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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Blanche Neige

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/19/61/20050063.jpg

Titre original : Mirror Mirror

Film américain sorti le 11 avril 2012

Réalisé par Tarsem Singh

Avec Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer,…

Fantastique, Aventure, Drame

Lorsque son père, le Roi, meurt, Blanche Neige est en danger. Sa belle-mère, cruelle et avide de pouvoir, l’évince pour s’emparer du trône. Quand la jeune femme attire malgré tout l’attention d’un Prince aussi puissant que séduisant, l’horrible marâtre ne lui laisse aucune chance et la bannit. Blanche Neige se réfugie alors dans la forêt… Recueillie par une bande de nains hors-la-loi au grand cœur, Blanche Neige va trouver la force de sauver son royaume des griffes de la méchante Reine. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle est décidée à passer à l’action pour reconquérir sa place et le cœur du Prince…

     

Il est des projets bien surprenants et souvent opportunistes. Il s’agit de films ayant un même sujet et qui ne sortent pourtant qu’à quelques mois d’intervalles parce qu’ils ont été initiés en même temps pour concurrencer l’autre. Il y avait eu par exemple au début des années 90 deux films sur « Les Liaisons Dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos, une adaptation éponyme par Stephen Frears et un film de Milos Forman intitulé Valmont. Plus récemment il y avait eu les deux biopics sur Coco Chanel sortis la même année ou encore le doublé grotesque de La Guerre des Boutons (auxquels s’ajoutaient la ressortie de la version des années 60). Actuellement il s’agit de « Blanche Neige ». Deux adaptations (en fait une troisième était prévue avec Saoirse Ronan) ont en fait été mises en marche lorsque la nouvelle mode de transposition au cinéma de divers contes de fées s’est amorcée avec le carton de l’ignoble Alice au pays des Merveilles de Tim Burton.

En attendant les versions « live » et probablement édulcorées de « La Belle au Bois Dormant », « La Petite Sirène », « Hansel et Gretel » et « Jack et le Haricot Magique », attardons-nous sur cette Blanche Neige de Tarsem Singh. Un projet précipité qui a réussi in extremis à sortir avant le gros blockbuster « dark » Blanche Neige et le Chasseur réunissant les stars « poids lourds » Charlize Theron et Kristen Stewart. Bien que très imparfait au niveau du scénario, il faut dire que quelques réécritures n’auraient pas été de trop, ce Blanche Neige se démarque diamétralement avec son imposant concurrent par son parti pris. Le film de Tarsem Singh n’est pas une adaptation sérieuse. Et il est évident qu’il ne vaut mieux pas aller le voir si on ne part pas du principe qu’il s’agit d’un film pour enfants avec tous les défauts qui peuvent aller avec.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/19/61/20044998.jpgMiroir, mon beau miroir

Faire preuve de cynisme devant ce long-métrage c’est déjà faire fausse route. De même qu’on peut légitimement s’agacer des quelques séquences comiques parfois bas du front qui ne risquent pas d’amuser ceux qui ont plus de douze ans. Le long-métrage baigne aussi dans une ambiance festive et pleine de bonne humeur. La reine n’est pas du tout effrayante et ressemble bien plus à une « MILF » hystérique qu’à une « beauté fatale » inquiétante sur le point de commencer à flétrir. Julia Roberts prend d’ailleurs un grand plaisir à jouer avec sa très ancienne image de « pretty woman » hyper-canon. L’ancienne « sex-symbol » a bien eue ses premières rides et la voir s’acharner à conserver sa beauté d’antan (celle des années 90) constitue déjà en soit une plaisante mise en abime. Nombreuses sont ses séquences qui sont plutôt amusantes, y compris l’interminable scène de « relooking » où la reine est prête à subir les pires traitements pour résoudre la moindre imperfection de sa peau.

Son ennemie jurée est évidemment sa belle-fille sublime, rayonnante par sa jeunesse et son innocence, du nom de Blanche Neige. Jeune fille à qui revenait ce royaume autrefois si joyeux et dansant après que son roi de père ait disparu dans la mystérieuse et « inquiétante » forêt qui entoure la région. Elle représente à peu près l’antithèse de la méchante reine, cette dernière se croyant tellement radieuse et importante que c’est sa voix qui ouvre le film en disant qu’il s’agit de « son histoire ». Mais le film aborde en fait presqu’équitablement le point de vue de ces deux antagonistes. Si la reine est omniprésente dans la première moitié du long-métrage, envahissant l’écran par ses robes démesurément larges et tape-à-l’œil, Blanche Neige prend peu à peu de l’importance dans le récit qui est de plus en plus centré sur son point de vue. Sa tenue va en se simplifiant, passant des robes que la reine lui fait porter à une tenue de combat plus simple et adaptée à la vie en forêt.

Antagonismes complets à un détail près : elles convoitent le même jeune homme. Si elles sont au départ tombées sous son charme (elles le voient pour la première fois toutes les deux fois torse nu), elles tentent d’y mettre le grappin pour des raisons divergentes. La reine le voit comme un moyen de satisfaction strictement personnel pour se rassurer en se disant qu’elle est encore séduisante et jeune (elle lui fait croire qu’ils ont à peu près le même âge). La jeune princesse voit en lui un dessein bien plus large puisqu’elle le considère comme celui qui pourra l’aider à restaurer la paix, la sécurité et la profusion dans son royaume affaibli en l’alliant avec celui du jeune homme, bien plus rayonnant. Un mariage royal visant plus le bonheur du peuple que de celui du roi ou de la reine. Mais un mariage d’amour quand même car, même s’il y aura dans les deux cas un ensorcellement (la potion magique de la reine, artifice pervers, contre un « vrai premier baiser » de la jeune princesse pour casser le charme précédent), le jeune prince et Blanche Neige ont eu le coup de foudre d’un seul regard (la belle séquence de bal le montre d’une façon assez jubilatoire).

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/19/61/20045003.jpgDemoiselle en danger

Ce Blanche Neige est néanmoins très différent du conte que l’on connait. Si la plupart des éléments narratifs sont bien repris, c’est pour être souvent détournés. Il y aura par exemple bien la fameuse pomme empoisonnée mais la séquence où elle en est le centre se déroule bien différemment de l’originale. La tonalité même du conte est assez changée pour privilégier une atmosphère moins angoissante. Difficile de trembler devant forêt enneigée de studio qui cacherait ce terrible monstre qui hante le royaume. La réalisation est suffisamment au second degré, même lorsque la reine ordonne la mort de sa belle-fille, pour que toute la charge dramatique soit désamorcée ; la séquence où le valet fidèle, censé avoir tué Blanche Neige mais ayant fini par céder à son charme, montre « les viscères » de la victime comme preuve de l’assassinat vire elle-aussi au grand guignol pour ne pas trop inquiéter le très jeune public.

Le film de Singh se révèle par contre intéressant dans sa façon de détourner les codes du genre. Blanche Neige n’est pas ici la frêle jeune fille qu’un beau prince valeureux doit délivrer avant de l’amener dans son château pour l’épouser. Dans le long-métrage de Singh, le prince est à la recherche d’une aventure car il peine, depuis son départ du giron quelques mois auparavant, à trouver de trépidantes actions pour prouver sa valeur. Et ce n’est pas sa première embuscade qui va arranger les choses. Croyant avoir affaire à des géants, il s’aperçoit une fois à terre qu’il s’agit d’une bande de nains. Pas forcément glorieux pour un jeune chevalier qui aurait préférer occire deux ou trois dragons. Et il passera la plupart du long-métrage dans des vêtements efféminés à froufrous ou sous l’effet d’une potion qui le fait réagir comme un chien. Ils se retrouvent donc perpétuellement dans des postures humiliantes et aura bien du mal, même lors du combat final, à avoir sa part de gloire dans cette aventure qu’il recherchait depuis si longtemps.

A l’inverse, Blanche Neige n’a rien de la belle jeune princesse faible et naïve qu’il faut sauver. Elle ne l’est qu’au départ avant que l’une de ses servantes ne l’incite à sortir voir le monde. Symboliquement, elle délaisse un temps ses robes pour arborer une tenue de combat plus pratique à la vie en forêt et à sa vocation de « Robin des Bois » aux côtés des nains. Après un entrainement à la Rocky, elle est vue par ces derniers comme une « meneuse », rôle généralement attribué à un homme dans l’inconscient collectif, surtout quand le groupe n’est quasiment mené que par des membres du sexe masculin (le genre de « petit » détail qui avait été popularisé avec Aliens de James Cameron qui voyait la « frêle » Sigourney Weaver dirigeant toute une troupe de « marines » bourrins). De même, elle sauve à plusieurs reprises le prince et parvient même à le battre en duel. Et si le combat final se fera sous la forme d’un duo, c’est bien la princesse qui donnera cette fois ce fameux baiser.

Les femmes prennent le pouvoir sur les hommes. Le Blanche Neige de Singh est en tout point de vue un film féministe. Ou comment une femme casse l’image dans laquelle on l’enferme pour mieux prendre ses responsabilités et devenir enfin autonome, sans aucune tutelle. Bien entendu, cela ne fait pas de ce long-métrage un grand film. Mais bien que trop imparfait et assez vite oubliable, le scénario n’étant pas un modèle de cohérence surtout spatial et temporelle entre les divers allers et venues des protagonistes entre le palais et la forêt, il n’en reste pas moins assez plaisant et étonnamment supportable par rapport à ce que la campagne marketing ne laissait présager. Et ce « conte revisité » pas bien méchant est enfermé entre une belle séquence d’ouverture animée qui vaut le détour et une scène musicale finale entrainante à la sauce bollywoodienne, rejoignant définitivement le caractère oriental de la direction artistique et les racines de son réalisateur. De quoi déjà justifier la petite heure et demi de visionnage. Une chose est certaine en tout cas : c’était peut-être bien l’histoire de Blanche Neige en fin de « conte ».

NOTE :  5,5 / 10

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