Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Titre original : The Cabin in the Woods
Film américain sorti le 02 mai 2012
Réalisé par Drew Goddard
Avec Kristen Connolly, Chris Hemsworth, Anna Hutchison,…
Epouvante-horreur, Thriller
Cinq amis partent passer le week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ils n’ont aucune idée du cauchemar qui les y attend, ni de ce que cache vraiment la cabane dans les bois…
Quoiqu’on en pense, Joss Whedon est à un tournant de sa carrière. Pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de lui, il est mondialement connu pour être le créateur de la célébrissime série « Buffy contre les vampires ». Possédant sa propre mais puissante « fan base », Whedon s’est fait un nom en tant que scénariste après avoir travaillé sur Toy Story, Alien 4 ou encore le dessin animé Disney Atlantide : l’empire perdu. On peut remarquer que son parcours au cinéma s’est d’abord fait sur des projets de moins en moins aboutis, les deux dernières œuvres précitées ayant justement d’assez gros problèmes de narration et d’équilibre en terme de dosage des genres.
Mais il a fini par décrocher le gros lot en écrivant et réalisant Avengers, film de super-héros extrêmement surestimé qui remporte actuellement un succès absolument disproportionné (plus d’un milliard de dollars un peu plus d’une semaine après la sortie américaine), tout en ayant coécrit avec Drew Goddard (le script de Cloverfield) le scénario à concept de La Cabane dans les Bois. Comme il est difficile d’en parler sans spoiler, ce qui va suivre devrait être lu une fois que vous aurez vu le long-métrage en question (à moins que l’effet de surprise ne vous intéresse pas le moins du monde).
Promenons-nous dans les bois
Comme tout film concept, le long-métrage réalisé par Drew Goddard repose essentiellement sur son idée de petit malin. Pour le coup, il est vrai que l’idée, si elle ne relève peut-être pas du jamais vu si on la décortique chirurgicalement, est particulièrement originale et inattendue. L’ennui, c’est que Goddard et Whedon n’ont pas jugé utile de faire monter une tension en montrant d’abord un archétype du « teen-slasher movie » qui est ensuite lentement perverti par des éléments inattendus dévoilant peu à peu une réalité bien plus grande et perverse. Le mystère aurait ainsi été bien plus fort et la révélation plus inattendue. Or, le pot aux roses est dévoilé dès les vingt premières minutes ce qui annihile une bonne partie du suspense et des effets de surprise.
On a néanmoins une contrepartie puisque l’on adopte la place de ces « scénaristes » cherchant à piéger ce groupe d’adolescents minutieusement choisi.La Cabane dans les bois est en fait l’histoire d’un piège gigantesque où une équipe de « techniciens » se lance dans une forme de téléréalité aux moyens financiers illimités. Le but ? Laisser ces jeunes victimes choisir et agir de leur propre chef. Mais s’assurer plus que tout, pour une raison cruciale qui ne sera dévoilée que bien plus tard, que l’issue finale leur soit fatale. Ou comment donner l’apparence du choix. Il y a ainsi en permanence un décalage entre ce qu’il y a à l’écran (du cinéma) et à l’écran de l’écran (l’image des caméras de surveillance).
Cela confère une ironie au long-métrage qui peut se montrer plaisante pendant un temps. Les techniciens et scénaristes qui élaborent ce piège cruel (il ne s’agit même pas d’un jeu puisqu’il n’y a rien à gagner et il ne doit encore moins y avoir une chance de gagner) parient par exemple sur le choix involontaire que les jeunes vont faire dans cette mystérieuse cave pleine d’antiquités qui se trouve sous la cabane. Chaque objet pouvant déclencher une menace liée à lui. Mais on croit pendant un temps que l’on n’en verra qu’une seule puisqu’ils tombent malheureusement sur la « famille de zombies sadiques ». On entrevoit alors un univers bien plus vaste où le monde entier s’adonne à ces rituels sacrificiels 2.0 pour contenter de mystérieux maîtres ou démons destructeurs et ainsi préserver la paix et la survie de l’humanité. On comprend aussi que d’autres monstres (tous ceux de l’imaginaire horrifique) peuvent être mis à l’œuvre pour varier les sacrifices et l’on regrette, comme le fait remarquer l’un des deux scénaristes déçus du choix des cinq jeunes, de ne voir que le classique coup du zombie carnivore.
… pendant que le loup n’y est pas
Et les deux scénaristes de s’« autocongratuler » de tout maîtriser à la perfection, tel Josh Whedon et Drew Goddard qui jubilent à la simple idée de connaître par cœur tous les codes du film d’horreur et du slasher et qui n’hésitent pas à dévoiler fièrement le pot au roses comme deux gamins tout fiers d’avoir dénoncés l’un de leurs camarades. Mais pour cela, encore aurait-il fallu qu’ils aient vraiment assimilé ces codes pour pouvoir jouer avec. Car c’est bien beau de montrer à quel point le film d’horreur utilise des stéréotypes très précis mais c’est quelque peu inutile si c’est pour avoir des personnages qui feignent d’être différents (ils cassent le système donc c’est qu’ils ont quelque chose de spécial) mais qui sont exactement les mêmes coquilles vides que dans les slashers communs moqués.
Le groupe est en effet composé des figures archétypales de la catin (elle roule une pelle à un loup empaillé au cours d’une scène grotesque), du bellâtre, de l’intellectuel, du dingue et bien sûr de la vierge. Une caractérisation à la truelle et franchement condescendante qui n’est pas aidée par le jeu outrancier des acteurs, notamment celui, absolument insupportable, qui incarne le « geek parano » (on finit par se retrouver du côté des méchants tant ces jeunes sont idiots et crispants). Le duo Goddard/Whedon échoue aussi au niveau du mélange des genres. La Cabane dans les bois est de ce point de vue assez semblable avec le grotesque Alien 4 de Jeunet : un film comico-horrifique. En tout cas c’est ce qu’ils se veulent puisqu’ils sont finalement bien plus proche de la parodie cynique. On essaye de détourner les genres en faisant mine de les comprendre mais tout ce qu’on parvient à faire c’est de déconstruire avec mépris toute une mythologie sous-jacente.
Comme dans Alien 4 et Avengers, l’humour n’intervient jamais au bon moment. Il empêche toute tension ou émotion de naitre. Goddard et Whedon passent leur temps à couper leurs scènes de suspense (celles dans la cabane) avec les réactions gamines de ces quinquagénaires manipulateurs. Un parti pris qui amène la totalité des meurtres à être complètement attendu et dénué du moindre impact. Certes, il y a bien au départ un décalage cruel et déconcertant. Mais passé la vingtième scène identique, la répétition commence à se faire longue, artificielle et insignifiante. Le résultat c’est qu’on a l’impression que Whedon et Goddard ont tellement honte de faire des films de genre, qu’ils essayent de faire comme s’ils étaient plus malins que tout le monde et qu’ils ne s’étaient pas fait du tout avoir.
Massacre à la sulfateuse
Au « mieux » pourra-t-on sauver les vingt dernières minutes qui sombrent dans un bazar, assez jouissif au demeurant, qui pousse enfin le concept dans ses derniers retranchements. Quitte à faire dans la gaudriole racoleuse, autant y aller à fond les ballons. Cette séquence d’assaut plus proche du jeu vidéo (on tire sur tout ce qui bouge, on traverse des couloirs pour se trouver au niveau supérieur avant d’arriver au grand « boss » final) est assez efficace bien que l’on ait à plusieurs reprises l’impression de regarder passivement un autre en train de jouer. On voit donc Goddard et Whedon se faire plaisir à réunir enfin tout ce bestiaire, qui n’avait été que mentionné jusque là, dans un déluge de gore numérique et d’effets spéciaux qui piquent régulièrement les yeux.
Mais pour le coup on se marre enfin de voir se lâcher cette production horrifique coincée fonctionnant sur deux ou trois « jump scare » et jubilant d’avoir osé montrer une poitrine dénudée comme si elle venait de briser un tabou. On est loin de l’empathie, de l’humour et de la subtilité d’écriture d’un Shaun of the Dead, autre « parodie » horrifique qui, pour le coup, savait manier les codes du genre et les détourner. Dans La Cabane dans les bois, tout le monde se fait trucider dans la joie et la bonne humeur, sans qu’aucune tension ne soit ressentie (on parle de fin du monde quand même). La petite apparition surprise finale d’une actrice adulée par la communauté geek pour son rôle de « dézingueuse » de monstres baveux vient conforter ce « méta-texte » puisqu’elle incarne la chef des opérations sous le nom de « the director » ; rôle qui joue ainsi sur une double signification pouvant aussi la montrer comme une réalisatrice se servant de cette équipe (de tournage) pour créer des films d’horreurs à l’intention des géants/spectateurs venus avoir leur lot de sang et de victimes sacrifiées rituellement.
Après les exécutions dans les arènes romaines ou encore les arrachages de cœurs chez les Aztèques, il y a La Cabane dans les bois. Le long-métrage est en fin de compte assez similaire au petit malin Scream de Wes Craven dont l’introduction restait le seul grand moment de gloire. Une tentative en fin de compte assez vaine d’autopsie du genre, qui y instille un humour plus ou moins efficace (à ce petit jeu Craven est meilleur) et apparait ainsi comme une révolution et une redéfinition du film d’horreur. Si on voit après coup la vague d’œuvres cyniques et peu efficaces que Scream a apporté, l’héritage potentiel que pourrait léguer cette Cabane dans les bois si elle devenait le porte-étendard du genre fait pour le coup assez froid dans le dos. Et le long-métrage de s’achever sur un plan grotesque, dévoilant ce qui aurait du rester cacher et étant presque un doigt d’honneur au spectateur lui montrant qu’on le prend définitivement pour un crétin en ne lui donnant que ce qu’il a envie de voir pour annihiler tout esprit de contradiction. Fin de la grasse blague, vous pouvez enfin sortir de la salle.
NOTE : 3,5 / 10
