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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Young Adult

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Titre original : Young Adult

Film américain sorti le 28 mars 2012

Réalisé par Jason Reitman

Avec Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson,…

Drame, Comédie

Originaire d’une petite ville de province où elle s’ennuyait à mourir, Mavis Gary s’est installée à Minneapolis où elle est devenue auteur de romans pour ados. Mais lorsqu’elle apprend que son ex-petit copain de lycée est devenu papa, elle décide de revenir sur les lieux de son enfance pour le reconquérir. Tandis que Mavis semble sûre d’elle et de son pouvoir de séduction, la situation ne tourne pas à son avantage. Elle noue alors une relation peu banale avec un ancien camarade de lycée, mal dans sa peau, qui, malgré les apparences, lui ressemble plus qu’il n’y paraît...

      

De tous les réalisateurs surestimés, Jason Reitman est très probablement l’un des pires. Depuis  près de dix ans et après trois films tous plus consternants les uns que les autres, il continue d’être célébré par la presse spécialisée comme un parangon du cinéma américain, un metteur en scène subtil, presque subversif tant il s’éloignerait des sentiers biens battus de l’ignoble blockbuster U.S., qui ose s’attaquer à des problèmes de fond sans aucune concession. Pour rappel, il avait auparavant fait une charge inoffensive contre l’industrie du tabac, un tract anti-avortement faisant croire qu’il s’agissait d’un film émouvant sur une jeune ado enceinte, ainsi qu’un navet insipide qui condamnait le licenciement et le chômage. Rien n’est trop fort pour l’incorruptible Reitman qui dénonce et critique des cibles pour le moins faciles dont il se sert comme façades pour faire croire que ses films sont de brillants réquisitoires humains.

La réalité en est tout autrement. Dénués de « mise en scène » et de rythme, plus proches du téléfilm soporifique qu’autre chose, les films de Reitman se servent avant tout d’un casting quatre étoiles et de leur sujet pour se vendre comme des œuvres sérieuses et matures. Or s’il y a bien des œuvres hypocrites ce sont celles de Reitman. Des long-métrages qui, sous couvert de portraits de marginaux, ne peuvent s’empêcher d’éclabousser le spectateur de leur morale gonflante et bien pensante. Dans Juno, la jeune fille enceinte refusait bien évidemment d’accomplir l’acte d’avortement afin de protéger cette sacro-sainte vie pour la léguer à une mère adulte. Dans In the Air, le personnage solitaire et voyageur de George Clooney se retrouvait condamné à errer jusqu’à la fin de sa vie parce qu’il refusait de « grandir » ; en d’autres termes « bonne conscience américaine », cela signifiait qu’il avait refusé de s’inscrire dans un giron familial, de se marier, de faire des enfants, d’avoir une maison à lui, d’aller à la messe le dimanche et de faire des réunions de voisinage pendant la semaine. Bref, parce qu’il refusait d’être comme les autres, il était banni pour vivre des années de malheur solitaire et d’était mal vu par la famille qu’il avait trahit parce qu’il avait refusé de s’y insérer et de perpétuer la cellule familiale. Reitman, c’est un peu comme un Burton des années 90 qui, au lieu d’aborder le point de vue du « freaks », se mettrait à faire l’apologie du conformisme bannisseur.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/22/20034000.jpgLa « Belle » et la Bête

Quand on a appris que Reitman allait encore collaborer pour ce Young Adult avec la scénariste « hype » pour bobos Diablo Cody (à qui on devait le script soi-disant original et sans langue de bois de Juno), il était évident que ce nouveau film ne risquait pas de constituer une amélioration dans la carrière du fils d’Ivan Reitman. Quand on a su que Charlize Theron y interprèterai le rôle principal, on a surtout espéré que Reitman ne la corrompe pas en lui livrant un rôle putassier. Bien évidemment, l’interprétation de Charlize Théron est célébrée un peu partout. Manque de pot, c’est probablement l’un de ses plus mauvais rôles. Enfin, soyons plus précis, ce n’est pas tant elle qui est mauvaise que son personnage qui est abominablement mal écrit. Celui-ci est Mavis Gary, l’archétype de la pompom girl pimbêche. Mais ça c’était il y a près de quinze ans.

C’est à peu près la seule bonne idée de ce long-métrage qui se base sur une situation qui pourrait prêter à une intéressante analyse sociologique doublée d’une réflexion sur le temps qui passe. C’est ainsi qu’une ex-reine du bal désœuvrée, partie loin de sa ville natale, décide d’y revenir pour retrouver son amour de jeunesse. Ce dernier était évidemment le mec le plus cool et le plus beau du bahut mais est maintenant devenu un bon père de famille. Sur la route pour tenter vainement de le reconquérir et de le séparer de sa femme, Mavis rencontre une ancienne connaissance qui n’est autre que l’ancien souffre-douleur du lycée. La relation qui se tisse entre les deux est à peu près l’unique chose pertinente dans le long-métrage. Que se passerait-il si le geek de service retrouvait la princesse inaccessible dont il était éperdument amoureux au lycée ? Ce dernier dira d’ailleurs la réplique la plus juste du film lorsque, en essayant de rassurer Mavis qui doute de la viabilité de ses charmes d’antan, il lui déclare que des « hommes comme lui » sont condamnés à aimer des « femmes comme elles ». Lors d’une séquence étrange et presque touchante, les deux commettent l’impensable et finissent par coucher ensemble. Quinze ans après, le fantasme peut se réaliser bien qu’il soit presque commis par dépit par Mavis.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/22/20034007.jpgUgly Woman

Pour le reste, il vaut mieux ne pas être trop exigent puisque toute l’heure et demie précédente n’a pour unique utilité de nous montrer que l’héroïne est une garce finie complètement aveugle qui n’apprendra strictement rien de son voyage. Aveuglée d’abord par son passé glorieux, où elle a vraisemblablement atteint beaucoup trop tôt l’apogée de sa « carrière », elle tente vainement de retrouver cette gloire irrémédiablement perdue. Bien que celle-ci ait quand même la tête de Charlize Theron et que, même au naturel et sans maquillage, il est difficile de ne pas la trouver attirante. Donc son choix en ex-reine de beauté ne se révèle pas forcément pertinent tant elle ne semble pas avoir perdu de son charisme physique. Le metteur en scène insiste cependant lourdement pour montrer les multiples tricheries de cette tentatrice pécheresse en la filmant en train de mettre une perruque, des prothèses mammaires ou se faisant faire une manucure complète tous les deux jours.

Si Reitman essaye maladroitement de nous montrer que le physique n’est déjà plus trop ce qu’il était, il fait preuve d’encore moins de subtilité sur la psychologie de son personnage. Il y a bien une vaine tentative d’explication psychologique par le biais d’un traumatisme passé mais il est automatiquement rendu caduc par son partenaire « geek ». Ce dernier a été la victime dans ses jeunes années d’une agression traumatisante, crapuleuse et outrancière, histoire de bien charger la barque parce qu’on est dans une « comédie dramatique sérieuse d’auteur », mais il agit à peu près comme un homme mature réussissant malgré son handicap à mieux s’insérer dans cette communauté, à l’inverse de son irrécupérable nouvelle amie. Il faut dire qu’elle n’y met pas trop du sien et s’évertue à jouer les femmes fatales briseuses de couple.

Mais la pauvre bécasse arrogante ne voit pas que l’homme qu’elle tente de récupérer est avec une femme en tout point charmante et irréprochable, qui a su garder un soupçon de jeunesse (elle joue dans un groupe de rock amateur) tout en acceptant enfin le rang qui convient à toute femme : celui d’être mère. C’est même elle qui prend en pitié cette séductrice incapable de donner la vie. Puisqu’elle est pourrie intérieurement et extérieurement, qu’elle soit à jamais répudiée de la petite ville après avoir refusé la pitié condescendante de ces anciennes connaissances.  Et Mavis de retourner dépitée dans son appartement vide avec ses rêves irréalisables, sa vie professionnelle ratée (elle écrit des romans puérile et abscons dans une série de livres qui fonce vers la faillite), sa quête inutile de la beauté qui ne la rend que plus laide et artificielle…

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/22/20034013.jpgDu refus du conformisme

Histoire de bien créditer qu’elle est limite folle (seule explication logique à son refus de l’American way of life), on la voit s’enfermer dans ses certitudes après une séquence d’humiliation et de révélation qui aurait dû lui ouvrir les yeux. Le lendemain, elle est en grande conversation avec un personnage secondaire qu’on n’avait vu que deux minutes auparavant et qui est en train de lui révéler que Mavis suit le bon chemin. Une scène pas crédible un seule instant car elle ne semble laisser que deux choix d’interprétation plus crétins l’un que l’autre : soit ce personnage de femme énamourée et éblouie devant Mavis (pourquoi ? comment ? on ne saura jamais puisqu’elles ne sont vus qu’une fois au palier d’une porte) lui fait un coming out ; l’homosexualité étant le mal dans la société, cela justifierai pour les montrer complètement artificielles. L’autre lecture est plus vraisemblable : il s’agit d’une discussion presqu’imaginaire et schizophrène où Mavis se servirait d’un double pour justifier ses actes et ses convictions. De là à dire que Reitman considère que les seules raisons pour lesquelles une personne ne suit pas ce modèle familial qu’il n’a eu de cesse de glorifier dans sa carrière est qu’elle est soit lesbienne (le personnage envieux en question l’étant visiblement) ou cinglée…

S’il est possible que ces explications soient un poil exagérées, il est une chose de certaine. Contrairement à ce que les critiques et les admirateurs du cinéaste répètent, il n’y a pas de fêlures à ce personnage odieux. L’unique blessure transparait uniquement pendant une trentaine de secondes, ce qui est bien trop peu, comme si le metteur en scène essayait de s’en débarrasser rapidement, d’un revers de la main. Le genre de scénette prétexte pour se dédouaner de faire un portrait à sens unique, ce qu’est pourtant Young Adult. Il n’y a que mépris qui transparait de ce long-métrage. Rien ne vient racheter son personnage, pas même ce mini-trauma balayé aussi rapidement qu’il est amené pour avoir un cachet sérieux, misérabiliste et psychologisant. Il n’y a jamais une once d’empathie pour ce personnage que Reitman ne comprend pas, ou qu’il échoue à nous faire comprendre.

Theron a beau se démener pour le faire exister, il est impossible de s’attacher à une héroïne comme celle-là. Au mieux éprouvera-t-on une pitié condescendante comme ses voisins mielleux qui lui font la charité pour se donner bonne conscience sans jamais s’abaisser à la comprendre ou à essayer de l’aider à s’en sortir. En plus de ne pas être émouvant pour un sou, Young Adult se prétend être aussi une comédie. Et là c’est un échec total tant il est impossible de sourire à la moindre tentative de blague malgré un ton qui se veut pourtant résolument incorrect. Si In the Air avait au moins pour lui une première demi-heure agréable où le tandem principal fonctionnait bien, il est plus difficile de trouver quelques qualités à Young Adult. Il est consternant de bout en bout, méchant gratuitement, dédaigneux à l’encontre de son personnage principal, platement réalisé et faussement « cool ». Si vous voulez voir le vrai portrait nuancé d’âme perdue angoissée, antipathique et prête à tout (même aux pires saloperies) pour recevoir un peu d’amour, qui ne juge pas ni ne condamne son personnage, il y a toujours le magnifique Cloclo de Florent Emilio Siri en salles.

NOTE 2,5  / 10

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