Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Dream House
- Film américain sorti le 05 octobre 2011
- Réalisé par Jim Sheridan
- Avec Daniel Craig, Naomi Watts, Rachel Weisz…
- Thriller, Drame
Editeur à succès, Will Atenton quitte son emploi à New-York pour déménager avec sa femme et ses enfants dans une ville pittoresque de Nouvelle Angleterre. En s’installant, ils découvrent que leur maison de rêve a été le théâtre du meurtre d’une mère et ses deux enfants. Toute la ville pense que l’auteur n’est autre que le père qui a survécu aux siens…

Il y a bien des années, le réalisateur irlandais Jim Sheridan était perçu par la critique comme un metteur en scène à la fois talentueux et engagé. Il a notamment signé des films très ancrés sur la situation politique et l’histoire assez mouvementée de l’Irlande (mettant parfois en scène l’IRA par exemple) et avait pu s’adjoindre par trois fois les services de l’un des plus grands acteurs de ces trente dernières années, à savoir Daniel Day Lewis, pour My Left Foot, Au Nom du père et The Boxer. Mais il a depuis cédé aux sirènes d’Hollywood, livrant coup sur coup un biopic sur un rappeur (qui interprète son propre rôle) et un remake considéré comme pas trop mauvais envers l’original. L’essoufflement de Sheridan atteint ici une sorte de paroxysme avec ce piteux Dream House.
A la base, le projet n’avait pas grand-chose de déshonorant. Il y avait déjà une volonté de Jim Sheridan de s’essayer à un nouveau registre : ici, l’horreur et le film d’angoisse. De plus, il disposait d’une certaine caution artistique en ayant à ses côtés des acteurs très appréciés par la critique (Rachel Weisz, Naomi Watts et Elias Koteas) ainsi que d’une tête d’affiche vendeuse (Daniel Craig, toujours prêt à casser son image de James Bond). D’ailleurs ces derniers ne desservent pas vraiment le film. Ils semblent même au départ y croire, surtout dans le cas de Weisz et Craig (les deux autres acteurs n’ayant surtout pas grand-chose à défendre à la base). Daniel Craig se montre même très touchant et crédible dans son rôle de père de famille aimant et sait se montrer tout aussi angoissant et ambigu en homme potentiellement instable (il avait déjà joué un fou interné dans le mal-aimé et sous-estimé The Jacket).
Le problème vient d’abord d’un scénario absolument fade et peu surprenant. Tout a déjà été vu ailleurs. Pire encore, tout a déjà été vu en mieux. Le film copie à droite et à gauche, en passant du Sixième Sens de Shyamalan aux Autres d’Amenabar, tout en reprenant le désormais fameux twist du Shutter Island de Scorsese. Le problème c’est que celui-ci est amené très maladroitement vers le milieu du long-métrage. Ce coup de théâtre a même plutôt tendance à affaiblir le récit et à lui faire perdre le peu de crédibilité dont il disposait (en plus de ne pas disposer de l'aspect "complot paranoïaque" du Shutter Island). Car c’est un peu à partir de cette révélation que Dream House patine sévèrement dans la semoule. Séquences de plus en plus incohérentes, rythme de moins en moins soutenu, le tout s’achevant sur une vingtaine de minutes tout bonnement consternantes qui résout de façon minable le récit. On sent que les producteurs ont refusé de laisser le film aller dans un terrain plus sombre et violent. Résultat, le personnage de Craig, que l’on accuse d’être le meurtrier de la famille précédente, est dédouané de tout soupçon par une pirouette grotesque et pathétique, se moquant du spectateur en le prenant délibérément pour une andouille.
Là encore, il est intéressant de se pencher sur le déroulement de la production qui peut expliquer bien des défauts de Dream House. L’une des principales divergences qui a opposée la production et le metteur en scène est la fameuse classification « R » (qui a eu raison de bien des projets cinématographiques). Pour rappel, cette classification interdit l’entrée en salle aux moins de 17 ans non accompagnés, ce qui écarte une forte partie du public, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un film à suspense. Les producteurs ont donc forcé le metteur en scène à refaire son montage, de couper des plans voire des scènes entières et, pourquoi pas, de retourner des séquences qui n’étaient pas forcément dans le scénario. Le but est de rendre le produit final admissible aux yeux des jeunes Américains et de permettre à la commission de censure américaine, le MPAA (Motion Picture Association of America), de classer Dream House dans la catégorie des « PG-13 ». Le résultat ne fait pas un pli : Dream House est un film de maison hanté qui ne fait jamais peur. Seuls deux pauvres « jump scares » tentent vainement de réveiller les spectateurs qui ont déjà abandonné l’affaire depuis longtemps.
Le reste est à l’avenant. La mise en scène n’est jamais inspirée, la photographie est d’une consensualité confondante, copiant honteusement tout ce qui avait été fait dans le genre au cours de la décennie précédente, la musique n’a absolument aucune saveur, le montage est une horreur et les dialogues sont déprimants de non-inventivité. Le rôle de Naomi Watts est inutile (elle ne fait que traverser la rue) et on a bien du mal à comprendre ce qui l’a intéressé dans le film à moins que son personnage n’ait été complètement remodelé en cours de route. De même pour Elias Koteas, qui nous ressort encore une fois son jeu du « gars bizarre et inquiétant ». Seul le duo principal (Craig et Weisz) semble crédible, et pour cause, puisque c’est au cours de ce tournage qu’ils se sont mis ensemble (ils sont actuellement mariés) ; il s’agit probablement du seul bon côté de l’existence de ce film.
Néanmoins il est bien triste de voir une telle réunion de talents accoucher d’un tel long-métrage. Il n’est pas étonnant de comprendre pourquoi les acteurs n’ont fait quasiment aucune promotion pour ce Dream House tant le résultat catastrophique ne doit en rien ressembler à ce que devait être le film à l’origine. Pour parachever le tout, le studio Warner Bros a visiblement souhaité griller les dernières chances de succès du film en balançant le twist dès la bande annonce et en refusant de montrer le long-métrage à la critique (ce qui n’est jamais bon signe pour ce type de productions). Enfin on ne peut qu’être embêté pour Craig qui cherche à tout prix à faire autre chose que James Bond. Ayant, depuis Casino Royale, flirté avec divers genre comme l’héroic fantasy (A la Croisée des Mondes), le fantastique (Invasion), le film de guerre (Les Insurgés), le western et la S.F. (Cowboys & envahisseurs), il n’est cependant jamais tombé sur des œuvres à la hauteur de son talent (sa carrière pré-007 compte quand même Elizabeth de Kapur, Les Sentiers de la Perdition de Sam Mendes, Layer Cake de Matthew Vaughn ou encore Munich de Steven Spielberg). Mais cela pourrait bientôt changer puisqu’il sera à l’affiche du Tintin de Spielberg dans un mois, du Millenium de David Fincher et évidemment du prochain James Bond par l’oscarisé Mendes.
NOTE à 3 / 10
