story 3 bat les deux épisodes précédents c'est celui de l'émotion. Bénéficiant déjà de son statut de « suite », le film de Len Unkrich peut se dispenser d'une longue introduction des personnages principaux. Et c'est aussi celui qui pousse le plus loin la psychologie de ces mêmes jouets, les amenant parfois à des situations extrêmes où ils doivent apprendre à se dépasser (le summum étant atteint lors de l'hilarante séquence où Mr Patate doit carrément quitter son corps pour prendre celui d'une tortilla). Le personnage de Woody est bien entendu privilégié de part sa relation particulière avec Andy mais les autres ne sont oubliés. Celui de Jessie notamment qui craint la perspective d'être de nouveau abandonnée. Même les nouveaux arrivants ne sont pas en reste avec entre autres un Ken assez ambigu et un méchant névrosé et autoritaire qui, après ce qu'il a cru être son abandon, a entrainé dans sa chute et sa dépression les deux comparses qui l'accompagnaient (qui en gardent même des traces physiques). Len Unkrich s'amuse d'ailleurs à déjouer les apparences en faisant par exemple de Barbie une poupée plus que débrouillarde et féministe ou en mettant comme protagoniste un clown qui ne sourit plus.
Tous ces éléments et ces petits détails ne font que confirmer encore une fois, s'il était nécessaire, l'énorme travail d'écriture qui précède chaque projet de Pixar, y compris les suites dans ce cas-là (et Toy Story 3 est un très vieux projet qui devait même à l'origine n'être produit que par Disney après une brouille avec le studio de Lasseter). Enfin cet ultime épisode confirme une des autres voies prises par Toy Story 2 : une certaine démesure et ambition visuelle permises par l'amélioration des techniques d'animations, tout en y conservant la simplicité des « traits » des personnages lors du premier épisode pour garder une certaine cohérence dans la trilogie. Cette forme de démesure dans les décors et les actions sont visibles dès la flamboyante poursuite en introduction mais aussi lors des scènes de destruction des jouets par des enfants turbulents qui passent, par la mise en scène qui reste du point de vue des victimes, pour des géants patibulaires. Et là où le final de Toy Story 2 se déroulait dans un aéroport, celui du troisième, thématique de la peur de la poubelle oblige, se passe dans une immense décharge. C'est dans cette séquence sidérante que le film atteint un sommet de noirceur rarement vu dans les films d'animations américains grand public. De par les nombreux pièges, encore plus imposants par la petite taille des jouets, qui les menacent mais aussi par l'absence de rédemption du méchant principal. L'apogée de la scène est la résignation des jouets à plonger dans les flammes d'un four crématoire gigantesque où se déversent des montagnes d'ordure et qui semble faire un écho à la fonderie infernale à la fin de Terminator 2. Tous résignés mais unis pour affronter leur destin qui les terrifiait depuis le début du film dans ce qui est la plus belle scène du film, et l'une des plus dures que vous verrez dans un film d'animation.
Et pourtant ce n'est pas tout à fait la fin. D'un cycle peut-être mais un autre va prendre sa place. C'est ce que symbolise la fin bouleversante de Toy Story 3, vraisemblablement l'une des meilleures de cette année et de la plupart des trilogies existantes. En nous rappelant au passage le temps qui s'est écoulé entre le dernier et le premier opus qui avait apporté la gloire au studio Pixar. Mais cette fin est avant tout le signe aussi d'une nouvelle renaissance, d'une passation de pouvoir pour un nouvel élan créatif où l'imaginaire et l'émotion passeront toujours au premier plan ; nous amenant à envisager plus que sereinement les futures suites de Cars et de Monstres et Cie. Mais c'est aussi à nous qu'il incombe maintenant de garder, de préserver notre capacité à jouer, à nous émerveiller, à rêver, que l'on soit petit ou grand.
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