Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
2010 est enfin arrivé et nous amène pourtant à nous tourner vers le passé. Une nouvelle décennie vient de s'achever et est d'autant plus importante qu'elle est la première de ce nouveau siècle. Plus de cent ans après sa création, le cinéma a-t-il encore quelque chose à nous offrir ? La réponse est bien évidemment « oui » tant ces dix dernières années ont été chargées. Je n'ai pu résister à l'appel des « tops » et je publie donc maintenant les 15 oeuvres cinématographiques qui m'ont le plus marqué durant cette décennie, non pas dans un ordre de préférence mais dans un ordre chronologique cette fois.
1 - Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki (12 janvier 2000)
Après plus de vingt années de mépris, l'oeuvre immense de Hayao Miyazaki commença enfin à être distribué en France à la fin des années 90, bénéficiant des découvertes tardives de chef d'oeuvres de l'animation japonaise comme Akira, Ghost in the Shell ou Le Tombeau des Lucioles. L'électrochoc Miyazaki viendra vraiment au début de la décennie 2000-10 avec le multi-primé et sublime Le Voyage de Chihiro, entrainant la ressortie de plusieurs de ses grands films d'animation parfois vieux de quinze ans. Mais son chef d'oeuvre, Miyazaki l'a réalisé en 1996, et sorti évidemment quatre ans après en France. Il s'intitule Princesse Mononoke et s'impose comme rien de moins que l'un des plus beaux (voire le meilleur) film d'animation jamais réalisé, et par extension comme l'une des plus grandes oeuvres de l'histoire du cinéma. Fresque médiévale épique et fantastique, Princesse Mononoke raconte le voyage d'Ashitaka, du clan Emishi, à travers le Japon afin de soigner la blessure mortelle qui lui pourrit le bras et qu'il a reçu après avoir tué un sanglier géant transformé en démon destructeur. En voyageant vers l'ouest pour trouver la raison de la colère de la nature et de la malédiction qui le touche, il tombe sur un village des forges dirigé par Dame Eboshi et ses servantes. Il se retrouve alors au milieu d'une guerre entre les humains et les esprits de la forêt, des animaux géants capables de parler. C'est aussi lors de ce périple qu'il rencontre San, la princesse Mononoké, une jeune femme élevée par une louve gigantesque. Histoire complexe mais universelle, d'une extrême lisibilité même pour ceux dont la culture et les croyances nippones sont étrangères, mise en scène ambitieuse, esthétique sublime et personnages passionnants (Mononoke est sans nul doute l'un des personnages féminins les plus fascinants du 7ème art). Princesse Mononoke possède tous les thèmes chers à son auteur : amour de la nature, mysticisme, quête d'apprentissage, fibre féministe qui n'alourdit jamais le récit ((au contraire !), bienfaits de la technologie maîtrisée ainsi que ses dérives dangereuses vis-à-vis de la nature... Le spectacle est total, les séquences de bravoures sont magnifiques et la musique de Joe Hisaishi est incroyable (probablement l'une des bandes originales les plus envoutantes jamais composées pour un film).
2 - Memento de Christopher Nolan (11 octobre 2000)
Ce film, adapté d'une nouvelle de Jonathan Nolan, raconte la vengeance d'un homme qui, après avoir assisté au viol et à l'assassinat de sa femme, est victime d'un traumatisme crânien qui lui a enlevé sa mémoire immédiate : depuis cet évènement il n'arrive plus à retenir quelque chose au bout de dix minutes. Il note alors tout ce qui s'est passé sur des bouts de papier et des tatouages pour ainsi poursuivre son enquête et retrouver l'homme responsable de tout cela. La grande originalité du film est qu'il est monté à l'envers pour ainsi faire ressentir au spectateur le handicap du héros. C'est aussi le film qui révèlera l'un des grands réalisateurs de cette décennie qui risque de devenir incontournable dans les années à venir et dont la thématique principal de sa filmographie est la manipulation : Christopher Nolan. Par la suite il réalisera un excellent remake avec Insomnia, il redonnera un second souffle au personnage de Batman, après le carnage de Joel Schumacher, avec Batman Begins, il mettra en scène Le Prestige, un thriller fantastique époustouflant et donnera une suite énorme à son épisode de Batman avec The Dark Knight. Dire que l'on attend avec une impatience fébrile son prochain film Inception, un thriller futuriste sur l'esprit humain avec Léonardo DiCaprio en tête d'affiche, est un euphémisme.
3 - Incassable de M. Night Shyamalan (27 décembre 2000)
Ce film-ci est important pour plusieurs raisons. La première c'est qu'il est le « second » film d'un des jeunes auteurs les plus importants et ambigües de ces dix dernières années. M. Night Shyamalan a été révélé à la toute fin des années 90 par Sixième Sens, un thriller fantastique d'une maîtrise qui force le respect et l'admiration et dont le twist final génial contribua notamment à son gigantesque et inattendu succès ; détail qui empoisonnera d'ailleurs la filmographie de Shyamalan puisque tout le monde s'acharnera ensuite à chercher dans ses autres films un « twist facile et roublard » qui serait l'unique clé du succès du réalisateur que l'on décidera soudainement de lyncher. A la fin de l'année 2000, Shyamalan réalise ce qui est à l'heure actuelle son chef d'oeuvre : Incassable, drame intimiste et fantastique ayant pour sujet ce mythe moderne, et très présent au cinéma durant cette dizaine d'années, qu'est le super-héros. C'est l'histoire de David Dunn, incarné par Bruce Willis dans l'un de ses meilleurs rôles, qui se trouve être un simple gardien de sécurité à Philadelphie. Sa vie bascule lorsqu'il devient l'unique survivant d'une gigantesque catastrophe ferroviaire. Ne comprenant pas pourquoi il est ressorti indemne d'un tel accident alors que tous les autres n'ont pas survécu, il se met à chercher des réponses. Il rencontre alors Elijah Price, joué par Samuel L. Jackson, un handicapé misanthrope et fan de « comics » qui est atteint d'une maladie très rare qui a rendu ses os extrêmement fragiles au moindre choc. Véritable analyse de l'art des « comics » et du statut du « super-héros », Incassable est l'inverse de bon nombre de blockbusters sur le même sujet qui continuent encore de fleurir sur les écrans (Les trois X-Men, Hulk, Les Quatre Fantastiques, et dans une moindre mesure Les Indestructibles, la trilogie Spider-man et les deux Batman de Nolan). Intimiste, sans aucune scène d'action et très peu d'effets spéciaux, Incassable est avant tout un film sur la quête d'identité et la reconstruction d'un couple. Comme dans les premiers films de Spielberg ou dans les films du coréen Bong Joon-ho (dont je reparlerai), l'élément fantastique vient troubler la réalité afin d'amener les personnages principaux à évoluer dans les relations qu'ils entretiennent entre eux. La réalisation est impeccable, avec quelques séquences absolument ahurissantes (la scène dans le train, le combat contre « l'homme en orange » ou encore le final très émouvant), portée par une vrai réflexion sur le mythe et l'art de sa représentation. Avec une photographie très sombre, une musique qui est sans aucun doute la plus grande partition de James Newton Howard et servi par des acteurs impeccables, Incassable est jusqu'à aujourd'hui le meilleur film de super-héros. Après celui-ci, Shyamalan réalisera les excellents Signes et Le Village et sombrera par la suite avec des long-métrages bien plus critiqués et qui ne réitérèrent pas les succès de ses premiers films.
4 - A.I. Intelligence Artificielle de Steven Spielberg (24 octobre 2001)
A l'origine, ce film était un projet de Stanley Kubrick qui envisageait de le réaliser puis de le faire réaliser par son ami Spielberg. Une vingtaine d'années après, Kubrick décède et le projet semble voué à rester dans les tiroirs. C'était sans compter son beau-frère et producteur de ces derniers films, Jan Harlan, qui décide de convaincre Spielberg de le mettre en scène. C'est donc 24 ans après Rencontre du troisième type qu'il reprend l'écriture en supervisant totalement le script sur les volontés de Kubrick. A.I. est donc un « Pinocchio futuriste », dans un monde dévasté par le réchauffement climatique, où un robot (ou « méca ») crée pour aimer d'un amour indéfectible sa « mère » humaine se retrouve abandonné par cette dernière. Il va donc partir à la recherche de la Fée Bleue du conte de « Pinocchio », que sa « mère » lui racontait, afin qu'elle le transforme en vrai petit garçon et permettre ainsi à sa « mère » de l'aimer. Sur son chemin, il va rencontrera un ours en peluche parlant nommé Teddy et un robot, Gigolo Joe, destiné à satisfaire les fantasmes des femmes. Interprété par un impressionnant duo d'acteurs, le jeune Haley Joel Osment et Jude Law, A.I. est un film de science-fiction contemplatif qui questionne la nature humaine et qui est d'un très fort pessimisme, notamment dans sa fin souvent considérée comme « neuneu » alors qu'elle montre la destruction de l'humanité et l'impossibilité de la quête du jeune David (prénom d'origine juive qui n'est pas innocent puisque la thématique du génocide est aussi présente dans ce film). Avec A.I., Steven Spielberg va entamer une période très prolifique où il n'enchainera (presque) que des chefs d'oeuvre : Minority Report, Arrête-moi si tu peux, La Guerre des Mondes et Munich.
5 - Mulholland Drive de David Lynch (21 novembre 2001)
Initialement David Lynch souhaitait faire une série télé, mais face au désistement de la chaine ABC et à l'appui de Studio Canal il décida d'en faire un film. Le résultat est fascinant et est considéré comme l'un des meilleurs films du réalisateur : il remportera d'ailleurs le Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes et une nomination à l'oscar du meilleur réalisateur pour Lynch (ce qui est un fait en soit suffisamment rare pour le noter). L'histoire commence avec un accident de voiture sur la fameuse route d'Hollywood, « Mulholland Drive », qui va rendre sa passagère, Rita, amnésique. Elle va alors faire la rencontre de Betty Elms, une jeune femme naïve qui vient de débarquer à Los Angeles et qui rêve de devenir une actrice. Cette dernière va tenter de l'aider à retrouver la mémoire et son identité. Film où la distinction entre le rêve et la réalité se fait de plus en plus difficile au fur et à mesure que l'intrigue progresse, Mulholland Drive est aussi un mélange étonnant de genres : drame, thriller, fantastique, comédie,... Le film se passant dans la sacrosaint du cinéma, Mulholland Drive est aussi une étude de cet étrange septième art (qui peut aussi être vu comme une industrie contrôlé par des mafieux sans scrupules avec la fameuse séquence du « This is the girl ») avec quelques très belles scènes lors du casting de Betty ou de la « fille » pour une comédie musicale rétro. D'abord mystérieux (la structure narrative étant assez complexe), le film devient peu à peu un rêve éveillé avant de définitivement tourner au cauchemar. Mulholland Drive en marquera alors plus d'un.
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6 - Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de lAnneau, Les Deux Tours et Le Retour du Roi de Peter Jackson (19 décembre 2001, 18 décembre 2002, 17 décembre 2003)
S'il y bien une oeuvre cinématographique à retenir de cette décennie c'est la trilogie du Seigneur des Anneaux (trois films indissociables les uns des autres) d'un réalisateur néo-zélandais peu connu du grand public avant la sortie du premier opus : Peter Jackson. Réalisateur de films fantastiques et d'horreurs à petit budget (Bad Taste, Créatures célestes, Fantômes contre fantômes,...), Peter Jackson n'a qu'un rêve au milieu des années 90 : refaire avec des effets spéciaux moderne le film King Kong qui a bouleversé son enfance. Le projet était sur la bonne voie mais il tombera à l'eau subitement. Vexé, Jackson se tourne vers l'adaptation d'une autre oeuvre qui l'a marqué : la trilogie du « Seigneur des Anneaux », monument de la littérature et de l'heroic fantasy écrit par J.R.R. Tolkien. Ces trois livres racontent la quête du hobbit Frodon Sacquet qui doit détruire l'Anneau unique, qu'il a hérité de son oncle Bilbon et qui a été forgé par le maléfique Sauron, afin d'éliminer ce dernier. L'unique endroit où il peut venir à bout de l'Anneau est le lieu où il a été forgé, la Montagne du Destin, en plein milieu du Mordor, le royaume de Sauron qui s'apprête à soulever une grande armée afin de dominer la Terre du Milieu. Durant son voyage, Frodon sera aidé, entre autres, par le descendant du roi du Gondor, Aragorn, un nain nommé Gimli, un elfe blond du nom de Légolas, le mage Gandalf, et un être mi-homme mi-bête, Gollum, qui a possédé l'Anneau pendant 500 ans et qui rêve en secret de le récupérer. Une trame incroyablement dense, un monde complexe, original, merveilleux et cohérent, Le Seigneur des Anneaux a bénéficié pour sa réalisation d'une liberté totale et du savoir faire technique d'une équipe de génie (notamment dans la création totalement numérique de Gollum par la « performance capture »). Au programme de cette aventure épique d'une dizaine d'heures : des paysages somptueux, une traversée impressionnante des mines de la Moria (couronnée par le duel entre Gandalf et un démon géant de flammes), la bataille du Gouffre de Helm, le siège de la cité blanche Minas Tirith, la charge hallucinante des cavaliers du Rohan, la confrontation de Frodon avec Arachnée, une araignée géante, et un final mythique et apocalyptique dans la Montagne du Destin.
7 - Monstres & Cie de Pete Docter et David Silverman (20 mars 2002)
Il est impossible lorsque l'on s'intéresse aux films d'animations, voire aux films tout court, de faire l'impasse sur l'importance majeure qu'a pris un petit studio répondant au doux nom de Pixar. Ce sont eux qui ont imposé la révolution numérique en livrant successivement des chefs d'oeuvres mélangeant prouesses techniques et grande qualité scénaristique : Toy Story 1 et 2 (bientôt 3), 1001 Pattes, Le Monde de Némo, Les Indestructibles, Cars, Ratatouille, Wall-e et le sublime Là-haut. Mais le meilleur reste Monstres & Cie, tout d'abord par son histoire originale : à Monstropolis, une ville peuplée de monstres, la société « Monstres & Cie » fournit de l'énergie qui provient des cris des enfants en envoyant des « monstres d'élite » pour leur faire peur. Le monstre le plus réputé s'appelle Jacques Sullivent, alias Sulli, qui a pour ami un petit cyclope vert et rond du nom de Bob Razowski. Tout deux vont se retrouver confronter à l'intrusion d'une petite fille dans le monde secret des monstres. A cette histoire originale s'ajoutent des personnages bien écrits, un humour très efficace et omniprésent, de l'action et de nombreux rebondissements. Monstres & Cie est donc l'exemple parfait de la réussite selon Pixar et est surement ce qui s'est fait de mieux en termes de film d'animation durant les années 2000 (avec les films de Miyazaki).
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8 - Kill Bill volume 1 et 2 de Quentin Tarantino (26 novembre 2003 et 11 mai 2004)
Le quatrième et le cinquième film de Tarantino ne peuvent être considérés que comme une seule et même oeuvre. L'histoire est, semble plutôt, simple : au cours d'une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, la Mariée enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans. Elle va se lancer à la recherche de ses anciens compagnons tueurs à gages afin de se venger. Si le film est époustouflant c'est d'abord par la structure de son récit, découpé en chapitres, en flash-back parfois. Cela apporte donc une complexité qui permet de nombreux rebondissements (éclairer le passé d'un personnage, révéler le nom de la « Mariée » qui était jusque là inaudible,...). L'autre point fort est l'inventivité visuelle dont fait preuve Tarantino, mélangeant les références aux films de samouraïs, le western spaghetti, la comédie, le film d'animation, les films de série B,... Il fait aussi de nombreuses allusions cinématographiques ou à la culture pulp (comme le monologue génial de Bill sur Superman par le tout aussi génial David Carradine) donnant ainsi une richesse imposante à son film tout en y retrouvant sa trace, notamment par les dialogues particulièrement bien écrit. A cette réalisation virtuose et surexcitée, s'ajoute des acteurs de talent avec Uma Thurman, bouleversante en mère vengeresse (la scène la plus touchante du film et même de toute la filmographie de Tarantino étant les retrouvailles entre l'héroïne et une certaine « Bibi » qu'elle pensait morte) mais aussi Carradine, l'un des méchants les plus iconique de ces dernières années, Michael Madsen que lon retrouve avec plaisir après son rôle de psychopathe coupeur d'oreille dans Reservoir Dogs, le premier film de Tarantino, ou encore Daryl Hannah en pin-up blonde borgne du nom de Elle Driver... Il faut encore rajouter à cela la bande sonore totalement jouissive et qui colle bien à chaque scène. Il ne reste donc plus qu'à énumérer les quelques scènes fortes qui parsèment le film, comme l'introduction du Volume 1, le massacre dans le bar japonais qui se termine sur un duel surréaliste dans la neige, le combat dans une caravane avec Elle Driver, la découverte pour la Mariée de sa grossesse lors d'un guet-apens dans un flash-back et enfin la confrontation d'anthologie contre Bill. Quentin Tarantino continuera cette décennie avec l'agréable mais trop long Boulevard de la Mort avant de revenir en très, très grande forme avec Inglourious Basterds.
9 - Collateral de Michael Mann (29 septembre 2004)
Le scénario est très simple : Max est un conducteur de taxi la nuit à Los Angeles, il va prendre comme passager Vincent, un homme apparemment honnête qui a plusieurs rendez-vous d'affaire dans différent coin de L.A. Max fait donc une bonne affaire jusqu'à ce qu'il s'aperçoive du véritable boulot de Vincent lorsqu'un homme, assassiné par ce dernier, tombe sur sa voiture. Le reste du film va suivre la confrontation particulièrement tendue entre ce tueur à gage très efficace et ce chauffeur de taxi en proie à un sérieux dilemme : laisser les cibles mourir sans rien faire ou affronter Max dans un combat inégal. Michael Mann signe là un thriller prenant qui a tout de l'exercice de style : un scénario simple transcendé par une mise en scène brillante. Se passant presque entièrement de nuit, Collateral dégage une atmosphère assez étrange et envoutante qui ne doit pas être étrangère à la ville de Los Angeles (on la retrouve dans Heat notamment). La photographie est elle aussi sublime, Mann ayant entre autres filmé en numérique ce qui renforce l'aspect réaliste du film. A cela s'ajoute aussi des séquences d'action très impressionnantes comme le final mais surtout la scène de fusillade dans la discothèque, l'une des meilleures réalisées par Mann avec celle de Heat. Il faut encore souligner la qualité des interprétations avec Javier Bardem et Mark Ruffalo en seconds rôles, un Jamie Foxx très crédible mais surtout un Tom Cruise qui trouve l'un de ses derniers grands rôles, et un des meilleurs de toute sa filmographie. Fascinant en prédateur solitaire mais pessimiste, la dernière séquence où il apparait est même unique dans toute sa carrière. On pourra enfin rajouter que cette décennie aura été bénéfique à Mann puisse qu'il a signé en plus de Collateral, Révélations en 2000, Ali en 2002, Miami Vice - Deux flics à Miami en 2006 et Public Enemies en 2009.
10 - La Guerre des Mondes de Steven Spielberg (6 juin 2005)
C'est un Spielberg toujours très en forme qui revient cet été là avec une nouvelle adaptation de La Guerre des Mondes. L'histoire est actualisée et suit les traces d'un père paumé et divorcé qui va devoir s'occuper de ses enfants et les protéger lors d'une effroyable invasion extraterrestre. Et pourtant Spielberg va livrer un anti-blockbuster total qui refuse d'exploiter les clichés devenus habituels dans les films catastrophes : pas beaucoup de scènes de destructions grandiloquentes, peu de personnages, pas de président ni de conseillers politiques, il n'y à la rigueur qu'un faux happy end qui fera beaucoup parler de lui à la sortie du film. Spielberg y traite ses thèmes habituels comme l'errance, la perte de l'innocence, les exterminations, la chute dans la violence, tout en montrant une Amérique brisée et traumatisée par le 11 septembre et les conflits au Moyen-Orient. Tom Cruise livre, jusqu'à présent, sa dernière grande composition, et est accompagné de la très bonne et jeune actrice Dakota Fanning et de Justin Chatwin qui vient de donner un sérieux coup à sa carrière en se commettant dans le navet Dragon Ball Evolution. Rempli de scènes chocs comme l'apparition du tripode qui émerge du sol, l'attaque du ferry, la bataille sur la colline s'achevant sur une explosion effroyable ou encore la séquence dans la cave d'un Tim Robbins fou et inquiétant La Guerre des Mondes est un film d'une noirceur impressionnante, surprenante pour un film à aussi gros budget et qui laisse présager le chef d'oeuvre suivant de Spielberg : Munich.
11 - Munich de Steven Spielberg (25 janvier 2006)
Spielberg atteint ici un sommet dans sa carrière. Sommet au niveau de la mise en scène d'abord où Spielberg, très influencé par le cinéma américain pessimiste et réaliste des années 70, semble plus à l'aise que jamais (la production de Munich n'aura duré que quelques mois). Sommet aussi par la noirceur et la violence omniprésente du film où Spielberg réalise son film le plus pessimiste et dépressif. Le film relate la mission secrète d'un groupe d'agents secrets juifs, après la prise d'otage et le meurtre de onze athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques à Munich en 1972, qui sont chargés de se venger et d'assassiner onze palestiniens qui ont participé à « Septembre Noir ». Mais petit à petit ils vont se retrouver eux-mêmes traqués et vont se retrouver piégé par une spirale de violence. Si le film a été plutôt un échec au box office, notamment français, c'est parce qu'il se démarque de ce que Spielberg fait habituellement ou plutôt de ce que à quoi tout le monde veut l'enfermer, c'est-à-dire un blockbuster familiale bien ficelé. Or, sa filmographie est pourtant remplie de films plus intimistes, plus graves et personnels : La Liste de Schindler, à la rigueur Il faut sauver le soldat Ryan, La Couleur Pourpre, A.I. et surtout L'Empire du Soleil, l'un de ses plus grands films. Certes, il peut être difficile de reconnaitre la patte habituelle de Spielberg dans ce film mais quand on y regarde bien il y place de nombreux thèmes personnels comme l'errance, la perte de l'innocence, l'enfermement dans la violence, la famille divisée,... (que l'on retrouvait déjà dans La Guerre des Mondes). En plus d'un casting masculin très impressionnant (Eric Bana, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz, Michael Lonsdale, Geoffrey Rush et Mathieu Amalric dans un de ses rôles les plus fascinants), d'une BO originale de John Williams et d'une photographie sèche de Janusz Kaminski, Munich comporte de nombreuses scènes de suspense parfois insoutenables lors des nombreuses tentatives d'assassinats et d'un abandon total de Spielberg du (faux) happy end. Après ce monument de noirceur, il semble avoir un certain mal à trouver un film aussi personnel après un très moyen Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, un Tintin et le Secret de la Licorne qui mettra encore deux ans à arriver (et qui semble plus proche du film fun comme les Indiana Jones) et de nombreux projets passionnants qui tardent à démarrer.
12 - Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron (18 octobre 2006)
Le premier plan montre un Clive Owen négligé dans un bar et qui regarde, comme la foule autour de lui, les informations qui annonce l'assassinat de la dernière personne à être né, il y a dix-huit ans. Il sort ensuite en emportant son café, fait quelques pas dans une rue bondée de Londres, s'arrête un instant avant d'être soufflé par l'attentat terroriste qui rase le bâtiment dans lequel il se trouvait quelques secondes auparavant. L'introduction brillante est à l'image du film : sombre, violent, apocalyptique et d'une maîtrise rare. Alfonso Cuaron est un des réalisateurs majeurs de cette décennie avec tout d'abord en 2001 le film Et ta mère aussi !. Il va enchainer en 2004 avec un magistral Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, tellement impressionnant sur tous les plans qu'il « fait tâche » par rapport aux autres épisodes. Tout en produisant certains films de Guillermo Del Toro, dont le sublime Labyrinthe de Pan, il réalise cet incroyable film d'anticipation qu'est Les Fils de l'Homme. Partant d'une idée originale très bien exploitée, l'incapacité de faire des enfants, ce qui entraine l'autodestruction de l'Humanité qui s'enferme donc dans la violence, les guerres civiles et le racisme, Les Fils de l'Homme est aussi un film étourdissant par sa mise en scène et notamment par ses plans séquences littéralement déments (l'introduction donc, mais aussi la séquence de l'attaque dans la voiture, celle de l'accouchement ultra réaliste et enfin le final dans une ville assiégée). Ce film au constat très pessimiste possède quelques touches optimistes comme cette « seconde chance » accordée à l'Humanité avec cette femme noire enceinte (ironie puisqu'elle fait parti des clandestins méprisés) qui devient un objet de convoitise pour des desseins pas toujours honorables. Théo, interprété par Clive Owen dans son meilleur rôle, est alors chargé de sa protection. A ses cotés, d'excellents acteurs au meilleur de leur forme comme Julianne Moore, Michael Caine ou encore Claire-Hope Ashitey. Brillant de tous les points de vue, Les Fils de l'Homme est le chef d'oeuvre de Cuaron, et on attend avec fébrilité son prochain projet intitulé Gravity.
13 - The Host de Bong Joon-ho (22 novembre 2006)
Cette décennie a aussi vu la montée en puissance du cinéma sud-coréen. Il est avant tout illustré par deux figures majeures : Park Chan-wook avec notamment Sympathy for Mister Vengeance en 2002, la très grande claque Old Boy en 2003, Lady Vengeance en 2005, Je suis un cyborg en 2006 et l'« anti-twilight » Thirst en 2009 ; Bong Joon-ho avec l'impressionnant Memories of Murder en 2003, le phénoménal The Host en 2006 et Mother sorti en 2009, mais qui n'arrivera en France que début 2010 et que l'on attend de pied ferme (sans parler de sa probable adaptation de Transperceneige, bande dessinée française d'anticipation, produite par... Park Chan-wook). A cela il ne faut pas non plus oublier le magistral premier film de Na Hong-jin, The Chaser. Mais s'il fallait n'en choisir qu'un seul, c'est le film de monstre The Host qu'il faudrait privilégier prendrait. Déjà parce qu'il détourne les codes du film de genre, en dévoilant le monstre au bout d'un quart d'heure par exemple. Parce que c'est aussi un mélange des genres très abouti avec le film de monstre, le film catastrophe, le film d'horreur, le film d'action, le drame et la comédie noire. L'histoire elle-même est simple : le vieux Park Hee-bong tient un snack au bord du fleuve Han et vit avec ses enfants : son fils aîné complètement immature Gang-du (interprété par le plus grand acteur sud-coréen Song Kang-ho), sa fille Nam-joo, une championne de tir à l'arc plutôt malchanceuse et son fils cadet au chômage Nam-il. Et au milieu de ce beau monde il y a Hyun-seo, la fille unique de Gang-du. Mais lorsqu'un monstre aquatique (crée par un laboratoire américain qui méprise les règles d'hygiène), sorti de nulle part, emporte cette dernière, toute la famille va s'unir pour la sauver. Film à la mise en scène impressionnante (certains plans séquences sont dignes d'un film à l'américaine), The Host surprend aussi par sa non-conventionalité au niveau des péripéties, une liberté et une audace que l'on ne trouve pas dans les grosses productions hollywoodiennes.
14 - Speed Racer dAndy et Larry Wachowski (18 juin 2008)
Fin des années 90, deux frères cinéastes relativement peu connus déboulent sur les écrans avec ce qui se révèle être une vraie bombe : Matrix. Rien de moins que l'un des films de S.F. les plus influents et acclamés ainsi qu'une prouesse visuelle absolument étourdissante. Deux suites ont suivi et ont divisé le public. Après cinq années d'absence, ils reviennent en 2008 avec Speed Racer, adaptation « live » d'une série japonaise éponyme des années 60. Budget pharaonique pour film évènement. Cependant, les studios, incapables de vendre le long-métrage des Wachowski, décident d'orienter le marketing pour toucher les enfants. A partir de là, comment les critiques pouvaient elles considérer sérieusement un film pour mioches ? L'accueil de la presse est des plus glacial (le film est considéré comme décérébré, crétin, destiné uniquement à quelques « geeks » fans d'effets numériques délirants et inutiles). Speed Racer est aussi l'un des plus gros flops de 2008 et est la risée des classements de la critique spécialisée. Sans aucun doute trop avant-gardiste mais néanmoins en cohérence avec cette nouvelle tendance qu'est le cinéma « virtuel », mélangeant réel et effet numérique jusqu'à ce qu'on n'arrive plus à les discerner. Le XXIème siècle amène entre autres dans le milieu du cinéma le développement de la motion puis de la performance capture après les essais de Zemeckis (Le Pôle Express, La Légende de Beowulf, Le Drôle de Noël de Scrooge) et sa probable arrivée à maturité avec Avatar de Cameron et le futur Tintin de Spielberg / Jackson. D'une autre façon, Speed Racer s'inscrit dans cette lignée du « nouveau » cinéma qui amène la destruction des frontières entre les médias (film, animation, BD, jeux vidéos, etc...) tout en amenant, par le biais de la technique (CGI, Performance capture,...), une liberté presque infinie pour le réalisateur. Speed Racer est l'annonciateur de cette ère nouvelle. Mais le film des Wachowski n'est pas qu'une incroyable performance technique et visuelle ultra-référentielle, c'est avant tout l'histoire touchante d'un jeune homme qui essaye de devenir adulte et d'accomplir son rêve d'enfant tout en essayant de surmonter la mort de son frère aîné qu'il avait pour modèle et de faire face aux grosses entreprises corrompues qui sont prêtes à tout pour gagner les courses. Ou quand cette folie visuelle expérimentale est au service de l'histoire et du bouillonnement d'émotions que le film doit illustrer. L'aboutissement de cette démarche intervient lors de la course finale, surement l'une des plus belles séquences jamais réalisées. Dans un montage percutant, Speed, enfin en accord avec lui-même et ses idéaux, s'engage dans une lutte acharnée, défiant toute les lois de la gravité et de la logique, censée changer le monde de la course automobile contrôlé par de grandes firmes cupides. Un climax démentiel dont l'effervescence sensorielle et émotionnelle aboutit à une explosion immense, un maelstrom visuel pas très éloigné du trip final de 2001. L'omniprésence du numérique ne tue pas l'émotion, bien au contraire ; les Wachowski viennent de réussir leur pari.
15 - Avatar de James Cameron (16 décembre 2009)
Et quoi de mieux pour finir la décennie, à une quinzaine de jours près, que le retour triomphal de l'immense James Cameron après douze ans d'absence où il avait livré le dernier grand classique hollywoodien, Titanic, en raflant onze oscars et la première place au box office de toute l'histoire du cinéma ? Et comment passer après un tel succès ? Beaucoup aurait opté pour un film plus mineur, mais Cameron n'est pas n'importe qui et se lance dans la réalisation d'un projet qui lui tient à coeur depuis une quinzaine d'années : une épopée de science-fiction rendant hommage aux westerns et aux films d'aventure de l'âge d'or d'Hollywood. En plus de la création de la planète Pandora dans ses moindres détails, Cameron se lance un défi supplémentaire : faire d'Avatar un nouveau maître étalon dans la « performance capture », qui n'a jamais été poussé aussi loin, en prenant comme héros des personnages « numériques » auxquels les acteurs donneront leur propres émotions et expressions. Et comme si cela ne suffisait pas, Cameron entend populariser définitivement la 3D, qui a toujours été un échec depuis les années 50, et la débarrasser de son statut de « gadget pour Futuroscope ». Si l'on ajoute un budget que l'on soupçonne d'atteindre les 500 millions de dollars (marketing inclus), Avatar avait tout pour être un échec. Mais on ne s'appelle pas Cameron pour rien et, en plus d'un accueil très favorable de la presse et d'un bouche à oreille excellent, le film va dépasser la barre du milliard de dollars de bénéfice en 17 jours ce qui est un record absolu. Le spectacle est total par l'immersion avec la 3D qui remporte d'ailleurs un franc succès, jouissif par les scènes d'actions hallucinantes (la poursuite avec le Thanator, le vol sur le dos de dragons au milieu de montagnes volantes et surtout la bataille finale), bouleversant par la beauté des paysages et la destruction de ceux-ci par l'Homme (la chute de l'arbre géant reste la meilleure scène du film),... A tout cela il faut ajouter l'histoire d'amour magnifique entre Jake et Neytiri qui fait écho en grandes romances hollywoodiennes. Il y a encore tellement de choses à dire sur Avatar et même si certains penseront qu'il est encore trop tôt pour le considérer comme un film majeur, et peut-être auront-ils raison, il ne me fait aucun doute qu'il risque d'avoir un sérieux impact sur les grosses productions des dix prochaines années. Et nul doute que la version plus longue d'une trentaine de minutes ne fera qu'accroitre les nombreuses qualité de ce film.
Enfin je tiens à rappeler quelques grands noms de réalisateurs qui ont donné de nombreux films marquants tout au long de ce début du XXIème siècle :
- Clint Eastwood : Space Cowboys, Créance de sang, Mystic River, Million Dollar Baby, Mémoires de nos pères, Lettres d'Iwo Jima, L'Echange, Gran Torino
- James Gray : The Yards, La nuit nous appartient, Two Lovers
- Paul Thomas Anderson: Magnolia, Punch-Drunk Love, There Will Be Blood
- Joel et Ethan Coen: OBrother, The Barber : l'homme qui n'était pas là, Intolérable cruauté, Ladykillers, No Country for Old Men, Burn After Reading
- David Cronenberg: Spider, A History of Violence, Les Promesses de l'ombre
- Alejandro Amenabar: Les Autres, Mar adentro
- Jacques Audiard : Sur mes lèvres, De battre mon coeur s'est arrêté, Un prophète
- Ridley Scott : Gladiator, La Chute du faucon noir, Kingdom of Heaven, American Gangster
- Tim Burton : Sleepy Hollow, Big Fish, Charlie et la chocolaterie, Sweeney Todd: le diabolique barbier de Fleet Street
- Sam Mendes : Les Sentiers de la perdition, Jarhead, Les Noces Rebelles, Away we go