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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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District 9

                                                      

 - Film néo-zélandais sorti le 16 septembre 2009

 - Réalisé par Neill Blomkamp

 - Avec Sharlto Copley, David James (II), Jason Cope,… 

  - Science fiction

          Il y a vingt-huit ans, des extraterrestres entrèrent en contact avec la Terre. Ces visiteurs d'au-delà des étoiles étaient des réfugiés et furent installés dans le District 9, en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellaient pour savoir quoi en faire. Depuis, la gestion de la situation a été transférée au MNU (Multi-National United), une société privée qui n'a pas grand-chose à faire du sort de ces créatures, mais qui fera d'énormes bénéfices si elle arrive à faire fonctionner leur extraordinaire armement. Jusqu'à présent, toutes les tentatives ont échoué car pour que les armes marchent, il faut de l'ADN extraterrestre. La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsque le MNU commence à évacuer les non-humains du District 9 vers un nouveau camp, en envoyant des agents de terrain s'occuper de leur transfert. L'un de ces agents, Wilkus van der Merwe, contracte un virus extraterrestre qui se met à modifier son ADN. Wilkus est à présent l'homme le plus recherché de la planète, celui qui vaut plus qu'une fortune car il est la clé qui permettra de percer le secret de la technologie alien. Repoussé, isolé, sans aide ni amis, il ne lui reste qu'un seul endroit où se cacher : le District 9...

 

Metropolitan FilmExportSharlto Copley. Metropolitan FilmExport

          C'est toujours agréable de constater que certains réalisateurs osent traiter la science fiction comme un genre sérieux et non uniquement comme un genre « popcorn » ou commercial (ne citons, pour la seconde possibilité, que les deux plus grands représentants que sont Michael Bay ou Roland Emmerich). Le premier (ne prenons pas trop de risque, disons l'un des premiers) à avoir exploité d'une manière mature la science fiction est bien entendu Stanley Kubrick avec son indépassable 2001 : L'Odyssée de l’espace. Le genre a donc fini par être reconsidéré avec quelques pépites comme Blade Runner de Ridley Scott ou A.I. de Spielberg. District 9 ne fait pas tant parti de cette catégorie de films S.F philosophiques et contemplatifs mais s'inscrit parfaitement parmi les films de science fiction divertissants et intelligents (La Guerre des Mondes et Minority Report tout les deux de Spielberg, Matrix des frères Wachowski, Terminator de Cameron pour n'en citer que quelques uns).

          Neil Blomkamp est un jeune protégé de Peter Jackson (à qui on doit entre autres la trilogie phénoménale du Seigneur des Anneaux) qui a réalisé quelques publicités, un court métrage, Alive in Joburg dont il reprend ici la trame principale, et qui a tenté de monter l'adaptation couteuse et  ambitieuse du jeu vidéo « Halo ». Il signe donc avec District 9 son tout premier long-métrage. Ce qu'il faut d'abord souligner c'est la très grande réussite d'un projet risqué à la fois par son sujet et son « petit » budget (de 30 millions de dollars tout de même mais c'est sept fois moins que celui d'un film comme Transformers 2). On peut distinguer deux parties dans District 9 : la première est une sorte de faux documentaire qui alterne différentes sources d'images (plusieurs interviews provenant probablement de « différentes émissions », caméras de surveillance, reportage sur l'opération de la MNU pour l'évacuation du D9, opération qui n'a pas d'autre but que celui de faire croire au média et à la population qu'on s'occupe du problème...) et la transition se fait en douceur pour la deuxième partie qui adopte un point de vue plus cinématographique en suivant la cavale du héros, Wilkus van der Merwe, qui, après avoir été contaminé par un produit alien, commence à se transformer en l'un d'entre eux, devenant ainsi l'homme le plus recherché au monde (dont on souhaite découper intégralement le corps pour la « recherche scientifique »). Si la première heure possède un traitement assez original et maîtrisé, on peut regretter que la réalisation de la seconde soit un peu plus classique (caméra à l'épaule et fusillades réalistes). Néanmoins, Blomkamp ne se contente pas, dans la deuxième heure, d'aligner les scènes d'actions car, en plus d'être particulièrement immersives, elles permettent de mettre en valeur de nombreux enjeux et dilemmes, à la fois politiques mais aussi personnels, puisque c'est surtout à ce moment-là que le personnage principal évolue physiquement et psychologiquement.

          Et c'est là où réside un autre des grands atouts de District 9 : la transformation de Wilkus. Interprété par le brillantissime Sharlto Copley (qui faisait déjà une apparition dans le court métrage de Neil Blomkamp), Wilkus est tout d'abord un cadre cynique, naïf, crétin même, qui n'arrive n'y à se faire respecter, n'y à faire rire avec ses blagues assez douteuses et qui va diriger l'opération de transfert des aliens dans un camp tout aussi lamentable que le D9 par simple coup de piston de son patron (car il est le mari de sa fille). En fait c'est un peu l'archétype du gars qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, déclarait « Je n'ai fait qu'obéir aux ordres », un gars complètement à côté de la plaque et qui ne se rend pas compte des conséquences de ses actes sur les autres parce qu'il « obéit aux ordres » sans sourcilier ni se poser des questions. Mais c'est après une malheureuse manipulation que ce personnage pathétique va évoluer. Il va passer du statut de bourreau involontaire et irresponsable à celui de victime pourchassée. L'évolution est à la fois physique (avec des séquences assez marquantes et violentes puisqu'il perdra ses ongles, ses dents, sa main ensanglanté deviendra quatre long doigts crochus et écailleux, un de ses yeux sera disproportionné, des épines dorsales lui déchireront la peau,...) et psychologique (il devra prendre ses responsabilités, des risques, s'adapter à ce milieu hostile qui est le seul paradoxalement où il bénéficiera du plus de sécurité et enfin protéger ses seuls et nouveaux amis alien). Il agira d'abord pour son propre intérêt avant de combattre au cotés de ceux qu'il opprimait auparavant puisqu'il devient comme ces « Crevettes » et qu'il est donc victime des abus (dont certains qu'il ignorait) que les Humains font subir aux extraterrestres. Wilkus, qui était auparavant un « pourri », devient alors une sorte de héros, d'ultime espoir pour toute une espèce. Il devra accepter son sort, sa condition mais tout en gardant un espoir d'une possible guérison.

          Ce dernier aspect renforce l'argument principal de District 9 qui fait de lui un grand film de science-fiction. En effet, Neil Blomkamp fait un film engagé et la transformation du héros est une tactique qui a fait ses preuves depuis longtemps pour critiquer le racisme. Il s'agit de se mettre à la place des opprimés pour souligner les nombreux abus qu'ils subissent (on peut aller jusqu'à comparer le film de Neil Blomkamp avec Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury qui utilise ce même principe puisque Louis De Funès, en devant se faire passer pour un rabbin, changera de jugement sur la communauté juive). Tout comme le film E.T. L’Extraterrestre de Spielberg, Blomkamp se sert de « l’être venu de l'au-delà » comme d'une métaphore contre le racisme et le rejet de l'immigré sans pour autant cacher les problèmes que causent ces aliens. L'ultime séquence, impressionnante par ailleurs, qui montre le départ du gigantesque vaisseau spatial est d'un assez grand pessimisme car toute la population de Johannesburg se réunit pour le « chasser ». Le premier film de Blomkamp est donc une forte critique du racisme (même les Noirs le sont face aux extraterrestres) et est une métaphore de l'apartheid, de notre comportement face à l'immigration (surtout le manque de considération que l'on donne à l'immigré) et de la recherche insatiable du pouvoir et de la technologie. Le bémol toutefois est la trop forte humanisation de l'extraterrestre, initiative certes louable mais qui donne un petit coup à la crédibilité du film.

          Involontairement, District 9 trouve aussi un écho très intéressant avec l'évacuation d'une certaine « jungle » par un certain Eric Besson. Preuve que le film de Neil Blomkamp, en plus d'effets spéciaux convaincants, de scènes d'actions violentes et envoutantes, d'une histoire poignante et originale, est d'une très grande intelligence et est, plus que jamais, d'actualité. Blomkamp, n'oubliez pas ce nom car il pourrait très rapidement refaire parler de lui. 

* * * *                                                                                            
Metropolitan FilmExport

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