Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Titre original : The Avengers
Film américain sorti le 25 avril 2012
Réalisé par Joss Whedon
Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo,…
Action, Aventure, Fantastique
Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l'organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents. Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d'autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...
Les super-héros sont enfin de retour cette année. En passant outre le solitaire Ghost Rider, peu d’attention qu’il mérite amplement tant son film est un fiasco à tous les niveaux, les surhommes masqués apparaissent enfin « dignement » sur grand écran cette année avec « l’évènement cinématographique de 2012 » : Avengers de Joss Whedon. Bien qu’il faille déjà préciser un détail puisque maintenant le film le plus attendu de la communauté « geek » se confond intrinsèquement avec « le film le plus attendu de l’année » tant l’internet est devenu le lieu de promotion d’un long-métrage.
Il est vrai que le projet était assez excitant sur le papier. Il s’agit d’abord de l’adaptation cinématographique des « Vengeurs », association de super-héros « Marvel » qui a alimenté les rêves de tous les amateurs de comics. Avengers est un puits à fantasmes au même titre qu’Expendables pour un amateur d’« actioners » virils des années 80. Le genre de film dont l’attente est tellement démesurée qu’elle ne peut que donner lieu à deux réactions opposées : la déception car l’attente ne pouvait pas être comblée, ou bien le fanatisme puisque le film tant attendu ne « peut » pas être imparfait, en tout cas dans l’esprit du spectateur qui a patienté aussi longtemps. C’est ainsi que l’on se retrouve depuis près de deux semaines avec des réactions dithyrambiques au sujet du film de Whedon que l’on qualifie de « Retour du roi du film de super-héros », en référence au final démentiel et sublime de la trilogie du Seigneur des Anneaux adaptée des romans de Tolkien.
Smash !
Disons que du point de vue de quelqu’un qui n’est pas spécialement un immense fan de « comics » et dont la perspective de voir Hulk, Thor, Captain America et Iron-man combattre ensemble ne le fait pas spécialement sauter de joie, la réception critique de ce blockbuster somme toute assez banal lui semblera très clairement disproportionnée. Mettons les choses au point, Avengers n’est pas un mauvais film, il passe même pour le moment comme l’un des rares blockbusters de 2012 que l’on regarde sans avoir une furieuse honte d’être dans la salle. Accessoirement c’est aussi l’une des meilleures productions « Marvel ». Un argument qui ne vaut certes pas grand-chose quand on voit la qualité « cinématographique » de purges comme Thor de Kenneth Branagh ou encore Iron man 2 de Jon Favreau. D’autant plus qu’aucun film sur Hulk n’avait vraiment marqué les esprits. Disons que l’ajout de Joss Whedon, ponte de la télévision adulé pour avoir notamment crée la série « Buffy contre les vampires » mais quelques peu novice dans le domaine du gros budget, au poste de réalisateur ne rassurait pas spécialement en termes d’exécution et de personnalité du long-métrage. Tout juste pouvait-on se dire que Brad Bird et Andrew Stanton, eux-aussi pas très habitués à ce type de films, avaient plutôt réussis leurs brusques passages dans ce domaine.
En l’état, Whedon a bien géré son affaire. Sa grammaire cinématographique est extrêmement limitée et il se contente d’iconiser ses personnages en les filmant en contreplongée. Lors des scènes de dialogue, la réalisation ne s’élève pas plus au-dessus du niveau d’une mise en scène de télévision et le format de l’image ne fait que renforcer cet effet. Mais il se montre parfaitement capable d’emballer correctement une séquence d’action parfaitement lisible et se lance parfois dans des plans assez audacieux (dont un plan séquence très judicieux qui unit dans l’action les différents « Avengers » autrefois divisés tout en montrant bien leurs spécificités mises au service d’un même but).
Il est juste dommage qu’il y ait malgré tout un confondant manque d’épique dans les scènes d’action. Aussi « énorme » soit-il, le final est moins impressionnant que celui du Transformers 3 de Michael Bay et Whedon peine à élaborer des « money shots ». Lorsque Hulk donne un magistral coup à la figure d’un des vers extraterrestres géants, lui faisant faire un salto avant au milieu des buildings, Whedon n’arrive pas à trouver un angle qui mette la séquence pleinement en valeur. Sur une cascade « similaire », même Nolan qui n’est pourtant pas le meilleur dans l’iconisation de ses personnages, avait donné beaucoup plus d’impact et de force à la scène où un immense camion se retournait littéralement sur le dos.
Surhommes
Mais le problème vient avant tout du rythme et du scénario. Avengers est malheureusement assez similaire à Pirates des Caraïbes 3. Un film évènement censé conclure une aventure commencée quelques années auparavant, embourbé par une heure et demi de discussions inintéressantes qui repousse le final vendu dans la bande annonce. Marvel avait en effet amorcé le projet Avengers il y a de ça plusieurs années et avait produit des « demi-films », souvent barbants, qui faisaient office d’introductions régulièrement bâclées de super-héros que le studio entendait réunir dans Avengers. Sans ceux-ci, pas d’Avengers. Il aurait été difficile pour ce dernier d’être un vrai long-métrage entrant rapidement dans le vif du sujet s’il devait introduire correctement rien de moins que six personnages complètement atypique. Au final, est-ce que cela valait le coup d’attendre plus de cinq années et de dépenser plus d’un milliard de dollars ?
Clairement, non. D’autant plus que, même délesté de l’introduction de ces personnages, le film est très bancal au niveau de sa structure narrative et laissera plus d’un néophyte sur le carreau pendant la première demi-heure. La séquence post-générique n’excitera bien que quelques « geeks » et plongera le spectateur lambda dans l’incompréhension la plus totale tant la nouvelle menace n’est à aucun moment inclus ou évoqué dans le reste du film. Il y a aussi des problèmes de raccords avec les anciens films : le Captain America est devenu une légende vivante alors qu’il avait été congelé après sa première grande mission. Et les facilités scénaristiques sont légions. Ces figures héroïques et égocentriques qui peinent, par leurs intérêts et leurs caractères divergents, à s’entendre, s’unissent soudainement autour de la mort d’un personnage tellement secondaire qu’il rend difficilement crédible ce traumatisme soudain et fédérateur. D’autant plus qu’il est clairement et bêtement explicité par Nick Fury (Samuel L. Jackson) pour bien que le spectateur occupé à son popcorn n’oublie pas l’enjeu de la séquence. De même, l’arrivée de Hulk en « deus ex machina » est aussi assez hasardeuse puisqu’il retrouve très rapidement et on ne sait trop comment le reste de l’équipe qui vient à ce moment-là d’engager la bataille finale.
Enfin, on a du mal à comprendre l’utilité du long épisode dans le destroyer volant où le méchant principal Loki, demi-frère traitre de Thor, se fait capturer dans un but précis. Scène extrêmement classique du genre sauf que son but non avoué est de diviser un groupe qui n’était même pas encore formé au moment de sa capture. Le personnage de Loki est d’ailleurs révélateur de l’ambiguïté du long-métrage de Joss Whedon. Comme pour Battleship, il est difficile de discerner le degré d’ironie présent dans Avengers. D’un côté il semble incarné de façon très sérieuse par Tom Hiddleston qui se plait visiblement à incarner un vrai méchant de « comics » : cruel, maléfique, avec un sourire inquiétant et exagéré, mégalomane, traitre,… Bref, toute la panoplie imaginable. Or il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, volontairement ou non, chez ce Loki. Il y a une volonté perceptible de ridiculiser le méchant principal. Il est au final assez faible, lâche, manipulé. L’exemple parfait est la séquence où il se lance dans un monologue mégalo classique avant de soudainement se faire ratatiner dans une séquence, hilarante au demeurant, qui l’oppose à un Hulk qui ne fait pas dans la dentelle.
Puny God
Cette séquence aurait pu fonctionner si Loki avait été pendant tout le reste du long-métrage une menace crédible. Une menace qui n’aurait justement jamais été questionné et qui se serait soudainement fait remettre à sa place (un « dieu de pacotille ») par un Hulk bien énervé. Mais le problème est que ce Loki est déjà caractérisé comme un être fragile qui ne parvient pas à s’imposer face à son demi-frère Thor. Il se fait entourlouper par une humaine (la Veuve Noir) puis un humain (Œil de Faucon qui lui envoie une flèche qui se révèle explosive), est à la botte d’une armée d’extraterrestre,… Loki prend constamment une position « bad ass » avant d’être continuellement cassé dans son élan. Il se lance dans un discours de dictateur à l’encontre de pauvre terriens apeurés ? Il arbore un costume kitsch avec un casque à cornes avant de se faire capturer par le Captain America. Loki n’apparait que comme un jeune gringalet prétentieux cachant sa peur derrière un sourire blanchâtre.
Mais cette autodérision constante est malheureusement permanente. Une comparaison peut flatteuse rapprocherait Avengers aux James Bond de l’ère Roger Moore ou Pierce Brosnan qui ponctuait la moindre des scènes par une vanne ou une pirouette, rappelant ainsi au spectateur que tout ceci n’est pas bien sérieux. Non pas qu’il faille aller dans l’excès inverse, tous les films de super-héros devant alors avoir un message pessimiste post-11/09 et une esthétique réaliste en vue de copier les Batman de Christopher Nolan. Mais un minimum de sérieux serait le bienvenue chez Whedon lorsque celui-ci termine un plan-séquence enfin épique et iconique par une blague visuelle digne d’un Chuck Jones. Comme si l’équipe de tournage ne croyait jamais à ses personnages.
Ce manque de sérieux est perceptible dans le scénario lui-même, puisqu’il enchaine les scènes saugrenues. L’équipe de Loki attaque la station volante du Shield (une organisation d’espionnage surpuissante) en envoyant au grand maximum dix soldats. Tout comme le petit secret de Bruce Banner pour contrôler Hulk qui apparait comme un cheveu sur la soupe. On peut ajouter à cela le changement de camp brutal et salvateur d’Œil de Faucon après qu’il ait reçu un coup sur la tête (pas si difficile que ça finalement de le sortir de l‘emprise du « dieu de la traitrise ») ou encore la réanimation comique d’Iron-man afin d’annihiler tout enjeu potentiellement dramatique. Tout comme Loki n’apparait pas comme un ennemi impressionnant, la menace extraterrestre qu’il entend permettre n’est jamais perceptible. Elle est à l’écart du long-métrage pendant près de deux heures avant de n’apparaitre pendant la bataille finale que comme une nuée d’insectes qui n’a d’autre objectif que de s’écraser comme des mouches dans des immeubles new-yorkais. Evidemment, aucune victime n’est montrée ce qui fait que le combat pour la survie de l’humanité semble se faire sans victime ou sacrifice (même l’intermède télévisé à la fin de la guerre est sur un mode léger et ne mentionne aucune perte humaine).
Rassemblement !
Tout est-il pourtant à jeter dans Avengers ? Non, car il y a une réelle dynamique de groupe qui est perceptible pendant le long-métrage. Pas aussi efficace et pertinente que si elle avait été faite par Brad Bird mais elle reste cependant plutôt intéressante. D’un côté il y a l’Iron-man narcissique et égocentrique à la pointe de la technologie, et de l’autre le Captain America désuet au service d’autrui et de sa patri. Entre les deux vient s’immiscer le dieu de la foudre Thor qui entend bien clamer son rôle de leader du groupe, d’autant plus qu’il est lui-même le roi du monde d’Asgard. Sur le côté vient se greffer une ébauche de relation, qui aurait pu vraiment être intéressante si elle avait été plus approfondie, entre l’incontrôlable Hulk et la Veuve Noire. Une séquence particulièrement intéressante voit les Avengers se disputer à un moment de plus en plus critique avant d’être obligé de collaborer dans l’action pour repousser l’assaut de la plate-forme volante. Mais ils ne sont alors pas suffisamment coordonnés et leur victoire n’est que partielle. Ce n’est vraiment qu’à partir de ce fameux travelling circulaire, qui montre tout le même groupe rassemblé et prêt à se battre, que l’on comprend que la réunion est enfin possible et à ressentir légèrement l’excitation des vingt dernières minutes de Mission Impossible – Protocole Fantôme.
Mais il est malgré tout difficile de s’extasier sur Avengers. Il peine déjà à équivaloir le dernier X-men de Matthew Vaughn, autre films de super-héros groupés, alors comment pourrait-il atteindre le sommet du genre super-héroïque au cinéma ? Le scénario est pleins de trous et les interprétations pas forcément mirobolantes (Johansson est peu crédible en super-espionne, Downey Jr. cabotine toujours bien qu'il soit plus en retrait que ne le laissait présager la campagne marketing). La seule véritable surprise, et sûrement l’une des clés principales du succès hystérique de ce film, tient en quatre lettres : Hulk. Après deux films en demi-teinte, le géant vert fou-furieux a enfin droit à une version cinématographique à la hauteur de sa réputation. Toutes les séquences où il apparait sont jouissives et l’excellent Mark Ruffalo, pourtant pas forcément évident dans le rôle, s’en tire à merveille. L’ennui, c’est que Hulk n’apparait qu’au bout d’une heure et demie, ce qui réduit pas mal l’intérêt des nombreuses séquences de discussions soporifiques ou de scènes d’action léthargiques (l’introduction de la Veuve Noire) qui ont précédées. Pour le reste, la direction artistique est à l’avenant : photographie terne, bande originale peu inventive de Silvestri, montage peu dynamique et effets spéciaux impressionnants. Divertissant mais anecdotique. Si le doute est encore permis quant à la réussite du troisième épisode de Batman par Nolan, The Dark Knight Rises, de nombreux détails ne jouant pour l’instant pas en sa faveur, il viendra très clairement relever la barre du film de super-héros qui est décidément tombé bien bas depuis son The Dark Knight en 2008. En attendant, circulez, il n’y a pas grand chose à voir.
NOTE : 5,5 / 10
