Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Titre original : Battleship
Film américain sorti le 11 avril 2012
Réalisé par Peter Berg
Avec Taylor Kitsch, Liam Neeson, Alexander Skarsgard,…
Action, Science-fiction, Thriller
Océan Pacifique… Au large d’Hawaï, l’US Navy déploie toute sa puissance. Mais bientôt, une forme étrange et menaçante émerge à la surface des eaux, suivie par des dizaines d’autres dotées d’une puissance de destruction inimaginable. A bord de l’USS John Paul Jones, le jeune officier Hopper, l’Amiral Shane, le sous-officier Raikes vont découvrir que l’océan n’est pas toujours aussi pacifique qu’il y paraît. La bataille pour sauver notre planète débute en mer.
Le blockbuster va mal. La ressortie de Titanic au cinéma a suffit à remettre les points sur les « i ». Quinze ans après, la superproduction de James Cameron écrase très largement toute concurrence. En comparaison, on ne peut que regarder avec un certain mépris la plupart des « films-évènements-à gros budget » qui paraissent régulièrement sur nos écrans depuis quelques années. Il suffit de faire le compte sur ces quatre premiers mois. Il y a eu un Sherlock Holmes 2 ennuyeux et vulgaire qui se fait ringardiser en quelques minutes par la géniale série de la BBC, un Ghost Rider 2 tout simplement honteux et au budget indécent, un pitoyable La Colère des Titans incapable d’exploiter dignement son univers pour le transformer en grande aventure épique et un Hunger Games barbant et faussement adulte. Il n’y a bien eu qu’un John Carter qui, malgré ses défauts narratifs évidents, avait un véritable souffle épique en dépeignant un univers plein de promesses qui ne seront malheureusement jamais tenues car son échec au box office a annihilé toute possibilité de suite.
Cinquième gros blockbuster américain de 2012, troisième après Hunger Games et La Colère des Titans qui ouvre la saison estivale, Battleship n’arrivera pas à redresser la barre, loin de là. Coutant pourtant la même somme que le film de Cameron, le long-métrage de Peter Berg n’arrive pas un seul instant à atteindre la justesse narrative (mais ça, ce n’est pas une surprise) ni même la puissance émotionnelle et visuelle malgré sa débauche d’effets pyrotechnique et de CGI. Autre gros problème, il est basé sur un sujet complètement crétin. Depuis l’immense succès de la trilogie Transformers, adaptée des jouets robots-véhicules de la société Hasbro, cette dernière ne cesse de voir dans ses licences de potentiels cartons cinématographiques. Pour le plus grand malheur du spectateur qui aime voir de grands spectacles sans qu’on se moque de lui.
Jeux d’enfants
Et attention, le jouet adapté n’est rien de moins que le jeu « passionnant » de la bataille navale, « Touché Coulé ». Sans rire. Et des producteurs lucides ont décidé d’y tabler rien de moins que 200 millions de dollars, hors budget de promotion. Et pour aboutir à quel résultat ? A du sous-Michael Bay, et ce, à tous les niveaux. Pas une seule image ne semble pas ne pas avoir été reprise des long-métrages du plus immature et mégalomane des réalisateurs américains. Même photographie, même composition de plans, même bruitage,… Certaines séquences comme l’attaque de Hong Kong semblent tout droit tirées de la série Transformers. Même indigence narrative aussi puisque le scénario de Battleship peine à faire vivre ses trop nombreux personnages et à les faire passer pour autre chose que des stéréotypes ou des fonctions.
Il y a évidemment le grand frère moralisateur et exemplaire destiné à mourir à la moitié du film pour que son frère cadet irresponsable prenne sa place contre toute attente et tâche de se montrer à la hauteur de son prédécesseur. Il y a la top-model blonde un peu nunuche et inutile qui permet d’insérer une « love story » artificielle, condition sine qua non de tout blockbuster américain qui se respecte, et qui a bien du mal à ne pas apparaitre comme autre chose qu’un moyen bien peu subtil d’instaurer un peu d’enjeux et de dilemme personnel dans cette bataille technologique qui n’aurait laisser que peu de place aux sentiments. Au final, la trame qui l’implique pourrait être purement et simplement supprimée sans que cela n’influence en quoi que ce soit le récit. Sa seule utilité est de se retrouver comme une andouille dans le camp des méchants extraterrestres au moment où celui-ci risque d’être pulvérisé par les gentils militaires. On a bien compris, cet artefact de suspense est le suivant : pour sauver l’humanité, le héros doit risquer de tuer sa bien-aimée…
Mais comme il ne sait pas qu’elle est là, l’intensité du moment est limitée à une phrase que le héros dit à haute voix : « j’espère que tu n’es pas là ». Probablement afin de bien souligner l’enjeu de la séquence aux spectateurs que les producteurs considèrent comme des idiots. A côté de ces personnages principaux, beaucoup de soldats interchangeables classiques : le bleu gaffeur, la femme de couleur, le vieux général grincheux (qui est aussi le père de la blonde), le sage blessé qui finira par retrouver une cause pour se battre et voir que l’armée c’est malgré tout super chouette. Et pour finir, on a droit à quelques séquences au Pentagone et à un scientifique geek immature. Bref, rien de nouveau sous le soleil d’Hawaï qui se fait « attaquer » par des extraterrestres ne voulant en fin de compte qu’installer une antenne de communication. Battleship aurait pu être très original s’il avait sous-entendu que ces extraterrestres venaient dans un but pacifique, mais leur caractère belliqueux n’est au final jamais remis en question. Il aurait été mal vu pour un film de gros studios de sous-entendre que l’humain peut être paranoïaque et prompt à appuyer sur la gâchette quand il se croit menacé.
E.T. Téléphone. Maison
Les extraterrestres constituent eux-mêmes une menace bien ridicule. Leurs vaisseaux traversent l’espace mais ne peuvent, une fois sur Terre, que se déplacer en faisant de grands bonds sur la surface de l’eau. Les aliens de Battleship ont aussi un point faible bien handicapant quand on atterrît sur ces îles paradisiaques puisqu’ils sont très sensibles à la lumières du soleil. Encore heureux qu’il n’ait pas le point faible des mystérieux visiteurs du Signes de Shyamalan. Leur look est aussi assez grotesque et ils portent une sorte de barbe organique qui peine vraiment à leur donner une crédibilité quelconque tout en les affublant d’un air beaucoup trop humain. D’autant plus qu’en termes de guerriers, on a vu plus efficace. Alors que ceux-ci sont envoyés pour créer une station relai afin d’envoyer un signal pour faire venir des renforts qui viendront dans ce camps de fortune, ces extraterrestres sont bien incapables d’attaquer un homme si celui-ci ne pointe pas une arme vers eux. Une idée en soit qui pouvait être intéressante comme on l’a vu précédemment si celle-ci avait montré des humains bien plus agressifs que les envahisseurs. Mais non, cela ne sert juste qu’à sauver une poignée de gentils personnages en fâcheuses postures.
Le problème de Battleship, et accessoirement de ce genre de productions mises en scène par Berg, Bay ou Roland Emmerich, est de savoir le niveau de second degré ou de cynisme instillé à la base dans le long-métrage. Difficile de certifier dans ces images de drapeaux américains sur fond d’hymne militaire avec, au premier plan, quelques jeunes militaires regardant au loin, s’il s’agit d’une image de propagande ou bien d’une imagerie volontairement grotesque et pompeuse. Lorsque le groupe de vieux vétérans de la seconde guerre mondiale débarquent à la façon d’une scène culte d’Armageddon, on est partagé entre la consternation et une envie de rire ; d’autant plus lorsque Berg en rajoute une couche en amenant « subtilement » des soldats américains à s’allier avec des soldats japonais sur un croiseur au milieu d’un Hawaii assiégé par les airs (référence très discrète à Pearl Harbor). Et comment prendre la scène où un croiseur de trois cents mètres fait un dérapage comme s’il s’agissait d’une moto alors que pendant tout le reste du film les séquences de batailles navales sont filmées avec un sérieux papal ?
Au final, le film ne choisit jamais son camp. Battleship est à la fois une grosse production qui ne semble pas assumer son statut ainsi que le matériau original dont il est adapté et une farce qui se moque des codes ringards et conservateurs du genre tout en étant plutôt premier degré dans une grande majorité des séquences qui sont loin d’être les plus abouties. Et le concept en lui-même ? Il n’est repris que lors d’un court passage étonnement réussi d’une vingtaine de minutes où les héros restent scotchés devant un écran ce qui est un fait assez rare dans ce type de blockbusters survitaminés où tout doit aller très vite et exploser bruyamment. Pour le reste, et ce même si Taylor Kitsch est plutôt bon et qu’on regrette que le Liam Neeson grincheux ne soit pas présent plus d’un quart d’heure, c’est l’ennui total tant le long-métrage est convenu et dégage constamment une odeur de déjà vu. Visuellement pas brillant à l’exception d’un plan séquence, écrit de façon indigente et porté par un casting pas forcément pertinent (Rihanna est encore plus mauvaise qu’on aurait pu l’imaginer), Battleship est un énième produit très cher destiné à ne rester dans les mémoires du spectateur que pendant le temps de la projection. Le genre de projet purement opportuniste qui fait le minimum syndical, ce qui sera suffisant pour capitaliser sur une licence qui n’a pourtant rien de cinématographique et surtout aucun intérêt.
NOTE : 3,5 / 10
