Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Coco Chanel & Igor Stravinsky

                                                    Wild Bunch Distribution

 - Film français sorti le 30 décembre 2009

 - Réalisé par Jan Kounen

 - Avec Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen, Elena Morozova,…

 - Drame, Romance, Biopic

          A Paris en 1913, Coco Chanel est toute dévouée à son travail et vit une grande histoire d'amour avec le fortuné Boy Capel. Au Théâtre des Champs-Elysées, Igor Stravinsky présente le Sacre du Printemps. Coco est subjuguée. Mais l'oeuvre, jugée anticonformiste, est conspuée par une salle au bord de l'émeute. Sept ans plus tard, Coco, couronnée de succès, est dévastée par la mort de Boy. Igor, réfugié à Paris suite à la révolution russe, fait alors sa connaissance. La rencontre est électrique. Coco lui propose de l'héberger dans sa villa à Garches, pour qu'il puisse travailler. Igor s'y installe, avec ses enfants et sa femme. Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs...

 

Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen. Jan KounenAnna Mouglalis et Mads Mikkelsen. Jan Kounen

          Dès le départ, Coco Chanel & Igor Stravinsky n'avait pas grand-chose pour se faire aimer : deuxième adaptation dans l'année d'un épisode de la vie de Chanel et énième biopic, genre essentiellement américain à l'origine, mais depuis très (trop) en vogue en France avec le succès international de La Môme (et le biopic sur Gainsbourg arrive aussi à très grands pas). Le biopic typique, dont le Coco avant Chanel d'Anne Fontaine suivait scrupuleusement les règles et c'est ce qui le rendait quelconque, se caractérise par une reconstitution minutieuse de l'époque, une linéarité dans le récit, une interprétation « bouleversante » de l'acteur ou actrice principal à grand renforts de trucages artificiels afin d'obtenir de nombreuses récompenses, et une quasi-adoration du réalisateur pour la célébrité qu'il filme. Bien évidemment, et heureusement, il existe des exceptions, et le film de Kounen fait parti de ceux-là.

           Certes son film n'est pas parfait, mais il est largement supérieur à celui d'Anne Fontaine qui l'avait précédé et qui avait reçu un accueil un poil plus favorable. Notons aussi le magnifique retournement de veste de la critique « spécialisée » qui est déçu du « classicisme » de la réalisation de Kounen qui en aurait perdu sa folie et sa subversion, alors que la mise en scène barrée et décalée de 99 Francs avait très largement été méprisée. Pendant que la mise en scène pathétique de Fontaine se contentait de poser sa caméra en filmant Audrey Tautou dans toute sa splendeur, celle de Kounen est dynamique, ponctué de plans séquence ou de mouvements de caméra comme pour symboliser le génie créatif et les tourments de ces deux artistes controversés. A cela, il suffit d'observer les vingt premières minutes de Coco Chanel &... qui montre la représentation très houleuse du « Sacre du printemps ». Avec un montage très efficace, Kounen alterne les plans de scène où se trouvent les danseurs et les plans de la foule hystérique, aveuglée majoritairement par Tchaïkovski. Il est aussi évident que, si Kounen ne considère pas Stravinsky comme son égal, le compositeur est un reflet du réalisateur méprisé par une certaine inteligencia. Kounen, dans cette longue et brillante scène d'introduction, se venge d'une certaine manière de toutes les critiques qu'il a reçu.

           Si le film n'arrivera jamais à retrouver la force de ses vingt première minutes, il n'en reste pas moins passionnant. Car ce qui intéresse principalement Kounen c'est la confrontation, et pas tant la passion, entre deux génies qui va leur permettre de retrouver l'inspiration, dont le fameux Chanel n°5 pour la créatrice de mode. Tout le long du film, Chanel et Stravinsky vont être attiré l'un à l'autre, une attirance pulsionnelle qui donnera lieu à de nombreuses scènes de sexe fortes, bestiales, réalistes mais tout en restant esthétique (qui ne sont pas sans rappeler celles des films de Jean-Jacques Annaud), mais ce n'est pas tant une passion romanesque qui les lie. Kounen montre plutôt un rapport de force entre une femme froide et indépendante mais qui reçoit maintenant un certain succès et un homme audacieux, visionnaire mais encore mal-aimé. Mais ce rapport de force leur sera bénéfique à tout les deux mais avec un certain prix : la solitude. Et la dernière scène le montre parfaitement en mettant en parallèle un Stravinsky vieillissant seul dans un appartement new-yorkais sombre et une Chanel affaiblie qui reste allongée sur son lit en observant sa chambre blanchâtre (une scène qui peut rappeler celle de 2001 : l'odyssée de l'espace où le vieil astronaute David Bowman est allongé dans une chambre avec en son centre le fameux monolithe). La principale victime de cette relation sera la femme chétive de Stravinsky, très bien interprétée par Elena Morozova, qui tentera de garder jusqu'au dernier moment son mari et qui luttera avec l'univers en noir et blanc de Chanel en y apportant des touches de couleurs (De son coté, Coco Chanel tentera de l'habiller à sa manière, de la faire vivre dans sa chambre favorite et de lui offrir son parfum afin qu'elle soit sous son emprise).

           Avec un couple d'acteur efficace, Anna Mouglalis en femme mystérieuse et autoritaire avec sa voix grave et un Mads Mikkelsen très charismatique (même si l'on ne comprend pas toujours ce qu'il dit, mais il a du apprendre des textes français et russe, deux langues qu'il ne parlait pas), Coco Chanel &... est un film qui refuse de ressembler à la réalité afin de se détacher de la vérité historique (comme la non-ressemblance physique notamment de Mouglalis avec Chanel) toujours contraignante. Et c'est ce qui le démarquera des autres « biopics » plus classique, celui de Fontaine en tête, et ce du début, avec le générique psychédélique, à la fin, avec la scène à la toute fin du générique final qui fait écho au dernier plan du Shining de Kubrick obligeant une nouvelle interprétation du métrage.

* * * *                                                                                   

 Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen. Jan Kounen

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article