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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Miss Bala

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Titre original : Miss Bala

Film mexicain sorti le 02 mai 2012

Réalisé par Gerardo Naranjo

Avec Stéphanie Sigman, Noe Hernandez, James Russo,…

Drame

Au Mexique, pays dominé par le crime organisé et la corruption. Laura et son amie Uzu s’inscrivent à un concours de "Miss Beauté" à Tijuana. Le soir, Laura est témoin d’un règlement de compte violent dans une discothèque, et y échappe par miracle. Sans nouvelle d’Uzu, elle se rend le lendemain au poste de police, pour demander de l’aide. Mais elle est alors livrée directement à Nino, le chef du cartel de narcotrafiquants, responsable de la fusillade. Kidnappée, et sous la menace, Laura va être obligée de rendre quelques "services" dangereux pour rester en vie.

     

Ce n’est plus un secret pour les cinéphiles : le Mexique est un pays sur lequel il faut compter dans le monde du septième art. Ces quinze dernières années nous l’ont brillamment prouvé en révélant trois des cinéastes les plus importants de notre époque : Alejandro Gonzales Inarritu (21 grammes, Babel, Biutiful), Guillermo del Toro (L’Echine du Diable, Le Labyrinthe de Pan) et surtout Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien, Les Fils de l’Homme). Et il se pourrait maintenant qu’il faille compter sur Gerardo Naranjo, qui vient de faire avec Miss Bala ce que l’on appelle une tonitruante révélation.

 Mais cette révélation, il est malheureusement fort probable que seule la métropole pourra clairement en profiter tant ce film mexicain n’est pas aidé par sa distribution en salles. Il faut ajouter à cela une affiche en tout point immonde qui montre bien que les gens du marketing, quand il s’agit de vendre un film autre que français ou américain (et encore !), ont plutôt un poil dans la main en se limitant à prendre une simple photo et à y ajouter le titre. Pourtant le long-métrage de Naranjo est loin de tomber de nulle part puisqu’il a fait au préalable le tour d’un certain nombre de festivals. Un long voyage jusqu’à nos cinémas français qui n’était pas passé inaperçu puisque Miss Bala avait été à plusieurs reprises loué par ceux qui avaient eu la chance de le voir.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/08/15/19740796.jpgSeule contre tous

Et il ne devrait pas en être autrement pour ceux qui auront le courage, voire la chance, de le choisir plutôt que le très surestimé et boursouflé Avengers qui squatte actuellement le parc d’exploitation français ; mais c’est toujours le désavantage d’un film distribué aussi massivement et qui rencontre un succès pareil au point d’oblitérer le reste des sorties (bien qu’une bonne partie d’entre elles demeure malgré tout bien oubliable et anecdotique). Miss Bala est pourtant audacieux à plus d’un titre. Il s’agit d’abord d’un film dénonçant la guerre des cartels de drogue qui gangrène la société mexicaine. Un thème fort et osé puisque cette guerre ne fait rien de moins que plusieurs milliers de victimes, souvent collatérales, par an dans tout le pays. Si le message final a un côté moralisateur inutile (les cartels, c’est mal et dangereux), puisque le long-métrage le faisait très bien comprendre par lui-même, Miss Bala ne demeure pas moins un bel uppercut nécessaire et salvateur sur le sujet.

L’autre grande audace de Miss Bala est d’être un long-métrage « de genre » (film de gangster et thriller) qui met une femme en premier rôle principal. Il ne s’agit certes pas d’une « femme forte » dans le sens qu’elle prendrait les armes pour se rebeller. Elle ne peut en fait que subir l’autorité et l’influence de ces « dominateurs machistes ». La force du long-métrage se situe pourtant bien là, en accentuant la sensibilité, la féminité et la fragilité de cette femme face à l’engrenage machiavélique qui s’est enclenchée autour d’elle dans un milieu fondamentalement masculin. Cette caractérisation facilite aussi l’identification du spectateur. Point de surhomme ou de « surfemme ». Il n’y a qu’une jeune fille innocente qui essaye de s’extirper du piège qui lui est tombé dessus. Elle est le personnage qui intéresse le réalisateur, celui préférant par exemple passer plus de temps à la filmer en train d’admirer une robe qu’elle ne pourrait acheter qu’avec de l’argent « sale » plutôt que de mettre en scène de longues fusillades. Miss Bala est un faux film d’action.

La tension assez forte de ce long-métrage vient du fait qu’il ne semble pas y avoir d’issue possible. Une fois que sa seule famille (son père et son petit frère) est loin d’elle pour être à l’abri, la jeune Laura se retrouve dénuée de toute aide extérieure. Un seul choix au final se posera pour elle : acceptera-t-elle cette mécanique implacable pour devenir complice, même involontaire de ces hors-la-loi ? Ou bien se révoltera-t-elle contre les missions dangereuses et criminelles, au risque de le payer de sa vie, dans tous les sens du terme ? Un choix cornélien dont la résolution demandera à la fois de l’audace mais aussi de l’intégrité. Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de « happy end » puisqu’on ne peut ressortir indemne d’une telle plongée en enfer. Les innombrables films sur les mafias l’ont toujours montré : si l’on peut entrer « aisément » dans le milieu, il est bien plus compliqué d’en sortir ne serait-ce qu’en un seul morceau.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/08/15/19746385.jpgL’« étoile » de Tijuana

On pourrait comparer la situation de Laura Guerrero à celle d’une mouche qui s’est emprisonnée dans la toile d’une araignée et qui, en luttant pour s’en dégager, ne fait que s’empêtrer encore davantage tout en incitant le redoutable arachnide à s’en approcher pour porter le coup fatal. Laura tombe par hasard dans le cartel de « l’Etoile ». Elle n’est au départ qu’une jeune femme pas très riche comme il y en a des milliers à Tijuana. Elle est encore une jeune fille qui rêve de princesses et qui tente donc de passer le concours « Miss Baja California » (Miss Basse-Californie) pour accéder à la célébrité mais surtout à la richesse. Elle est enfin pleine d’idéaux et d’illusions sur ce monde. Son père semble aimant et protecteur, elle s’occupe de son petit frère comme s’il s’agissait de son fils et elle joue encore à la l’adolescente joyeuse et insouciante avec sa meilleure amie espiègle.

Tout bascule en quelques instants, dans une boite de nuit. Au mauvais endroit et au mauvais moment, elle assiste et réchappe à un assaut meurtrier de ce gang contre une poignée d’agents américain de la DEA. Cherchant à retrouver sa meilleure amie qui a disparue depuis l’attaque, Laura retombe aux mains de ce gang qui l’avait laissé filer. Il la garde vivante malgré ce qu’elle a vu mais il y a une contrepartie : elle doit les aider quand les membres le lui demanderont. Et particulièrement son chef Lino avec qui va se nouer une relation très ambigüe de maître et d’esclave. Il apparait à la fois comme son protecteur et son tortionnaire. Il semble aussi tombé sous le charme de la « belle », s’arrange pour lui faire gagner le concours de beauté et parait hésitant à utiliser son autorité incontestée ainsi que la menace pour profiter d’elle. Quelques détails lui font perdre de sa superbe comme le fait qu’il boite, se fasse tirer dans la jambe et qu’il ne semble pas « puissant » sexuellement parlant (on a en effet l’impression qu’il a du mal à coucher avec elle lors de la scène de « viol »).

A l’inverse, la frêle Laura fait preuve d’un certain courage en le soignant et en acceptant les basses besognes qu’il lui confie. Malgré sa peur compréhensible, elle arrive à garder la tête haute face aux épreuves angoissantes, violentes et traumatisantes par lequel elle va passer. Miss Bala est un film sur le « réveil », la désillusion. Cela est particulièrement perceptible par le biais de l’intrigue parallèle avec le concours des « miss ». La longue séquence qui voit sa rapide et très douteuse ascension en tant que Miss Baja California est à la fois révélatrice d’un système corrompu à tous les niveaux mais aussi de la destruction des rêves et des ambitions. Ce concours n’importe plus pour Laura dès lors que ces proches sont mis en danger. Gagner une couronne ne permet pas d’acheter sa liberté dans cette ville de brutes. Avant de s’inscrire, Laura disait en riant à son amie que le premier prix était le droit pour la gagnante de coucher avec un riche vieillard. Triste ironie du sort, c’est effectivement ce qu’elle devra faire pour avoir une « victoire » complète : appâter et faire tuer un vieux général.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/08/15/19725165.jpgPoint de vue

La mise en scène est en adéquation avec l’atmosphère réaliste du film. La menace est permanente et peut survenir d’un seul coup. En un instant, votre vie peut se transformer en véritable cauchemar. … privilégie ainsi les longs plans séquences et travellings pour suivre ses personnage, leur coller à la peau et ressentir leurs peurs. En ne coupant pas le fil d’une action par le montage et en respectant la temporalité, Miss Bala a un caractère d’immédiateté, presque documentaire, qui rend le film plus immersif. La réalisation adopte le point de vue de son héroïne puisque les plans séquences se font tous à partir d’elle. Ce qu’on voit, c’est ce que Laura voit. L’action n’est perçue que par elle ce qui permet au spectateur de se mettre à sa place. Il y a notamment un long plan subjectif où le spectateur « devient » le conducteur d’une camionnette transportant trois cadavres ; il devient ainsi lui-aussi le complice forcé du gang. Parmi les autres moments impressionnants, on compte notamment une fusillade en voiture assez percutante ou encore une scène de suspense finale assez tendue.

La fin est d’ailleurs le bémol principal que l’on peut trouver au film de Gerardo Naranjo. Le retournement de situation final n’est pas suffisamment bien amené pour être véritablement marquant et compréhensible. Au final, tout le monde est corrompu et la guerre de la drogue est loin d’être gagnée. La seule perdante ne peut être que Laura, victime des deux camps corrompus qui ne jurent que par l’argent. Bien qu’elles se combattent, la police et la mafia luttent avec les mêmes armes et les mêmes objectifs. Seuls quelques loups solitaires, sommairement éliminés, menacent véritablement l’équilibre en recherchant à vraiment faire justice. Mais en fin de compte, la vie d’avant de Laura est finie. Elle est symboliquement « morte » en criminelle. Il ne lui reste alors plus qu’à errer afin d’espérer de « renaitre » un jour aussi « pure » qu’auparavant. Mais l’actrice Stéphanie Sigman risque bien, quant à elle, de revenir sous peu sous les écrans tant sa prestation et son charisme sont impressionnants.

NOTE :  07 / 10

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