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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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2012

                                                   Sony Pictures Releasing France

 - Film américain sorti le 11 novembre 2009

 - Réalisé par Roland Emmerich

 - Avec John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet,…

 - Science fiction, Catastrophe

          Les Mayas nous ont transmis une prophétie : leur calendrier prend fin en 2012, et notre monde aussi. Depuis, les astrologues l'ont confirmé, les numérologues l'ont prédit, les géophysiciens trouvent cela dangereusement plausible, et même les experts scientifiques gouvernementaux finissent par arriver à cette terrifiante conclusion. Lorsque les plaques tectoniques se mettent à glisser, provoquant de multiples séismes et détruisant Los Angeles au passage, Jackson Curtis, romancier, et sa famille se jettent à corps perdu, comme des millions d'individus, dans un voyage désespéré. Tous ne pourront pas être sauvés...

 

John Cusack. Sony Pictures Releasing FranceJohn Cusack. Sony Pictures Releasing France

          La fin du monde est proche... encore une fois. Roland Emmerich revient avec ce qu'il sait faire de mieux : tout faire péter avec une rare subtilité. Il avait détruit le monde (enfin les Etats-Unis, mais c'est la même chose) dans le très patriotique Independance Day. Il s'était ensuite amuser à casser les buildings de New York avec Godzilla. Enfin il avait de nouveau détruit le monde (enfin les Etats-Unis, à part une courte scène au Japon) avec une catastrophe écologique de grande ampleur dans Le Jour d'après. Avec 2012, il bénéficie d'un budget colossal lui permettant ainsi d'assouvir définitivement son fantasme de gosse : détruire le monde d'une manière ultime (enfin surtout l'Amérique, avec quelques rares escapades dans le reste du globe).

          Quant on connait un tant soit peu la filmographie d'Emmerich et qu'on va voir 2012, c'est qu'on renonce, d'une certaine façon, à s'offusquer encore une fois cet américanisme primaire présent dans la grande majorité de ses films. Avec Le Jour d'après, Emmerich semblait cependant amorcer un tournant plus critique envers la « plus grande nation du monde », dénonçant la désinvolture de nombreux politiciens face aux problèmes écologiques (avant de bousiller son film en le terminant sur le discours moralisateur d'un des principaux politiciens qui avait refusé de s'occuper des tracas de Mère Nature). Dans 2012, Emmerich arrive quand même à placer les questions problématiques inhérentes à son sujet, sans pour autant les analyser pleinement : Que feraient les gouvernements vis-à-vis de la population s'ils apprenaient la fin imminente du monde ? Qui et qu'est-ce qui mérite d'être sauvé ? Comment réagirait l'Humanité face à L'Apocalypse ? Sauf que n'est pas Spielberg qui veut, et pourtant Emmerich aimerait bien l'être en reprenant comme modèle les rapports des personnages principaux de La Guerre des Mondes ; le remaniement de la phrase culte des Dents de la Mer, « Il nous faudrait un plus gros bateau », devenant ici « Il nous faudrait un plus gros avion » ; le coup du « on aurait pu en sauver plus » tout droit tiré de La Liste de Schindler…

          En fait les deux premiers tiers du film restent corrects, un peu trop de sentimentalisme certes, mais les personnages sont plutôt bien posés. Mais déjà Emmerich se laisse aller à du symbolisme lourdingue lorsque le directeur du Louvre, qui va révéler ce que le gouvernement veut à tout prix cacher, se fait assassiner dans le même tunnel que Diana auparavant. Et voila comment on bousille une idée intéressante (les sombres manigances des gouvernements pour cacher certaines choses aux populations) par une allusion ridicule. Un peu plus tard c'est le porte avion « J.F. Kennedy » qui vient détruire la Maison Blanche, emporté par un tsunami. Comment traiter sérieusement ces questions quand on a un tel niveau d'infantilité, surtout si l'on regarde la réplique finale du film où la petite fille annonce toute fière à son père qu'elle a arrêté les couches pour la nuit ? Ou encore lorsqu'on amène le président noir des Etats-Unis (accordons à Emmerich le fait que le tournage a eu lieu avant l'élection d'Obama) à chercher parmi les victimes et sous une pluie de cendres le père d'une petite fille ? On n'est quand même pas loin du président américain, dans un avion de chasse, qui dérouille de la soucoupe volante dans Indépendance Day. Alors oui, il montre l'apparition du fanatisme religieux face aux catastrophes mais ne s'en sert que pour montrer une courte destruction du Vatican. Oui, il montre que ceux qui serait sauvé en priorité seront les riches, et il critique ce fait jusqu'à ce qu'il accorde plus d'importance au sauvetage d'un chihuahua hideux qu'à la mort de dizaine de personnes. Enfin, et c'est le pire, 2012 est l'apologie bien pensante et religieuse de la famille. Elle est donc le seul moyen de survie et tous les autres sont condamnés (le nouveau mari est éliminé afin que l'ex puisse reprendre sa place, les pères indignes meurent, la femme nymphomane sera tuée alors qu'elle se trouve dans une pièce après celle des héros qui ont largement de quoi respirer,...). Tout cela se termine sur une morale judéo-chrétienne gonflante où le reste de l'humanité va vivre en Afrique (tiens donc !).

          Et pourtant 2012 reste bien supérieur à un navet comme Transformers 2. Pourquoi ? D'abord parce qu'Emmerich s'améliore lentement malgré tout puisque ses films commencent à  poser des questions pertinentes, même si son projet d'adaptation du monument de la science-fiction qu'est la « Fondation » d'Asimov est toujours voué à l'échec vu son incompatibilité totale avec le sujet (d'ailleurs Emmerich semble encore incapable de faire autre chose correctement qu'un film catastrophe). Une scène anodine n'aurait sûrement pas été présente dans un film d'Emmerich dix ans plus tôt : le jeune Adrian déclare à la fille du président que ce qui fait vivre, voire survivre, la culture ou une oeuvre, ce n"est pas d"être choisi, considéré par un groupe de personne, une élite, comme un chef-d"oeuvre mais d'être lu ou vu par quelqu'un. Oui c'est bien dans un film de Roland Emmerich. La seconde raison est que les scènes d'actions et les effets spéciaux de ce film sont les plus impressionnants de l'année, en tout cas jusqu'à la claque très probable de l'Avatar de Cameron à la mi-décembre. Là où Michael Bay échoue perpétuellement, Emmerich livre des scènes de destructions complètement démentielles et d'une grande beauté plastique : celle de Los Angeles lors d'un tremblement de terre est scotchante tellement elle est extrême (une pluie de voitures, de trains, de buildings et de donut géant) ; celle de l'éruption du super-volcan de Yellowstone est absolument magnifique (imaginez une explosion de dix bombes atomiques suivi d'un « tsunami » de cendres, d'une chute de « météorites » et d'un autre séisme ; celles où l’on voit Las Vegas et Hawaï ravagés... Il en devient même difficile de les décrire puisqu'elles atteignent un niveau de démence effarant : un bateau gigantesque et quasi-indestructible, que l'on nomme l'Arche (allez savoir pourquoi), qui fait du « Space Mountain » entre les sommets de l'Himalaya, emporté par un tsunami d'un kilomètre et demi de haut…

          2012 est un film trop long d'au moins une demi-heure, presque tout le temps niais (les vingt dernières minutes sont étourdissantes de conneries bien pensantes), avec une morale douteuse, un peu trop patriotique, mais qui offre cinquante minutes de destructions éblouissantes de sauvagerie, de violence et de beauté. Ce qui n'est donc pas si mal et lui assure ainsi le statut de blockbuster de l'année, enfin jusqu'à l'arrivée d'Avatar…...

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Sony Pictures Releasing France

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