Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Dark Shadows

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/05/49/20078610.jpg

Titre original : Dark Shadow

Film américain sorti le 09 mai 2012

Réalisé par Tim Burton

Avec Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer,…

Comédie, Fantastique, Epouvante-horreur

En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant. Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…

     

Ce n’est plus une rumeur mais un fait presque établi : la carrière de Tim Burton était sur la pente descendante après son Sleepy Hollow en 1999. Si l’espoir était encore permis avec des œuvres certes imparfaites mais encore assez notables telles Charlie et la chocolaterie ou Sweeney Todd, il devenait évident que Tim Burton n’était plus aussi inspiré qu’avant. Cependant, il y avait encore suffisamment de fulgurances et d’inspirations pour pouvoir sauver ces long-métrages. Mais Burton commençait à se répéter, comme s’il avait fait le tour de son univers si particulier.

Deux évènements familiaux eurent probablement un impact très fort sur la psyché du metteur en scène de Burbanks : la mort de son père qui avait notamment servi à expliquer le désintérêt de Burton pour La Planète des Singes, film ayant pourtant des thématiques en adéquation avec celle que l’auteur employait depuis le début de sa carrière, et la naissance de son premier enfant. Ce dernier évènement a peut-être amené l’éternel « freak » d’Hollywood à se calmer, à se ranger dans ce cadre familial qu’il décriait pourtant dans ses précédents long-métrages. On se retrouvait ainsi avec des films prônant un message contraire de celui qu’il revendiquait fièrement au début des années 90. Là où il avait une vision romanesque et tragique des « freaks » et des monstres, éternellement rejetés par une société pourtant bien plus laide qu’eux, Burton se mettait à faire des long-métrage prônant le « retour dans le rang » et la perte de cette différenciation, pourtant à la fois fardeau et cadeau.

Willy Wonka intégrait la famille de Charlie et pardonnait son père alors qu’il n’avait cessé de se mettre en scène en tant que « prophète » marginal et solitaire, tandis que Sweeney Todd, refusant de délaisser sa noirceur et sa folie, se faisait punir en étant tué traitreusement par son « enfant ». Un final qui en disait d’ailleurs très long sur la psychologie de Burton, ce qui fit de Sweeney Todd son dernier film véritablement personnel à ce jour. Une démarche régressive qui atteignit son accomplissement avec l’abject Alice au pays des merveilles, adaptation pour lequel Burton était fait il y avait encore quelques années, chapeautée par un Disney que Burton acceptait enfin, scénarisée n’importe comment en détruisant la complexité du récit en la transformant en une quête clichée, gonflée en 3D et vomissant des CGI d’un autre âge à la figure du spectateur. Alice y abandonnait à la fin son imaginaire pour aller faire du commerce dans les colonies anglaises. Vive le capitalisme ! Burton n’est non pas mort il y a dix ans mais bien en une triste année 2010.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/05/49/20011862.jpgRésurrection d’un mort-vivant

La question était maintenant de savoir si une renaissance était possible pour Burton, le fait qu’il fasse pire encore qu’Alice n’étant pour l’instant pas envisageable voire même concevable. C’est en cela qu’intervient Dark Shadows qui peut être intéressant à décortiquer pour voir dans quelle direction Burton compte aller. Il s’agit de l’adaptation d’un « soap opéra fantastique » interminable (plus de mille épisodes tournés en quelques années) très populaire dans les pays anglophones mais quasiment inconnu en France. Premier détail qu’il faut noter, c’est un projet de Johnny Depp qui adore la série et qui a réussi à convaincre son grand ami Burton de le réaliser alors qu’il n’était absolument pas emballé. Ca en dit long sur l’implication finale du réalisateur sur ce projet de commande. Mais des films commerciaux réussis, voire transcendés, il y en a déjà eu un certain nombre.

D’autant plus que Dark Shadows dispose de tous les éléments typiques de Burton : le gothique horrifique (vieux manoir, vampires, sorcières, loups garous, fantômes,…) et esthétique kitsch digne d’un Beetlejuice ou d’un Charlie… . Le mélange des deux avait tout pour donner une rencontre assez jouissive. Or, c’est peut-être là le premier grand défaut de Dark Shadows : à une époque où Burton apparait en pleine régression et répétition, le voir s’atteler à quelque chose qu’il maîtrise déjà est en soit peu intéressant. Burton est en terrain connu. Il le sait et ne prend en plus aucun risque. Tout dans Dark Shadows peut quasiment être rapproché à un élément des films précédents de Burton.

Dark Shadows, c’est un concentré facile de la filmographie du cinéaste qui n’arrive jamais à la hauteur de ses prédécesseurs. Dès le prologue, la note d’intention est limpide : Burton copie ce qu’il a fait. L’introduction de Dark Shadows est assez semblable (jusqu’aux effets numériques ignobles dévoilant un gothisme de pacotille) au prologue de Sweeney Todd. Le fait que le premier plan de chacun soit un navire émergeant de la brume d’un Londres de la fin du XVIIIème siècle n’aide pas. Cela annonce d’emblée un film apparemment plus sombre que ne le laissait présager les bandes annonces. Impression illusoire tant le mélange des genres n’est pas savamment dosé.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057653.jpgParadoxe temporel

Des moments « gores » ou « horrifiques » viennent comme un cheveu sur la soupe alors que l’heure était à la rigolade quelques secondes avant. Impossible de comprendre le personnage de Barnabas qui se révèle soudain meurtrier dès qu’on fait une mauvaise action alors qu’il se dit pourtant capable de se contrôler. Tantôt il peut réguler sa soif, tantôt il ne peut plus. Là où Sweeney Todd allait au moins jusqu’au bout de sa logique furieuse et violente, apparaissant presque comme un coup de gueule de Burton contre tout ceux qui essayaient de le faire rentrer dans le rang, Dark Shadows reste le cul entre deux chaises. On ne peut pourtant nier que malgré ses rares fulgurances « violentes », le film est extrêmement sage et confortable. C’est pourtant dans ces fulgurances que le film trouve ses rares bonnes idées : la peau de la sorcière qui se craquelle comme celle d’un œuf, la maison qui saigne, la séquence du réveil sanglant de Barnabas ou encore la manière dont ce dernier aspire jusqu’à la dernière goutte le sang de la psychologue.

Le reste, soit 90% du temps, se limite à être une comédie dramatique ni drôle, ni dramatique. L’humour vole au ras des pâquerettes et se contente régulièrement de gags « anachroniques ». La bande annonce faisait ressembler Dark Shadows à une version des Visiteurs ; il s’avère en fait que le dernier long-métrage de Burton est VRAIMENT un remake fantastique de la comédie de Jean-Marie Poiré. On retrouve même le gag identique de la télévision qui était dans le deuxième opus, la différence étant que le surjeu de Depp est loin d’égaler l’extrémisme de la performance de Christian Clavier. C’est tout juste si on n’attend pas à un moment l’arrivée de la camionnette de la poste et de son conducteur « sarrasin ». Le choc des deux mondes ne se fait que comme ça : par des gaffes de Barnabas envers un objet qui n’existait pas à son époque ou par des expressions dépassées. Cela ne se fait que par « clashs » ; jamais ces mondes ne finissent par se connecter afin de montrer que le gothisme du XVIII-XIXème siècle pouvait rejoindre l’esthétique kitsch et outrancière des années 1970. Aucune réflexion n’est apportée.

Ce choc des générations et des cultures ne doit donner lieu qu’à quelques plaisanteries ringardes (on a même droit à un hommage inattendu à Terminator 2) et à l’apparition de clichés parfois embarrassants. La manière dont sont dépeint les hippies et la façon dont Burton essaye vaguement de relier cette histoire à l’actualité de l’époque (guerre du Vietnam, égalité et libération sexuelle) sont pour le moins très maladroite. Burton se la joue ensuite Scorsese en essayant de déballer une discographie typiquement « seventies » avec quelques classiques pour bien souligner l’époque. A noter qu’au niveau musical, Danny Elfman ne s’embête pas trop en signant une composition insipide ; pour une fois, Tim Burton se refuse même complètement à ouvrir son long-métrage par un générique sur le thème d’Elfman qui dévoilerait l’ambiance du film. Ici il ne s’agit que de simples vues aériennes d’un train traversant une forêt sur la chanson « Nights in White Satin » pendant que le générique défile sur une typographie neutre.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057645.jpgRépétitions

La direction artistique est pour le coup complètement attendue puisqu’il s’agit encore une fois d’une synthèse de l’univers Burton. Si les décors intérieurs représentant le manoir de Collinwood sont assez travaillés, il est très regrettable que l’on ne voit surtout que la même poignée de pièces. D’autant plus que l’immensité du manoir et sa richesse architecturale sont mentionnées à plusieurs reprises au cours du récit. En fin de compte, cela se limite à plus de 50% à l’immense hall d’entrée. De même pour la ville de Collinsport dont on ne voit que le port et un bistrot. Au moins peut-on dire que Burton a fait plus sobre qu’à l’accoutumé, notamment en regard à son boursouflé Alice. La photographie de Bruno Delbonnel est toujours aussi pleines d’effets et réutilise les mêmes filtres, non plus jaunes comme chez Jeunet, mais violet-bleu d’Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé. Mieux vaut se taire au niveau du montage tant il est juste déplorable (il faut voir la séquence d’amour acrobatique pour le croire).

Le casting est lui aussi sans surprise. On retrouve d’abord les vieux comparses Johnny Depp et Helena Bonham Carter. Le premier est évidemment le personnage principal qu’il interprète comme quasiment tous ses autres rôles depuis Pirates des Caraïbes en 2004 : un ersatz costumé et grimé n’importe comment à la gestuelle maniérée et insupportable. Pourtant promis à un sublime parcours à l’aube des années 2000, Johnny Depp continue de faire sombrer sa carrière dans les méandres du cabotinage et de l’encaissement systématique de chèques. Pour peu, on croirait qu’il s’est tellement lassé de la comédie qu’il a décidé de ne plus jouer que devant la caméra de ses amis Tim Burton et Gore Verbinski. Carter est au diapason avec ses choix de carrière depuis Fight Club, elle s’évertue ici à être un second rôle sans intérêt dans le film de son mari qui a décidé de l’y placer coûte que coûte. Elle fait le minimum syndical et ce n’est pas encore aujourd’hui que sa carrière va se relever.

Parmi les autres habitués on compte l’éternel Christopher Lee venu dire quatre répliques (mais faut bien faire un peu de « fan service ») ou encore la caution roublarde Michelle Pfeiffer, sachant qu’elle reste dans le cœur des adorateurs du Burton de la belle époque comme l’actrice qui a eu l’un des meilleurs rôles dans la filmographie du cinéaste (l’inoubliable Catwoman dans Batman le défi, film considéré à raison comme l’un des sommets de sa carrière). Manque de chance, leur nouvelle collaboration ne signera pas une œuvre inoubliable. Elle est d’ailleurs présentée dans la première partie comme un personnage important de Dark Shadows, puisque c’est en effet elle qui découvre la vraie nature de Barnabas et qui l’accepte chez elle avec quelques idées derrière la tête (on ne saura jamais trop lesquelles), avant d’être reléguée bien au fond de l’arrière plan jusqu’à la fin.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057655.jpgEparpillement

On en vient donc au problème central de Dark Shadows, à savoir son script. Car si toute la forme du long-métrage n’est que pure répétition des précédents films de Burton, son scénario, lui, ne peut même pas se targuer de reprendre les histoires mises en scène par le réalisateur. L’ennui, c’est qu’il est déjà difficile de parler de scénario, d’histoire, voire même de vague trame tant le script part dans tous les sens sans jamais résoudre ou traiter correctement une seule des multiples intrigues qu’il a mis en place dans la première demi-heure. On pourra toujours dire qu’il s’agit d’un parti pris conscient en hommage à la nature de « soap opera » du matériau original (multitude des personnages et d’intrigues) nécessitant des raccourcis et des ellipses lorsque l’on essaye de le condenser en deux courtes heures. Mais le principe d’une adaptation cinématographique est justement d’en faire autre chose ou de s’adapter à ce format si spécifique. Ce que l’équipe de tournage n’aurait donc pas fait.

L’autre explication est tout simplement que le script n’était absolument pas abouti (peut-être n’était-ce même qu’une première version) au moment du tournage. Si Dark Shadows n’est quand même pas aussi ignoble qu’Alice au pays des merveilles, son scénario et sa narration sont néanmoins infiniment plus catastrophiques puisqu’Alice racontait au moins à peu près correctement une quête, barbante au possible, mais qui restait le centre de l’intrigue en amenant le personnage d’un point A à un point B.

Le centre de Dark Shadows semble être au départ cet impossible « ménage à trois » entre le séducteur Barnabas, l’amour de sa vie du nom de Josette et sa maîtresse et servante au nom trompeur d’Angélique. Bien que la première meurt sous l’influence maléfique de la seconde, celle-ci semble se « réincarner » dans la jeune « Victoria », belle femme mystérieuse attirée pour une raison inconnue au manoir de Collinwood. L’idée est ainsi de rejouer ce triangle amoureux quelques deux cents ans plus tard, Barnabas devant cette fois réussir à éviter ce qui c’était passé avant que la cruelle sorcière Angélique ne l’enferme dans un cercueil. Or, quelques minutes après le retour de Barnabas et alors que cette nouvelle relation commence tout juste à s’esquisser, elle est mise en retrait pendant près de trois quarts d’heure de long-métrage pour ensuite revenir ponctuellement pendant la dernière demi-heure.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057647.jpgLa faune de Collinwood

Et c’est comme ça pour tout le monde. La maîtresse de maison (Pfeiffer) semble avoir des plans à assouvir en découvrant que Barnabas est un vampire (elle demande à ce qu’elle soit la seule au courant donc c’est qu’elle doit sûrement avoir une idée derrière la tête) mais on ne saura jamais trop lesquels puisqu’elle disparait en partie du long-métrage. Son frère à elle a un fils, David, perturbé depuis la mort accidentelle de sa mère. Mais il ne se sent visiblement pas l’âme d’un père (ce qui est mal pour Burton qui en rajoute une couche en faisant de lui un profiteur, un voleur et un homme à femmes) et décide donc d’abandonner son fils dans une scène que Burton veut déchirante. La seule petite chose qu’il a du oublier, c’est que ce père indigne a tout au plus dix lignes de dialogues dans tout Dark Shadows pour « justifier » ce choix devant le spectateur. Quant au fantôme de la mère, il viendra faire coucou dans les dernières minutes pour mettre fin à tout ce bazar laborieux en poussant un bon cri. Voilà, voilà, paye ton climax intense qui ponctue une bagarre laborieuse. Ca valait bien la peine de faire tout ce carnaval si on pouvait y mettre un terme aussi facilement.

La jeune gouvernante Victoria venait quant à elle à Collinwood pour s’occuper du pauvre David. On était alors en droit d’attendre une scène ou deux de dialogue entre eux, d’autant plus qu’ils ont des points communs : abandonnés et trahis par leurs parents, on les prend pour des fous car ils voient des esprits. Rien. Niet. Et la psychologue alcoolique (Carter) venue pour aider David avant de lamentablement échouer et squatter depuis le manoir des Collins ? Elle ne sert à rien pendant une heure et demie et c’est à peine si on la voit. Puis elle déclare en tête à tête avec Barnabas qu’elle se sent vieille et de moins en moins belle et qu’il a donc de la chance d’avoir droit à une éternelle jeunesse. La suite est grosse comme une maison et est expédiée en deux temps et trois mouvements. Le personnage ne réapparaitra plus avant un plan final prévisible et consternant : le film n’a même pas résolu les enjeux précédents qu’il fait mine d’en instaurer de nouveaux pour une hypothétique suite qui ne verra heureusement jamais le jour à la vue de la performance en demi-teinte au box office de cette production à 150 millions de dollars (budget délirant quant on voit le résultat qui parait en avoir couté au moins cinq fois moins).

Le summum est atteint avec le personnage consternant de l’ado rebelle jouée par Chloe Moretz qui livre une performance bien en-dessous de ses capacités d’actrice. Que pouvait-elle faire cependant, avec ce rôle « d’allumeuse » grossière qui a l’air de s’ennuyer (pour ne pas utiliser un autre mot) d’être là ? Rôle inutile au demeurant qui ne donne qu’une révélation finale tellement embarrassante que le mieux aurait été de la supprimer au montage. Surtout que ce rebondissement ne sert strictement à rien dans le récit et qu’il est ponctué par une réplique lamentable du personnage et des effets spéciaux à rendre aveugle quiconque d’un peu exigeant en termes de trucages. Là encore, on ne pourra bien que parler de « fan service » servile pour justifier cet ajout de dernière minute. Le scénario ne fait que perpétuellement s’éparpiller, préférant par exemple donner cinq minutes de concert à Alice Cooper plutôt que d’approfondir ces vagues pistes.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057652.jpgDiabolique Angélique

Au final, il ne reste bien que l’absolument magnifique et talentueuse Eva Green (Casino Royale) dans le rôle d’Angélique. C’est à cause, ou plutôt grâce à elle que le film est sauvé in extremis. Dévorant l’écran de son charisme félin, elle vole quasiment toutes les scènes où elle apparait, même lorsque Johnny Depp essaye de surjouer encore plus que sa partenaire. Mais là où on s’est habitué à voir ce dernier faire un peu n’importe quoi, il est plus inattendu de voir l’actrice française, découverte dans des long-métrages intellectuels « d’auteurs », se lâcher complètement de façon jubilatoire. D’autant plus que son personnage dégage une sexualité torride assez inédite dans l’univers très prude et masculin de Burton (à l’exception notable de sa Catwoman SM).

Il est probablement là, l’unique intérêt de Dark Shadows. De voir Burton s’atteler à des séquences pleines de sous-entendus érotiques (ça reste quand même « PG-13 ») alors que ses films étaient pour la plupart dénués intégralement de sexualité. Est-ce la nature « so french » de l’actrice qui a amené Burton à se dévergonder comme ça ? Probablement pas, mais on ne peut enlever le fait que cette association inattendue est la bonne surprise de ce pâle Dark Shadows et que la relation Barnabas/Angélique renvoie à la confrontation douloureuse d’amour et de haine entre Batman et Catwoman dans Batman le défi (un clin d’œil peu subtil et de mauvais goût fait référence à l’image assez marquante et tordue du « baiser » entre les deux super-héros) Le personnage de la sorcière est d’ailleurs de loin le plus intéressant du film, bien qu’il soit difficile de discerner avec précision ce que pense Burton de cette diabolique Angélique.

La séquence finale est bien ardue à décrypter puisqu’on ne sait pas si son dernier geste avant de mourir est une ruse destinée à piéger Barnabas ou bien une révélation honnête qui amène ce dernier à être beaucoup moins sympathique que prévu. Cette absence de réponse dessert le film puisqu’il ne permet pas de comprendre le parcours et les choix des personnages. Est-elle la victime d’un bourgeois prétentieux dont la vraie malédiction serait de briser les cœurs ou n’est-elle qu’une domestique bien trop entreprenante ayant péché en osant sortir de son rang et qui ne peut aimer car elle ne rêve que de « posséder » les choses (richesses et humain) ? Pour cela, il aurait évidemment fallu que Burton se concentre sur son sujet plutôt que de partir dans tous les sens et ne jamais traiter correctement les divers axes narratifs. C’est Angélique qui apparait même comme le personnage « burtonien » par excellence puisqu’il s’agit de l’unique personnage vraiment « freak » de cet univers. Elle est l’étape après Edward aux mains d’argent. Le freak qui n’a pu être aimé par cet « autre normal » et qui, pour ne plus être seul, décide de le transformer en « freak » pour pouvoir être compatibles.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057651.jpgFantômes du passé

C’est sur ce personnage immortel et sa tragédie que le Burton pré-Sleepy Hollow se serait focalisé. Mais il ne s’intéresse maintenant plus que vaguement au redressement d’une entreprise familiale aristocratique qui n’est même pas conclue (cette intrigue étant elle-aussi mis en suspens) et à un « faux » monstre qui cherche à tout prix à redevenir humain, lâchement piégé par une roturière qui a osé essayer de faire bouger les classes sociales et de genre (d’ailleurs tout est toujours de la faute de cette dernière). Disons que si l’on aborde Dark Shadows par le biais d’une lecture « sociale », la morale prônée fait dresser les cheveux sur la tête tant Burton semble soutenir cette riche famille d’aristo prétentieux plutôt que l’entrepreneuse brisée et exploitée qui aurait dû rester en bas de l’échelle sociale (dans son rang, plutôt que d’oser regarder ce jeune homme de la « haute »). La classe d’en bas est fourbe, cruelle et ambitieuse alors que la classe aristocratique est paisible et bienveillante à l’encontre du bon peuple.

Barnabas est la continuation même de cette exécrable Alice de Burton. Cette dernière partait en mer pour faire du commerce sur le dos des colonies, Barnabas ouvre le récit en allant avec sa famille faire fortune dans les colonies britanniques en Amérique. Il est bouleversé par la mort de l’amour de sa vie mais ne se gêne pas pour coucher avec deux autres femmes (acte dédouané par « l’excuse » du chantage et de la surprise). Ces tromperies étant toujours traitées sur une tonalité comique jamais à l’encontre de Barnabas, on peut conclure que Burton n’en veut pas le moins du monde à son personnage principal pour ce comportement assez irrespectueux. Au moins aurait-il pu sciemment jouer sur cette ambiguïté qui aurait fait de Barnabas un calculateur plutôt qu’un pauvre être, victime involontaire de son pouvoir attractif qui amène les femmes à se jeter sur lui et son engin ? Et que peut-on conclure de cette dernière séquence plus gothique et romantique, amenant Barnabas à accepter enfin son statut de vampire ? Bon ou mauvais revirement de Burton ? Le temps nous le dira mais cette synthèse de son œuvre après une décennie de décente en piquée pourrait laisser espérer une remise en question de Burton afin d’aller de l’avant.

Si ce n’est que son prochain projet n’est que la version longue produite par Disney d’un court-métrage qu’il avait réalisé dans les années 80 et qui avait justement choqué le studio à l’époque. Et là, le doute s’installe. Et si, au contraire, cette image du manoir en flammes était l’ultime touche d’un Burton signifiant à son audience qu’il abandonne définitivement ce gothisme « en dur » pour ces images numériques hideuses et indolores ? Un Tim Burton qui, après avoir tué ce cadavre exubérant et morbide de Sweeney Todd, s’acharnerait à en bruler la demeure pour se libérer de cet héritage noir et mieux s’enfoncer dans le consensuel et le commercial. L’avenir nous le dira. Mais pas sûr qu’un renouveau artistique lui sera possible tant qu’il restera soumis aux ombres rassurantes et voraces de Johnny Depp, d’Helena Bonham Carter et de son producteur Richard D. Zanuck qui le « soutient » depuis La Planète des Singes.

NOTE :  3 / 10

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/72/18/20057643.jpg
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article