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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Tetro

                                                  Memento Films Distribution

 - Film américano-argentin sorti le 23 décembre 2009

 - Réalisé par Francis Ford Coppola

 - Avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu,…

 - Drame

          Tetro est un homme sans passé. Il y a dix ans, il a rompu tout lien avec sa famille pour s'exiler en Argentine. A l'aube de ses dix-huit ans, Bennie, son frère cadet, part le retrouver à Buenos Aires. Entre les deux frères, l'ombre d'un père despotique, illustre chef d'orchestre, continue de planer et de les opposer. Mais Bennie veut comprendre. A tout prix. Quitte à rouvrir certaines blessures et à faire remonter à la surface des secrets de famille jusqu'ici enfouis...

 

Vincent Gallo. Memento Films DistributionVincent Gallo et Alden Ehrenreich. Memento Films Distribution

          Avec L'Homme sans âge, Coppola était revenu après dix ans d'absence avec la ferme intention de « renaître ». Après une série de films de commande, il avait décidé à 68 ans de donner un nouveau départ à sa carrière, de la reprendre en main comme s'il avait une vingtaine d'années. L'intention était attendrissante et ramenait sur le devant de la scène l'un des plus grands réalisateurs américains de tous les temps. Pas dénué de défauts, L'Homme sans âge était une oeuvre touchante qui marquait clairement un tournant dans la filmographie de Coppola, renforcé par l'abandon de son projet, Mégalopolis, qui devait marquer le cinéma au même titre que Mozart pour la musique ou Picasso pour la peinture. Il revient donc en cette fin d'année avec Tetro qui aborde l'un de ses thèmes fétiches : la famille.

          Autant le dire tout de suite, Tetro, au regard de sa filmographie qu'il semble vouloir renier, n'est pas un bon Coppola. Mais tout comme Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal qui n'est pas un bon film de Spielberg, cela ne l'empêche pas d'avoir des qualités évidentes et d'être un film facilement regardable. Son point le plus fort est bien évidemment, comme tous les films de Coppola, sa photographie et sa mise en scène. Elle est grandiloquente, impressionnante, d'une beauté envoutante, à une exception près puisque les courtes séquences en couleurs souffrent franchement de la comparaison avec celles, très expressionnistes et surréalistes, en noir et blanc. Les deux heures de Tetro s'admirent avant tout, l'influence de la photographie étant importante comme dans Le Ruban Blanc de Haneke. La différence avec ce dernier étant sa mise en scène plus mobile et mégalomane. Mais là où le bat blesse c'est que cette réalisation ambitieuse, audacieuse, presque prétentieuse dessert cette histoire sans grand enjeu. Là où Coppola utilisait une mise en scène démente, grandiose pour représenter l'impact de la guerre du Vietnam et sa folie sur un groupe de soldat ou encore pour réaliser une tragédie de près de neuf heures sur une grande famille de mafieux, ici c'est pour soutenir l'histoire d'une famille d'artistes meurtrie difficilement crédible.

          Dans sa volonté de réaliser une sorte de tragédie moderne, Coppola semble presque oublier de représenter cette famille d'une manière réaliste. C'est surtout le cas du père, joué ou plutôt surjoué par Klaus Maria Brandauer, figure imposante et dictatrice de cette famille qui, par sa célébrité, détruira la vie de son fils, lui volera tout et ne lui laissera jamais de place. Ce personnage central dans le long métrage n'est pas écrit avec une très grande subtilité et sert avant tout à représenter le Talent et la Gloire corruptrice, tout comme le personnage mystérieux d'Alone sert avant tout à personnifier la Critique. Que Coppola veuille présenter des personnages comme des archétypes, des Figures, soit, mais ces derniers ne peuvent être crédible face au trio principal du film qui est caractérisé d'une manière beaucoup plus subtile. Il faut dire que les trois acteurs, le ténébreux et violent Vincent Gallo, le nouveau et touchant Alden Ehrenreich et l'envoutante Maribel Verdu, sont excellents et font beaucoup d'ombres aux autres acteurs ce qui, lorsque l'on regarde certains seconds rôles, n'est parfois pas très difficile. Lorsque le film se concentre sur la relation entre l'artiste maudit Tetro et son jeune frère, Bennie, en quête d'une figure fraternelle qu'il n'a jamais eu l'occasion d'avoir, il réussit à être touchant et juste. La relation qu'ils entretiennent avec Miranda est elle aussi intéressante. Mais au bout d'une heure, le film s'égare et fait évoluer les personnages de façon trop rapide, surtout Bennie qui en devient méconnaissable. S'intéressant à la fin beaucoup plus à l'idée de reconnaissance, de création, Tetro se détourne de son sujet initial qui était les relations dans une famille d'artistes et l'impossibilité de ces derniers à cohabiter. S'ajoute à cela un twist final inutile qui décrédibilise même les rapports entre les personnages lors de la première heure du film.

          A la fin on ne sait pas trop où Coppola a voulu nous emmener en changeant de trajectoire en court de route. Si le film est plutôt beau visuellement, il peine à émouvoir et on a du mal à se sentir impliqué dans cette histoire sans vrai enjeux. Si c'est cette voie que Coppola veut suivre, alors tous les adorateurs du Parrain, de Conversation Secrète ou d'Apocalypse Now ne peuvent que se résigner. Il peut maintenant faire les projets qu'il souhaite sans se soucier du système hollywoodien et des projets « commerciaux » qu'on lui proposait et qui ont souvent fait sa gloire. Au vue du résultat de Tetro, on peut pour une fois se demander si c'est vraiment une bonne nouvelle.

* * * *   

Alden Ehrenreich. Memento Films Distribution

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