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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Intouchables

                                   

 - Titre original : Intouchables

 - Film français sorti le 02 novembre 2011

 - Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

 - Avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny,…

 - Comédie

                A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter « Vivaldi » et « Earth Wind and Fire », le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra intouchables…

 

                On ne l’avait pas trop vu venir. Sortant dans le sillage d’un très imposant concurrent, le Tintin de Spielberg (soit la rencontre du héros de BD le plus célèbre en France avec le maître du box office), on ne donnait pas cher de la peau de l’Intouchable d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache. Le duo avait pourtant réalisé cinq années auparavant la comédie Nos Jours heureux, beau succès qui a fini par élever le long-métrage au rang de « film culte », pour la France en tout cas. Les chiffres ne se sont pas fait attendre : Intouchables sera sans aucun doute le plus gros succès du box office français, réussissant à dépasser en deux semaines le film de Spielberg qui avait pourtant lui aussi démarré en trombe. 

                Qu’en est-il alors de ce « phénomène Intouchables » ? Il faut d’abord s’interroger sur ce qui démarque cette comédie des autres, produites par les grandes chaines. Car ces dernières ont elles-mêmes pu, à certains moments, obtenir un succès fédérateur similaire qui laisse rêveur (ou fait très peur quand il s’agit des Bronzés 3 ou de Bienvenue chez les Ch’tis par exemple). Première chose importante à préciser : le film de Nakache/Toledano est un film honnête. Ce n’est pas un film fait dans l’optique première de le faire passer en prime time d’ici deux ans sur une des chaines nationales. Bien qu’une star de la TV, Omar Sy, y tienne la vedette, ce n’est pas en premier lieu pour amasser les fans du « Service Après-vente » de Canal Plus. Ce qui est immédiatement perceptible à la vision d’Intouchables c’est que l’ambition principal des deux réalisateurs/scénaristes est d’avant tout de faire un film pour le public. Le plus honnêtement et surtout le plus dignement possible. 

                Cela implique donc avant tout un gros travail d’écriture. Et il vient déjà de là, le gros différend entre Intouchables et les autres comédies françaises. Il y a une volonté de travail en amont qui n’est pas perceptible (voire souvent inexistant) dans la plupart des productions comiques hexagonales. Car pour écrire une comédie réussie, il ne suffit pas d’enquiller des blagues pendant une heure et demie. Si c’était aussi facile, il suffirait d’embaucher un ou deux humoristes à la mode pour faire le travail. Mais une comédie c’est bien plus complexe (clairement le genre cinématographique le plus difficile) puisque sa réussite dépend à la fois de la qualité de l‘écriture, du dynamisme des acteurs, d’un  rythme parfaitement dosé afin que chaque effet tombe de façon appropriée, etc… Mais le plus important est surtout de ne pas devenir un « best of » des vannes que l’on met en avant dans les bandes annonces qui vendront le film une fois fini. Il faut quelque chose de plus. Il faut de l’émotion : les personnages doivent être attachants et non pas être de simples guignols. 

                C’est là que l’on trouve l’avantage d’Intouchables. Cette qualité d’écriture ne se limite pas aux gags, souvent très drôles d’ailleurs (la scène du rasage, les impros et le rire d'Omar Sy,...), mais sert aussi  à étoffer les personnages qui ne sont pas réduits à une seule fonction (qui aurait pourtant été toute trouvée en mettant Omar dans le rôle du comique gaffeur et Cluzet dans celui de la victime au départ coincé). Ainsi, les gaffes du personnage d'Omar vont montrer l'évolution par la suite de son personnage qui saura mieux réagir face au personnage de Cluzet. Et le politiquement correct est parfois remis au placard avec quelques scènes qui n'hésitent pas à se "moquer" des handicapés, sujet sensible au possible. Mais le récit demeure néanmoins assez classique. On n'échappera même pas à la sempiternelle vidéo montrant le vrai duo qui a inspiré l'histoire, ce qui a pour facheuse habitude de rappeller au spectateur, avant même qu'il ait le temps de sortir de la salle, qu'il vient de voir une fiction.

                Mais l'histoire est à la fois belle et pleine de bon sentiments. Chacun va apprendre de l’autre, permettant ainsi la naissance d’un lien qui n’était pas forcément évident. D’où une grande différence avec le Rain Man de Levinson, qui lui est supérieur sur presque tout les niveaux, malgré les comparaisons persistantes de la presse et du public sous prétexte que le film de Nakache/Toledano en serait la version « hexagonale ». Mais mis à part le fait que l’un des deux héros soit handicapé (et que Cluzet ressemble physiquement à Dustin Hoffman), peu de points communs. Le lien qui unit les deux personnages n’est ni filial, ni social. Ce lien est tissé par ce que l’un apporte à l’autre : Le banlieusard Driss (Omar Sy) accède enfin au cadre de vie dont il rêvait et dans lequel il n’aurait normalement eu aucune chance d’accéder ; le richissime Philippe (François Cluzet) réapprend le dynamisme, l’émerveillement et l’audace par le prisme de son aide-soignant. 

                L’autre réussite tient à l’alchimie évidente qu’il y a entre Sy et Cluzet ; alchimie qui était l’une des plus importantes clés de la réussite du film. Une entente immédiate qui permet à ce duo de « buddy movie » de fonctionner impeccablement. C'est le fonctionnement, la dynamique et l'entente de ce duo qui permet à l'humour de fonctionner (la réplique de l'un entrainant une réplique de l'autre). C'est ce décalage à la fois social mais aussi de caractères entre les deux personnage principaux qui permet l'efficacité des réparties. Et si l’on ajoute que les acteurs sont au top de leurs formes, il n’y a presque plus qu’à sortir le champagne ; d’autant plus que les qualités d’acteurs d’Omar Sy (comparé à Eddy Murphy auparavant, ce qui est loin d’être un compliment) restait encore à prouver. Il s’en tire largement avec les honneurs, tout comme les seconds rôles, bien que ce soit Cluzet qui dévore l’écran. Mais ce dernier a la bonté de ne pas en faire des caisses dans son rôle de paraplégique et se montre d’une magnifique sobriété et subtilité. A cela il faut aussi ajouter une bande originale plutôt plaisante (dont quelques morceaux discos très entrainants comme « Boogie Wonderland ») et une mise en scène qui, si elle n’est pas estomaquante ou audacieuse, fait preuve d’une réelle efficacité. Car c’est souvent au niveau de la mise en scène que les comédies française pêchent le plus, comme si le réalisateur se croyait dégagé de son obligation à penser son montage et ses cadrages. 

                Intouchables est une comédie véritablement drôle de bout en bout, et il n’y a qu’à voir les réactions du public dans les salles pour se convaincre de la réelle efficacité du film, tout en recelant quelques séquences beaucoup plus tendres et émouvantes (la scène du parapente, les cinq dernières minutes,...). Il est aussi agréable de voir un film sur deux personnes d’origine sociale opposée qui ne cède pas aux sirènes bien pensantes d’une vision binaire grotesque (méchants riches grotesques contre le misérabilisme condescendant à l’encontre des banlieues). Il est certain que le succès de ce film est clairement disproportionné puisqu’il est très loin d’être la plus grande comédie de tous les temps. Et qu’il ne fait nul doute que dans un tout autre contexte que celui, pessimiste, de la crise et de la rigueur, le public ne se serait pas autant rué en masse voir ce « feel-good-movie » salutaire. Mais pour une fois que les spectateurs français font un triomphe à un film populaire qui ne soit ni cynique, ni roublard, on ne va pas se plaindre. Si ça peut amener la profession à reconsidérer sérieusement le genre de la comédie et à le voir autrement que comme le véhicule promo d’une star has-been destiné à passer en « prime time » à l’intention de téléspectateurs épuisés par leur journée, alors le cinéma français ne pourra qu’en sortir grandi. 

NOTE à 6,5 / 10

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