Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Titre original : Twixt
Film américain sorti le 11 avril 2012
Réalisé par Francis Ford Coppola
Avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning,…
Epouvante-horreur, Thriller, Romance
Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle.
Les réalisateurs américains des années 70 ont pour la plupart tous mal vieillis. George Lucas, brisé par le succès inattendu et phénoménal de Star Wars, a depuis renoncé à la carrière qu’il rêvait étant jeune et s’est enfermé dans cet univers de « space-fantasy » qu’il semble s’acharner à détruire comme pour se venger de ce coup du sort qu’il n’avait pas su prévoir. Brian de Palma est sur la pente descendante depuis son chef d’œuvre L’Impasse sorti en 1993 bien que l’on espère encore un sursaut salvateur avec Passion, son hommage à ses thrillers érotiques des seventies prévu pour l’année prochaine. William Friedkin a eu une longue traversée du désert après son génial To Live and Die in L.A. (bien meilleur titre que Police Fédérale – Los Angeles) mais celle-ci semble peut-être prendre fin avec la sortie il y a quelques années du très intense Bug. La confirmation se fait encore attendre vu que son prochain film Killer Joe est éternellement repoussé et est pour l’instant prévu pour la rentrée prochaine.
De ce groupe il n’y a bien eu que Spielberg et Scorsese pour tenir sur la durée. Le premier a vu la décennie précédente être sa période la plus prolifique et audacieuse, certes qu’entachée par le catastrophique Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Le second a enchainé quelques œuvres particulièrement abouties et modernes bien qu’aucune, à l’exception à la rigueur des Infiltrés, n’ait atteint le niveau de son dernier chef d’œuvre crépusculaire A Tombeau Ouvert. De tout ce petit groupe, il reste encore le cas Francis Ford Coppola. Comme George Lucas, sa carrière ne ressemble pas trop à ce qu’il envisageait au départ ; et il ne s’est d’ailleurs jamais caché pour démonter ses plus grands chefs d’œuvres qu’il avait pour la plupart réalisé avec l’appui (ou la contrainte) des studios. Il avait clairement réduit la cadence au cours des années 90 après que Le Parrain III et Dracula lui aient permis d’éponger les immenses dettes que le flop gigantesque de Coup de Cœur lui avait infligé (coulant de nouveau sa société American Zoetrope).
Mais un changement s’est amorcé il y a une poignée d’années. Après avoir tenté de relancer ce fameux projet Megalopolis, film somme énorme qu’il essaye de monter depuis trente ans et qu’il voit comme une œuvre fondamentale pour le cinéma au même titre que Mozart pour la musique ou Picasso pour la peinture, il l’a finalement abandonné (officiellement du moins car l’espoir fait vivre) pour favoriser des long-métrages à petits budgets. Des films qu’il réalise comme s’il reprenait sa carrière « pré-Parrain ». A plus de soixante-dix ans, Francis F. Coppola se retrouve dans la peau d’un étudiant de cinéma qui se débrouille pour monter des projets fauchés et qui s’y livrent corps et âmes souvent maladroitement.
Introspection
Des œuvres pour le moins déroutantes puisqu’il semblait que le réalisateur avait reculé, tombant dans des pièges pour débutants qu’un metteur en scène expérimenté comme lui aurait dû savoir éviter. Souvent lourds, pompeux, souffrant de baisses de rythme et de narration pas claire, ses deux précédents ouvrages n’étaient néanmoins pas dénués d’intérêt. L’Homme sans âge notamment, qui racontait la quête désespérée d’un homme cherchant à contrôler le temps, prenait un écho particulier venant d’un metteur en scène senior qui regardait son parcours en réalisant qu’il n’avait pas eu le temps ni l’occasion d’accomplir ses rêves de jeunesse. De même, Tetro, « égotrip » prétentieux et « arty », dévoilait derrière une forme très léchée une analyse de la famille et du lien fragile entre la carrière artistique et une vie privée souvent trop envahissante.
En cela, Twixt n’est pas en décalage avec ses deux précédentes œuvres. L’histoire raconte le parcours d’un écrivain vieillissant et bedonnant (Coppola) à la recherche d’un sujet personnel pour un nouvel ouvrage pendant que ses collaborateurs et éditeurs s’acharnent à lui faire créer quelque chose de vendeur. Il s’agit pour Coppola de dévoiler à nouveau cette difficulté d’exercer un art sans impératifs commerciaux et qu’il est difficile de lier ce métier à sa vie familiale (sa femme le pousse à écrire ce livre pour payer les factures). Si on ajoute que cet écrivain a perdu sa fille dans un accident de bateau, il est impossible de ne pas faire le lien avec Coppola dont l’un des fils, Gian-Carlo, est mort dans un accident en tout point similaire.
Mais le fait est que le film ne va pas plus loin. Il se contente de poser ces états de fait sans en faire quelque chose ou en dire plus que ce qu’il avait déjà bien mieux dit dans ses films précédents. Ce ne sont que les cautions artistiques « made in by un auteur » qui sont placées ça et là pour faire croire que son œuvre est personnelle. Et ça marche visiblement puisqu’ils sont encore nombreux à défendre un film qui, s’il n’y avait pas marqué dans son générique de fin « écrit, produit et réalisé par Francis F. Coppola », n’aurait même pas eu droit à leurs égards et serait distribué directement en DVD comme un paquet de ces DTV, qui lui sont égaux voire parfois supérieurs, mais qui sont privés de sorties en salles car ils ne sont pas réalisé par l’homme derrière le Parrain et Apocalypse Now. Et il y en aura qui se feront berner par cette scène opportuniste, voyeuriste, malsaine où le spectateur voit le héros/Coppola qui regarde/met en scène l’accident de bateau de sa fille/de son fils. Une séquence qui arrive vers la fin et qui se veut comme le grand moment cathartique du personnage principal mais qui ne dégage aucune émotion tant elle est mal amenée et qu’elle ne semble en fin de compte rien résoudre pour le personnage puisque cet évènement n’était presque jamais mis en avant dans le récit.
Retour vers le passé
D’autres y verront évidemment la ressemblance avec les premières œuvres de Coppola, dont le film d’horreur Dementia 13 qu’il avait réalisé sous l’aîle protectrice de Roger Corman. Affiliation pas saugrenue puisque Twixt a un peu tout de l’actuelle série Z fauchée : budget microscopique, tournage dans un DV hideux, effets spéciaux kitsch qui feraient passer ceux de son Dracula pour un parangon de modernité, et mélange de genres plus que maladroit entre fantastique, horreur, comédie,… Mais là où Coppola et quelques uns de ses défenseurs voient une renaissance, permettons à ceux qui ont du mal à tirer un trait sur l’œuvre phénoménale qu’il avait accomplie de la fin des années 60 au début des années 90 de considérer qu’il s’agit plutôt de la régression d’un auteur désespérément tourné vers le passé pendant que d’autres plus modernes, comme Scorsese, s’acharnent à expérimenter avec des outils nouveaux même si leurs films ne sont pas non plus complètement aboutis.
A ce titre Coppola a souhaité convertir deux séquences en 3D, malgré tous ses propos méprisants sur ce nouveau format. Ce qui lui a valu quelques « hourrahs » et louanges de la part d’une presse époustouflée de l’audace de ce vrai auteur qui utilise dans un nouveau but la 3D en ne l’incluant que dans quelques minutes du long-métrage ; une même presse qui vomit régulièrement sur un Cameron qui, quitte à faire payer un supplément aux spectateurs, lui en donne près de trois heures. Mais Cameron n’est pas un « auteur » comme Coppola, ce qui permet à ce dernier de voir les autres glorifier ses miraculeux propos, et ce, même quand il s’agit de faire payer deux euros de plus au public pour trois minutes de 3D parait-il mal faite. Les projections semblant n’être finalement qu’être faite en 2D, il est malgré tout impossible de dire quelles sont ces deux séquences si exceptionnelles et différentes pour bénéficier d’un autre format puisqu’aucune ne se démarque des autres. De même, lors de certaines avant-premières, Coppola s’éclatait à refaire le montage du film numériquement en fonction des réactions du public.
Peut-être que projeté dans ces conditions, Twixt a un intérêt comme s’il s’agissait d’une attraction de foire. En l’état on ne peut admirer que la laideur esthétique de ce navet insipide qui se contente de filmer en gris mauve les scènes de rêves en faisant ressortir de temps à autres une couleur comme dans Rusty James. Les cadrages et le montage sont absolument rudimentaires pour quelqu’un qui faisait encore récemment preuve d’une certaine dextérité. On se retrouve avec des séquences de conversations téléphoniques ou sur « Skype » filmées avec un « split-screen » basique qui fait d’ailleurs perdre une certaine rythmique et spontanéité à ces mêmes scènes. A côté de ça il faut aussi mentionner les interprétations outrancières des acteurs dont pas un seul ne semble crédible ; un comble pour un artiste venant du théâtre qui plaçait le jeu d’acteur au-dessus de tout. Val Kilmer semble s’ennuyer, Bruce Dern surjoue le shérif bouseux, Elle Fanning ne parvient pas à sauver avec sa candeur les lignes aberrantes qu’on lui fait dire et Alden Ehrenreich, ridicule en émo gothique charismatique, récite un poème de Baudelaire (nouvelle caution auteurisante) dans un français plus qu’approximatif.
L’histoire sans fin
La narration est brouillonne et inutilement compliquée. A certains moments on se croirait devant une caricature de caricature de David Lynch (puisque ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même depuis quelques années). Ce qui ravira les amateurs de films faussement compliqués pour batailler pendant des heures sur le net si telle ou telle scène est la réalité ou n’est qu’une illusion/un rêve/une hallucination/une vision d’ivresse. En l’état, le film de Coppola n’a ni queue ni tête et l'histoire dans le rêve ne rejoint presque jamais celle dans la réalité. Ce n’est qu’un « gloubiboulga » qui vise à aboutir à une « fin-coup de théâtre » que l’écrivain/Coppola recherche depuis qu’ils ont fait ce demi-rêve inachevé qui les a hanté et inspiré. Un peu comme il l’avait pour Apocalypse Now lorsqu’il l’avait tourné sans trop savoir sur quoi ça allait aboutir. Sauf qu’il n’y a nul dénouement métaphysique ou choc dans Twixt. Juste un bête twist qui arrive sans prévenir, n’apportant aucun cohérence à l’histoire et amenant au passage, probablement involontairement, une morale finale assez douteuse puisque justifiant les actes de ces pasteurs et shérifs intégristes apeurés.
Le film s’achève sur une énième note soi-disant humoristique, le film essayant d’être drôle, mais il ne fait hélas que rire à ses dépends. Si le film est déjà suffisamment embarrassant sans qu’on en fasse une lecture personnelle, Twixt prend un sens bien désagréable si on rattache véritablement Coppola à son alter ego fictif. Car le constat est bien amer, au moins autant que ces long-métrages de Burton encensés depuis dix ans alors qu’ils portent tous en sous-texte la déchéance de leur auteur. A la fin, l’écrivain n’est pas complètement parvenu à écrire quelque chose de personnel puisque son éditeur n’y voit qu’un sujet/twist « en béton » (donc vendeur). Et au final, son livre ne se vend pas très bien. Comme si Coppola faisait le parallèle avec son dernier film qu’il sait complètement mineur et raté ; film qui se veut personnel mais qui n’est qu’une succession d’images tocs ponctuée par un final putassier à la mode après la vague de vampires Twilight/True Blood. Le film ne fait pas peur, ni rire et amène abominablement mal son imagerie fantastique, et ce n’est pas l’arrivée d’un Edgar Poe fantasmé qui viendra résoudre ce problème (mais ça fait encore une autre caution auteurisante sérieuse).
Entre des séquences absolument consternantes (il faut se pincer lorsqu’on voit la scène du ouija ou celle du camp de gothiques satanistes), Val Kilmer ne fait que se balader dans divers rêves moches pendant qu’Edgar Poe lui raconte toute l’histoire. Zéro implication comme pour le spectateur. Seule une conversation entre l'écrivain et Poe surnage de l'ensemble où le second explique comment il a écrit l'une de ses plus grandes nouvelles. Il est bien triste que Coppola, après avoir enfin acquis la liberté artistique qu’il désespérait d’avoir, n’en fasse que ça. Si Coppola annonce son retour à des sujets plus ambitieux après sa parenthèse indépendante, on a bien du mal à croire à un futur retour en grâce. Car sinon il vaudrait mieux pour lui d’arrêter les frais s’il ne veut pas finir sa carrière en vieux has been gâteux comme quelques uns de ses compères parmi lesquels on trouve Carpenter ou encore Argento.
NOTE : 1 / 10
