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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Contagion

                                        

 - Titre original : Contagion

 - Film français sorti le 09 novembre 2011

 - Réalisé par Steven Soderbergh

 - Avec Matt Damon, Kate Winslet, Laurence Fishburne,…

 - Drame, Thriller, Science-fiction

                   Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe. Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population…

                L’année 2009 avait marqué une sorte d’apogée dans la carrière de l’un des plus prolifiques réalisateurs actuels. Steven Soderbergh avait en effet sorti pas moins de quatre long-métrages en l’espace de quelques mois ; certes deux de ces films faisaient partis d’un seul et même projet. Mais le grand défaut de Soderbergh c’est que, malgré son ambition des plus louables de vouloir toucher un maximum de genres et de sujets, il a bien souvent du mal à réaliser un long-métrage qui ne soit pas bancal ou prétentieux de par sa volonté d’impérativement vouloir faire « film d’auteur ». 

                Hélas, Contagion n’échappe pas complètement à cette règle. Soderbergh refuse de prendre son projet à bras le corps, ce qui aurait demandé d’user de « techniques » grand public comme l’implication émotionnelle du spectateur en traitant son récit au premier degré et non derrière le filtre d’une « neutralité » et d’un recul assez froid. Et pour cela, quoi de mieux que le film choral avec sa flopée de personnages n’ayant pas plus de trois scènes à jouer et auxquels il est souvent bien difficile de s’attacher. Au moins, Contagion se révèle plus intéressant et largement moins racoleur que son agaçant Traffic ; on évite même « l’audacieux » partis pris de mise en scène qui visait à employer des filtres de couleurs différents en fonction des personnages et des lieux de l’intrigue.  Si ce nouveau long-métrage est plutôt efficace c’est avant tout grâce au scénario très documenté de Scott Z. Burns. S’il ne facilite pas l’empathie avec les personnages, mais la mise en scène froide de Soderbergh n’aide pas non plus, le script réussit à bien analyser les nombreuses implications et problématiques causées par une telle situation soudaine et catastrophique. L’histoire écrite par Burns balaie à peu près tous les types de domaines : politique, médiatique, scientifique, en n’oubliant pas non plus la sphère familiale. 

                Le premier tiers de Contagion est d’ailleurs ce qui est le plus réussi. Pas de bavardage inutile, on entre directement dans le vif du sujet (au deuxième jour du début de l’épidémie pour être plus précis). Au cours d’une séquence sans dialogue, un montage d’images de la propagation du virus accompagné du thème très entêtant de Cliff Martinez, la caméra de Soderbergh s’attarde sur les contacts et les objets que l’on touche presqu’inconsciemment et qui peuvent recéler le virus mortel. Le système de propagation de ce dernier est justement de passer de main en main, ce qui peut rendre très vite paranoïaque. Il est même dommage que le film ne soit pas en 3D comme Soderbergh l’avait au départ prévu, idée qu’il a dû abandonner faute d’un manque de moyens. Elle aurait eu une utilité bien autre que celle des blockbusters qui l’emploient (mal souvent), à savoir en mettre plein la vue : ici, elle aurait donné du volume, de la « matière » à toutes ces surfaces ou objets potentiellement contaminés et Soderbergh aurait pu jouer sur la notion d’espace entre les individus comme d’un élément en plus pour le suspense (nécessité d’un espace vital autour de soi qu’il faut protéger à tout prix). 

                Mais ce parti pris n’aurait eu de sens que si cette ligne de conduite avait duré tout le film. Le problème c’est qu’une fois passées les vingt premières minutes on ne verra presque plus jamais un malade de tout le long-métrage. Soderbergh détruit toute l’ambiance paranoïaque et angoissante qu’il avait instaurée avec succès en la mettant complètement hors champ. Et la dernière demi-heure, tirant inévitablement vers une résolution « optimiste » par la fabrication d’un l’antidote, achève de ne plus impliquer émotionnellement le spectateur (en plus de se révéler nettement moins intéressante). Soderbergh évacue le point de vue humain qui aurait donné bien plus d’impact à son récit ; un peu comme l’avait fait Spielberg dans sa version de La Guerre des Mondes où il avait fait passer au premier plan l’homme moyen. Cet homme moyen, il est présent en la personne de Matt Damon (évidemment bien plus présent à l’écran lors de la première heure de Contagion). Bien évidemment les séquences où il apparait sont clairement les plus intéressantes puisqu’elles ne montrent plus des scientifiques/journalistes/politiciens en train de discuter dans des pièces vides avec un ton préoccupé.  

                C’est avec le personnage du père de famille veuf que l’on éprouve ce que l’on ressentirait tous face à une telle menace. Ce sont avec ses yeux que l’on voit la déliquescence de l’humanité, la folie qui s’empare des gens, les transformant en bêtes sauvages uniquement intéressées par leur propre survie et prêt à tout pour protéger leurs proches. La séquence du magasin est la plus réussie de Contagion et montre ce qu’aurait pu donner le film de Soderbergh s’il n’avait pas été fait dans l’optique d’un film choral adoptant un point de vue distancié. Le film souffre justement de cette structure éparpillée. Trop de personnages et surtout trop d’intrigues. Quelques unes d’entre elles, comme celle impliquant le personnage de Marion Cotillard, ne sont même pas « achevées ». Ces fils conducteurs n’aboutissent souvent à rien et semblent parfois coupées en plein milieu. Même chose pour l’histoire impliquant le journaliste adepte de la théorie du complot (Jude Law) dont on n’ignore ce qu’il devient et ce qu’il pense après qu’il se soit fait taper sur les doigts par les autorités. Cette peur du gouvernement est d’ailleurs l’unique angle « paranoïaque » qui est (inutilement) gardé par Soderbergh tout du long du récit, reléguant dans un lointain arrière-plan la peur du virus qui aurait dû être central. 

                Néanmoins Soderbergh a réussi l’un de ses meilleurs films, bien que sa filmographie soit très clairement aussi variée en termes de qualité qu’elle est hétéroclite. Correctement rythmé, bien documenté et plutôt bien mis en scène, Contagion n’arrivera cependant pas à marquer les esprits et l’histoire du cinéma malgré son casting en tout point royal. Pire, Soderbergh n’exploite même pas son idée de « tuer ses stars » afin de marquer le spectateur (deux têtes d’affiches seulement y passent, dont une lors des cinq premières minutes). Pire, il conclut son long-métrage sur une scène roublarde visant à montrer une forme de circularité (l’épidémie est finie… jusqu’à la prochaine) et qui révèle l’origine du microbe (qui aurait été beaucoup plus inquiétant s’il était venu de « nulle part »). Reste un film de série B qui ne s’assume pas, qui cherche une forme de distanciation par refus d’impliquer le spectateur et par crainte de faire du « spectaculaire ». Le résultat se regarde néanmoins bien que l’impression d’un gâchis est persistante, et cela même si les dégâts ont été limités. De la flopée de stars, on retiendra surtout les compositions assez brillantes de Matt Damon, Kate Winslet (comme toujours) et Laurence Fishburne qui réussissent à injecter de l'émotion à leurs personnages (surement une question de temps d'écran). Mais la peur des transports en commun ne durera que peu de temps après le générique de fin.  

NOTE à 6 / 10

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