Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : End of Watch
Film américain sorti le 14 novembre 2012
Réalisé par David Ayer
Avec Jake Gyllenhaal, Michael Pena, America Ferrera,…
Drame, Thriller
Chaque jour, Brian Taylor et Mike Zavala, jeunes officiers de police, patrouillent dans les rues les plus dangereuses de Los Angeles. A travers les images filmées sur le vif, on découvre leur quotidien sous un angle jamais vu. Du danger partagé qui forge la fraternité à la peur et aux montées d’adrénaline, c’est une fascinante plongée au cœur de leur vie et d’un quartier, une histoire puissante sur l’amitié, la famille, l’honneur et le courage.
Le « found footage » continue de parasiter l’actuelle production de genre. Ces fameux faux-documentaire relatant l’histoire par le biais de la caméra d’un des personnages se sont souvent contentés de rester dans la catégorie « film d’horreur » pour ne donner, à l’exception du [Rec] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, que des escroqueries de petits malins permettant d’obtenir à très bas coût des succès populaires et surtout financiers absolument délirants. Au rayon des films médiocres dans lesquels on désespère de trouver un soupçon de cinéma, il y a bien évidemment Paranormal Activity (les quatre sans exception et on peut déjà y ajouter le cinquième prévu pour le prochain Halloween), Le Projet Blair Witch (le fondateur du genre, modernisant le concept de « documenteur » que l’on retrouvait déjà dans un Cannibal Holocaust sorti en 1980) ou encore Apollo 18 de Gonzalo Lopez-Gallego.
Cette mode n’a que rarement quitté le cadre de l’horreur pour aborder des terrains différents. Il y a bien eu le fantastique avec les super-héros de Chronicle de Josh Trank et l’extraterrestre immense du Cloverfield de Matt Reeves mais cette méthode de filmage dévoile toujours très vite ses limites et finit par handicaper les réalisateurs en limitant leurs ambitions de metteur en scène. Pourtant il y a bien un domaine dans lequel le « found footage » aurait pu être utilisé à dessein : le film policier. Cela peut d’abord paraitre surprenant mais on peut vite découvrir la logique d’un tel parti pris, et ce, particulièrement dans un cadre américain. La police y est en effet une sorte de « show » télévisé où l’on assiste aux poursuites de voiture ou aux interventions d’unités spéciales en direct à l’aide de multiples caméras dans les voitures de police, sur les casques ou encore à bord d’hélicoptères. Un « found footage » policier pourrait ainsi permettre de faire un parallèle avec le traitement médiatique de la police et entrainer une analyse de l’image et de son utilisation ambiguë.
Frères d’armes
En cela, End of Watch pouvait être prometteur puisqu’il entendait relater le parcours de deux policiers, un ancien « marine » WASP et un représentant de l’ordre appartenant à la communauté hispano-américaines, à travers les diverses caméras posées sur le tableau de bord des voitures de service ou accrochées à leurs uniformes. Sauf qu’à l’image de District 9, le « found footage » dans End of Watch est vite bazardé. Mais à la différence du film de Neil Blompkamp qui opérait un décalage esthétique progressif afin de transformer le documentaire « neutre » en récit à la première personne permettant de se focaliser lentement sur un seul et unique personnage, le film de David Ayer parait abandonner un dispositif superflu qui lui aurait été imposé contre sa volonté.
Très vite, on remarque l’inutilité de ce concept qui tourne à vide en ne se focalisant que sur le point de vue de ces deux hommes, là où un « found footage » policier moderne aurait normalement dû multiplier les points de vue comme, d’une certaine manière, les derniers films de Tony Scott (Ennemi d’Etat, Déjà Vu ou encore Unstoppable) qui élaboraient une réflexion sur l’omniprésence de l’image et de la vidéo dans notre monde moderne. Ici, ce n’est qu’un vague artifice servant à donner une faible originalité au film. Ce parti pris de mise en scène ne parvient surtout qu’à ne donner des images en biais, parfois mal cadrées, parfois abominablement secouées. Et en ne s’en tenant pas à son concept initial, Ayer lui fait perdre le peu d’intérêt qu’on pouvait lui trouver au départ (le plan subjectif de la voiture et la première entrée bien « bad ass » dans le cadre de l’image des deux protagonistes principaux).
Il n’y a pas de point de vue. Aux images tremblotantes venant des mini-caméras accrochées aux uniformes des deux héros viennent se substituer des images encore plus tremblotantes provenant cette fois d’on ne sait où. Le « found footage » revient épisodiquement pendant le film, lorsque ça arrange Ayer, puis disparait à nouveau quand cela ne l’arrange plus car l’empêchant de montrer des séquences où ce procédé de caméra cachée et embarquée se greffe mal. End of Watch est une moitié de « found footage » ponctuée de scènes réalisées par un sous-Paul Greengrass. Impossible de savoir où a bien pu vouloir en venir Ayer en jouant à ce petit jeu.
‘Gangs of L.A.’
Si d’un point de vue formel, c’est le néant quasi-total puisque celui-ci n’a aucun sens véritable, le film se rattrape à temps et évite tout juste le carnage grâce à son histoire. Pas tant par son message qui amène surtout End of Watch à n’être qu’uninterminable clip publicitaire en l’honneur de ce métier difficile qu’est la police et qui se contente d’indiquer que les mexicains ont pris le pouvoir à L.A. au détriment de la communauté WASP et des anciens mais désormais bien pathétiques gangs afro-américains. On a aussi droit aux habituels chouinements de ces policiers censés être des professionnels mais qui ne peuvent regarder une scène de crime sans partir dans des colères délirantes justement toutes sauf « professionnelles ». Et c’est un métier usant qui rend difficile toute vie familiale heureuse. Rien de bien nouveau puisque cela a déjà été montré bien plus brillamment dans un millier de longs métrages auparavant.
Néanmoins, le parcours et l’interaction des deux policiers demeurent assez intéressants. Cela vient d’abord du fait qu’il y ait une vraie alchimie entre Jake Gyllenhaal et Michael Pena permettant de rendre assez tangible cette camaraderie entre ces deux confrères. Ce dernier, qui sauvait déjà à lui tout seul des films défonçant des portes ouvertes comme le Collision de Paul Haggis, pourrait même être l’unique raison pour laquelle End of Watch mériterait sa sortie dans les salles françaises tant il sait se révéler tour à tour drôle, émouvant et impressionnant. Les seconds rôles sont un peu plus à nuancer. Si on se réjouira à raison de la présence de Frank Grillo, déjà très impressionnant dans le magnifique Warrior de Gavin O’Connor au sein d’un casting pourtant composé de poids lourds (Tom Hardy, Joel Edgerton, Nick Nolte), et s’il faut reconnaitre que la charmante Anna Kendrick arrive à apporter un peu de douceur et de fraicheur malgré son court temps de présence, les acteurs incarnant les trafiquants mexicains sont quant à eux tous plus grotesques les uns que les autres. On peut aussi ajouter à cela la très dommageable présence de Cody Horn, déjà insupportable dans le Magic Mike de Steven Soderbergh, et qui ne fait ici que confirmer qu’elle est actuellement la plus mauvaise mais aussi la moins charismatique des actrices à Hollywood.
Pour le reste, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. On retiendra évidemment quelques séquences chocs, lorsqu’un flic se retrouve avec une lame de couteau plantée dans l’œil ou lorsque les deux héros découvrent un carnage innommable dans une maison. Mais hormis ces moments tapes-à-l’œil et quelques vannes amusantes, End of Watch se révèle d’une vacuité assez tétanisante dans sa façon à n’aboutir sur rien. Le film est accompagné de dialogues particulièrement consternants et on pourrait résumer la contenance de 90% d’entre eux par l’expression « fuck you, man ! You’re my bro’, partner ! I’ll never let you down, man ! Fucking shit ! ». Ne sachant pas établir clairement son récit enfilant les interventions sans lien comme des perles, on retrouve soudain nos deux héros, à vingt minutes de la fin, tombant dans une sorte de piège qui aurait dû être amené bien plus tôt pour ne pas apparaitre comme un artifice vulgaire visant à conclure le film sur une note « dark » et à lui permettre de s’étirer encore davantage malgré son absence de propos. Et ce n’est pas un pitoyable assaut final à la kalachnikov dans un motel qui va réveiller le spectateur. D’abord parce que ce « spectaculaire » est de toute évidence forcé, mais aussi parce qu’il est mis en scène avec les pieds ce qui empêche le public de s’y immerger. Mais vous aurez la confirmation que la ville de Los Angeles, par ailleurs plutôt bien filmée, n’est peut-être plus le lieu idéal pour passer ses vacances.
NOTE : 4 / 10
