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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Le Hobbit - partie 1 : Un voyage inattendu

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Titre original : The Hobbit - An Unexpected Journey

Film néo-zélandais sorti le 12 décembre 2012

Réalisé par Peter Jackson

Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen,…

Fantastique, Aventure

Le Hobbit Bilbon Sacquet est entraîné dans une quête héroïque pour reprendre le Royaume perdu des nains d’Erebor, conquis longtemps auparavant par le dragon Smaug. Abordé à l’improviste par le magicien Gandalf le Gris, Bilbon se retrouve à intégrer une compagnie de 13 nains menée par Thorin Ecu-de-Chène, guerrier légendaire. Ce voyage les emmènera au Pays sauvage, à travers des territoires dangereux grouillant de gobelins et d’orques, de wargs assassins et d’énormes araignées, de changeurs de peau et de sorciers.

      

Le nouveau film de Peter Jackson était clairement le long métrage le plus attendu de cette fin d’année. Pour de multiples raisons évidentes. Le metteur en scène néo-zélandais qui s’était fait connaitre au début des années 90 avec des œuvres comico-horrifiques comme Braindead et Bad Taste, et qui a par la suite réalisé Fantômes contre Fantômes ou encore Créatures Célestes avec la jeune Kate Winslet, avait frappé un grand coup à l’aube de la décennie 2000. Pendant plusieurs années, Jackson s’est voué corps et âme à un projet délirant : l’adaptation en trois films de la trilogie littéraire d’« heroïc-fantasy » écrite par J.R.R. Tolkien et intitulée « Le Seigneur des Anneaux ». Un tournage simultané de trois longs métrages qui dura plus d’un an et qui conféra une aura à la fois communautaire, chaleureuse mais aussi cohérente à cette triptyque cinématographique. Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson est une œuvre globale, et ce, même si elle est découpée en trois lourds morceaux.

Bien que la production de ce qui allait être un véritable phénomène se soit faite dans un relatif désintérêt médiatique, la sortie du premier opus, La Communauté de l’Anneau, en décembre 2001 fit l’effet d’une claque. Deux ans plus tard, il ne faisait plus aucun doute que le véritable Star Wars de notre génération était bien l’époustouflante et gargantuesque œuvre cinématographique de Jackson plutôt que la consternante « prequel » qui sévissait à la même époque et qui était réalisée par un George Lucas démiurge ayant un peu perdu les pédales. Il y eut un avant et un après Seigneur des Anneaux. La boite d’effets spéciaux WETA eut une telle publicité avec ces films qu’elle surclasse encore actuellement un ILM qui avait été fondé par Lucas pour l’élaboration de son Star Wars en 1977. La trilogie révéla aussi un fait de taille : dorénavant, on pouvait faire des « blockbusters » à l’extérieur de l’enceinte d’Hollywood et hors de l’emprise des firmes et de leurs banquiers. Depuis, ils sont nombreux les réalisateurs à avoir au moins fait un tour dans les lointains studios de Wellington : Steven Spielberg, David Fincher, James Cameron (qui compte y tourner tous ses futurs projets), Guillermo Del Toro,…

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/17/67/20336154.jpgUne quête vouée à l’échec ?

Ce dernier est particulièrement important dans l’histoire de ce nouveau film. Le second plus grand réalisateur mexicain derrière Alfonso Cuaron (Les Fils de l’Homme), à qui l’on doit quelques grands films comme Mimic, Hellboy, L’Echine du Diable et le somptueux Labyrinthe de Pan, devait au départ réaliser l’adaptation de « Bilbo le Hobbit ». Car avant d’avoir rédigé son triptyque désormais fameux, Tolkien avait écrit un autre roman se déroulant en Terre du Milieu et qui était davantage destiné au jeune public. Au départ, Jackson entendait réaliser son adaptation avant de s’atteler au « Seigneur des Anneaux » mais, pour des raisons de droits, il ne put le faire et se tourna directement vers la trilogie plus sombre de l’écrivain sud-africain. Un choix qui aurait pourtant été logique : les jeunes spectateurs auraient d’abord découverts cet univers par un film plus fantaisiste et enfantin, avant de poursuivre son investigation par le biais de trois longs métrages résolument plus matures et complexes.

Mais les aléas du destin n’ont pas permis cette configuration idéale. Comment transposer à l’écran ce roman sachant que le public qui a adulé Le Seigneur des Anneaux a vieilli ? Jackson sembla trouver une solution en écartant légèrement Bilbon le Hobbit de l’ambiance et de l’esthétisme de sa trilogie, tout en le maintenant dans un état suffisamment reconnaissable afin de ne pas dérouter le public du Seigneur des Anneaux. Pour cela, rien de tel qu’un changement de capitaine avec à la barre cet adorateur de films d’aventures et de monstres qu’est Guillermo Del Toro. Jackson gardait le poste de producteur afin de rassurer les fans en garantissant le respect de son héritage. De cette façon, il était plus facile de faire accepter le changement de ton narratif du roman puisqu’il se faisait en même temps qu’un décalage esthétique. Mais la gestation du Hobbit allait être très laborieuse. L’accouchement initialement prévu devait intervenir fin 2011 et fin 2012 pour donner naissance à deux « bébés » : Bilbon le Hobbit puis une seconde partie faisant le lien avec Le Seigneur des Anneaux par l’adaptation des divers appendices que Tolkien avait ajouté à son œuvre.

La longue préproduction s’écroula à partir de 2009. D’abord parce que Guillermo Del Toro quitta le navire. D’une part parce que la communauté de fan(atique)s s’était immédiatement insurgée après avoir entendue quelques rumeurs faisant états de quelques écarts de la part de Del Toro dans la création des multiples créatures par rapport aux descriptions faites par Tolkien. Aussi et surtout parce que la MGM, le studio possédant les droits du livre, était sur le point de s’effondrer financièrement. Les recettes très importantes rapportées par le James Bond Quantum of Solace, sorti à la fin de 2008, ne suffirent pas à éviter la banqueroute. La production des deux franchises fut stoppée indéfiniment le temps qu’une solution soit trouvée. Del Toro partit se consoler en lançant l’adaptation extrêmement anticipée et en 3D des « Montagnes Hallucinées » de Lovecraft ; un ambitieux « blockbuster » de S.F. horrifique produit par James Cameron et avec Tom Cruise en star principale. Malgré une pareille affiche, le studio Universal, profondément affecté par une importante série de « flops », annula à son tour le projet à la dernière minute. Del Toro, dépité, tenta de vaincre la malchance, a priori avec succès, en réalisant Pacific Rim qui est prévu pour l’été prochain.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/17/67/20280126.jpgUn retour inattendu

Peter Jackson est alors touché par deux échecs relatifs. Son remake de King Kong était certes extraordinairement impressionnant et était parvenu à déplacer du monde, mais il n’avait pas été le carton que tout le monde attendait. Son très beau drame Lovely Bones, avec Saoirse Ronan en tête d’affiche, ne cassa pas non plus la baraque et fut même vertement critiqué voire moqué par une majorité de spectateurs et de journalistes. Un dilemme s’est alors posé : Jackson doit-il retourner à ce qui a fait sa gloire pour retrouver la pêche ? Malgré « l’exception Sylvester Stallone » qui était parvenu à faire faire un dernier tour de piste poignant à ses deux personnages fétiches Rambo et Rocky, rendant par la même occasion possible son « come-back » triomphal sur la scène hollywoodienne, les retours tardifs d’instigateurs sur leurs propres franchises ancrées depuis longtemps dans l’inconscient collectif n’ont pas su engendrer beaucoup de satisfaction.

Steven Spielberg souhaitait revenir à la légèreté et retrouver son public d’antan après quinze années de films foncièrement pessimistes et misanthropes ? Cela donna Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, un épisode à part et hybride qui « tua » symboliquement son personnage iconique en dévoyant son univers. Comme si l’angoisse et les névroses contemporaines de Spielberg étaient venues gangréner sa naïveté des années 80 (la faute de cette débâcle revient néanmoins en grande partie à George Lucas). Ce dernier voulait retourner à la réalisation après vingt années de productions et de procès en tout genre ? Il lança sa trilogie « prequel » soi-disant élaborée depuis longtemps, même si l’ensemble de la trilogie dévoile de façon évidente que Lucas a avancé en tâtonnant sans jamais avoir une réelle idée de l’endroit où aller. Le résultat est un carnage et rien que sa Menace Fantôme continue d’être perçue comme le plus gros pétard mouillé de l’histoire du cinéma (alors qu’il est pourtant infiniment supérieur à l’insupportablement consternant L’Attaque des Clones).

Récemment, la communauté « geek » s’enflamma de bonheur à l’annonce du retour de Ridley Scott sur la franchise Alien. Malgré les nombreux signes avant-coureurs qui permettaient pourtant de prédire un désastre près d’un an et demi à l’avance, les fans, surexcités par une campagne « marketing » brillante, n’hésitèrent pas à jeter au bucher toute personne donnant le moindre avis négatif pendant les deux semaines suivant la sortie de cet insultant étron opportuniste que fut Prometheus. Peter Jackson ne risquait-il pas de ruiner les souvenirs nostalgiques de millions de spectateurs si son Hobbit ne se révélait pas à la hauteur ou qu’il dévoyait sa vision cinématographique de l’univers de Tolkien (qui, d’une certaine façon, est aussi devenu celui de Jackson) ? Après une longue hésitation, il annonça son retour derrière la caméra pour quelques années de plus en Terre du Milieu et jeta à la poubelle une grande partie de la préproduction de Del Toro pour se réapproprier complètement le projet.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/12/85/19782081.jpgDe la nouveauté en Terre du Milieu

La production demeure chaotique malgré le sauvetage de la MGM : grèves de syndicats menaçant la délocalisation du tournage en Europe de l’Est, problèmes de santé d’un Peter Jackson au bout du rouleau, indignation d’associations de protection des animaux,... Le Hobbit est clairement le plus gros « development hell » de ces dernières années avec le Mad Max - Fury Road de George Miller dont la production accumule un record de contretemps. Si le résultat final se révèle des plus divertissants, il est difficile de ne pas y déceler de multiples défauts provenant inévitablement de cette douloureuse gestation. Car Le Hobbit - partie 1 est un film hybride, au même titre que le quatrième Indiana Jones.

Un caractère bâtard qui n’entache que sporadiquement le long métrage à l’inverse du film de Spielberg. Mais on ne peut nier qu’il y a bien deux ambiances diamétralement opposées. Le Hobbit - partie 1 est effectivement plus léger que la trilogie du Seigneur des Anneaux, que ce soit dans son esthétisme, son humour ou encore son traitement des scènes d’action. D’abord, il ne faut pas trop être réfractaire au ciel matinal jaune et rosé que Jackson nous resserre à de trop nombreuses reprises afin de bien montrer que son aventure est plus colorée et lumineuse que sa trilogie « naturaliste ». Un changement d’atmosphère peut être aussi marqué par le choix du numérique plutôt que de l’argentique. Disons que le décalage est assez similaire à ce qu’on pouvait ressentir face au très lisse et parfois assez artificiel Indiana Jones 4 lorsqu’on le rapprochait de la photographique plus granuleuse des trois précédents opus. Cela ne réconciliera pas les réfractaires à Jackson et son volontairement sirupeux Lovely Bones déjà gavé à l’excès d’effets digitaux plus ou moins rose-bonbon.

Cette avalanche d’effets spéciaux numériques distingue aussi Le Hobbit du Seigneur des Anneaux, qui était régulièrement plus enclin à l’emploi de maquettes et de prothèses. S’ils sont toujours aussi impressionnants, WETA s’est même surpassé avec Gollum (le toujours très bon pionnier de la « perf-cap ») en le rendant au moins aussi pétrifiant de réalisme et d’émotions que lorsqu’on le découvrit dix ans plus tôt, les CGI demeurent néanmoins un peu plus visibles et font craindre que certaines séquences ne vieillissent pas très bien. Ces facticités sont même directement perceptibles puisque le HFR (« High Frame Rate ») ne parvient pas plus à les masquer qu’une projection classique. Ce procédé est la grande nouveauté apportée par Le Hobbit et est annoncée comme la nouvelle étape cruciale pour le cinéma. Cependant, à l’inverse d’Avatar de James Cameron qui était parvenu à immédiatement populariser la 3D après deux vaines tentatives dans les années 50 et 80 (bien que depuis entachée par d’incalculables conversions minables en postproduction), le HFR n’a pas autant plu. Montré en exclusivité dans quelques conventions, le procédé avait reçu au préalable de nombreux quolibets.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/17/67/20336152.jpgFenêtre ouverte sur un monde

Il faut dire qu’il change pas mal l’expérience du cinéma et brise un tabou vieux de près de quatre-vingt ans voulant que les films se déroulent en 24 fps (« frames per second » soit « 24 images par seconde »). Une vitesse de déroulement plus saccadée et moins précise qui n’est pas celle de l’œil humain. Mais elle est communément acquise comme celle du cinéma. Depuis quelques années, on essaye d’augmenter le nombre d’images par seconde afin d’arriver à une image plus précise et fluide qui permettrait d’atténuer l’effet de flou provenant de ce peu d’images enregistrées par seconde. On est maintenant arrivé au 48 fps et James Cameron, s’il voit que le public suit, a déjà précisé qu’il passerait directement au 60 fps pour la suite sous-marine d’Avatar. Mais la réaction du public est pour l’instant assez partagée tant l’image ressemble davantage, pour une partie du public, à celle d’une télévision haute résolution et donc comme anticinématographique dans l’inconscient collectif.

Néanmoins sa critique est assez excessive. Le procédé a des limites évidentes mais il sait aussi proposer des avantages non négligeables. D’abord une netteté d’image absolument hallucinante et une profondeur de champ permettant de distinguer parfaitement le moindre détail en arrière-plan (et autant dire qu’il y a de quoi faire vu la richesse des décors). Elle permet aussi à la 3D d’apparaitre bien plus naturelle et il s’agit ici, et de très loin, de la plus convaincante vue à ce jour (plus encore que celle déjà somptueuse du Hugo Cabret de Martin Scorsese). On peut déjà affirmer que l’avenir de la 3D au cinéma risque d’être absolument dépendant du destin de la HFR. Les deux procédés combinés rendent les paysages naturels de la Nouvelle Zélande encore plus éblouissants qu’auparavant. S’il faut quelques minutes pour s’habituer au HFR, il s’avère qu’il n’apparait pas si choquant que ça. Il est même plutôt agréable lors des séquences calmes. Mais le découpage des scènes d’action, plus « cut » et plus basé sur des plans rapprochés, en est parfois occasionnellement desservi car l’image apparait étonnement légèrement accélérée. Les séquences d’actions plus aériennes et disposant d’un scope plus large, comme la bagarre entre les Géants de Pierre ou la poursuite effrénée à travers le royaume souterrain des Gobelins, sont par contre nettement plus convaincantes sous ce format.

Il y a donc du pour et du contre mais le principal défaut, indirect cependant, du 48 fps est de faire apparaitre le moindre défaut des images de synthèse et les problèmes d’incrustations de façon évidente. Ainsi, la séquence de poursuite entre le sorcier Radagast sur un traineau tiré par des lapins et les Orcs chevauchant des Ouargues (sortes de loups monstrueux) est clairement la séquence la moins convaincante du long métrage. Elle l’est d’autant moins qu’elle ne passe pas mieux en 24 fps. Au moins pourra-t-on se rassurer sur une chose puisqu’avec l’emploi du HFR l’approximation n’est plus permise, ce qui devrait obliger les équipes de tournage à tout donner pour ne pas gâcher le spectacle au lieu de se contenter du minimum syndical comme c’est trop souvent le cas dans l’actuel cinéma de divertissement.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/17/67/20336155.jpgHistoire d’un aller et retour

Si, sur la forme, Le Hobbit - partie 1 prend l’apparence d’un véritable « roller coaster » technologique et avant-gardiste (on frôle régulièrement le jamais vu et la plupart des effets spéciaux sont poussés au maximum des possibilités actuelles), le fond a visiblement posé des problèmes aux critiques. Le changement de ton, si l’on n’est pas préparé au préalable et que l’on ignore la nature plus enfantine du récit de Tolkien, peut désarçonner voire sérieusement décevoir.  Les enjeux sont effectivement moins immenses et terrifiants que dans Le Seigneur des Anneaux, où la chute d’un héros (Frodon) s’accompagnait nécessairement de la destruction de tout un monde (La Terre du Milieu). Un danger incommensurable que l’on précisait très tôt dans le premier épisode, ce qui permettait au spectateur de rapidement prendre la mesure de l’ampleur de la quête à laquelle il assistait.

Le Hobbit - partie 1est, au même titre que La Communauté de l’Anneau, assez linéaire puisqu’il n’aborde quasiment qu’un seul point de vue : celui de Bilbon. Les enjeux narratifs sont moins forts puisque l’échec de la quête ne conduirait qu’à la mort des quinze membres appartenant à cette communauté d’aventuriers. La victoire n’apparait pas aussi immense que celle qu’implique la quête du Seigneur des Anneaux, mais à bien y réfléchir elle demeure symboliquement très forte puisqu’elle permet à un peuple sans pays de reconquérir son royaume d’antan. Revenir chez soi, ou du moins avoir un « chez soi » est peut-être l’un des enjeux individuels les plus forts ; le film de Spielberg, Munich, le dévoilait judicieusement au cours d’une scène de dialogue voyant un Palestinien expliquer pourquoi il attache une telle importance à reprendre la terre pourtant ingrate d’Israël.

Le moteur de cette compagnie est étonnement l’inverse de celui du quinzième membre de celle-ci, à savoir Bilbon. Ce dernier dispose déjà d’une maison : un douillet et chaleureux « trou de Hobbit » qu’il ne souhaitait plus quitter. Pourtant il va se résoudre à en sortir, poussé par une force inexplicable qui s’est emparée de lui après que son « sweet home » souterrain ait été envahi par une troupe de nains aussi casse-pieds et destructeurs qu’imprévus. Et il est bien difficile de se débarrasser de cet inattendu une fois qu’on y a gouté. Après avoir assisté chez lui à un repas si mouvementé qu’il constituait déjà une sorte d’aventure (les prémices de la plus grande à venir), il est dorénavant impossible pour Bilbon de se contenter de sa vie normal d’auparavant. Le retour chez soi est alors décrit comme symboliquement impossible. Le Seigneur des Anneaux et la première partie de ce Hobbit le précisent bien : on ne revient jamais le même d’un tel voyage.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/85/28/20225388.jpgL’Appel à l’Aventure

Ce retour chez soi, vraisemblablement illusoire, est pourtant le but des treize nains. Et Bilbon, poussé par l’irrésistible appel à l’aventure comme le nommait l’anthropologue et mythologue Joseph Campbell, les y aidera car son voyage lui apprendra l’importance que prend un foyer dans la vie d’un homme. Comprenant les motivations des nains qui les poussent à affronter des dangers toujours plus grands, Bilbon accepte au final de tenter de faire la différence et d’apporter son appui solidaire à cette mission. Car c’est bien un but que doit chercher ce semi-homme. Comprendre pourquoi il a soudain céder à ce « voyage inattendu » car l’appel à l’aventure ne se fait pas juste pour l’aventure. Il y a toujours quelque chose à retirer d’une quête afin de permettre à l’aventurier d’en ressortir grandi.

C’est là que tient le fil rouge de cet épisode. La Communauté de l’Anneau, malgré son statut d’épisode d’introduction, était envisagé comme un film unique et autonome. Une hérésie à l’heure où l’on se lance dans des trilogies sans même être certain du nécessaire succès du premier film-épisode s’achevant sur un « cliffhanger » (coucou Prometheus !). Le premier épisode du Seigneur des Anneaux voyait ainsi la construction de ladite Communauté, son lent délitement puis son inévitable éclatement concluant les enjeux de cette première partie de l’aventure et en instaurer de nouveaux afin de préparer celle à venir (la capture de Merry et Pippin, la poursuite du parcours en solitaire par Frodon et Sam). L’aboutissement final du Hobbit - partie 1 est un peu moins évident (le groupe n’est pas séparé, au contraire même) et est davantage émotionnel. La finalité de ce premier épisode est de clairement définir le statut de cette pièce rapportée qu’est Bilbon, et de faire accepter sa présence auprès des nains et de lui-même puisqu’il se voit comme un aventurier du dimanche.

Beaucoup de critiques ont noté, surtout en mal, la ressemblance entre ces deux épisodes introductifs. Il est vrai qu’ils partagent de prime abord une structure narrative sensiblement similaire. Il y a d’abord un long « flash-back » expliquant avec une voix off les sources de la quête et l’existence de l’objet central de la trilogie : l’Anneau Unique dans La Communauté… et une pierre nommée l’Arkenstone, le « cœur de la montagne », dans Le Hobbit (le premier est aussi présent mais ne joue qu’un rôle d’outil adjuvant à la quête). S’en suit une longue introduction dans la Comté où le jeune héros hobbit rechigne un peu à partir, avant de se lancer sous l’incitation du magicien Gandalf (Ian McKellen) vers l’aventure héroïque qui lui tend les bras. Après une première partie où les héros finissent par se retrouver acculés, ceux-ci trouvent un heureux refuge dans la cité elfique de Fondcombe. Un moment de répit nécessaire permettant aux héros de reprendre des forces avant de poursuivre encore plus vaillamment leur périple. Ils passent ensuite par de terribles montagnes les contraignant à prendre un chemin souterrain pas vraiment préférable. Et le tout s’achève dans une bataille forestière.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/85/28/20183310.jpgAntagonistes maléfiques

Cette impression de déjà-vu est renforcée par les nombreux clins d’œil que ne peut s’empêcher de nous faire ce trop généreux Peter Jackson. Il refait d’ailleurs une grosse entorse aux bouquins. La Communauté de l’Anneau manquait d’antagonistes. Les sinistres Cavaliers Noirs ne réapparaissaient plus une fois que les héros avaient atteints Fondcombe en milieu de long métrage. Les deux autres antagonistes, le sorcier Saroumane et le maléfique Sauron, étaient alors trop loin pour constituer de réelles menaces tangibles (le premier est le méchant principal des Deux Tours tandis que le second tenait une place centrale dans Le Retour du Roi). Jackson avait alors donné une plus grande importance à un chef guerrier Uruk-hai à la gueule patibulaire et à la peau noire.

Dans Le Hobbit, le même problème se pose. On a bien l’introduction de deux immenses opposants. Le plus évident est le dragon Smaug qui boute les nains hors de leur montagne, s’approprie leur royaume et veille farouchement sur leur trésor gigantesque. Hors celui-ci ne bouge pas de la cité souterraine d’Erebor et n’est pas appelé à apparaitre avant le second épisode, auquel le titre La Désolation de Smaug fait directement référence car il sera amené à y tenir une place centrale. Au même titre que le fameux Gollum dans La Communauté…, Smaug n’apparait que très partiellement dans Le Hobbit - partie 1 afin de faire durer le mystère sur son apparence jusqu’au second film (et peut-être aussi parce que son « design » n’est pas encore complètement finalisé). Le second antagoniste n’était pas présent dans le roman et a été greffé à partir des appendices de Tolkien pour faire le lien entre la trilogie et sa prélogie. Il s’agit du Nécromancien, plus connu sous le nom de Sauron avant qu’il ne s’incarne en un œil de feu au sommet de sa tour du Mordor, son royaume infernal. Si l’intrigue l’incluant et mettant en scène le personnage loufoque de Radagast le brun ne parait pas encore s’inscrire pleinement avec la quête de Bilbon et des treize nains, il ne fait aucun doute qu’elle prendra de l’ampleur, faisant très probablement du Nécromancien l’un des personnages centraux du troisième épisode intitulé Histoire d’un aller et retour.

Petit fait marquant : les deux antagonistes seront incarnés en performance capture par le même acteur, à savoir le génial Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes dans la toute aussi géniale série « Sherlock » et dans laquelle l’excellent Martin Freeman, l’acteur incarnant Bilbon, jouait l’inséparable acolyte Watson). Mais comme on peut le voir, les deux grands méchants de l’intrigue restent encore dans l’ombre. L’un est caché sous les monceaux d’or de l’ancien trésor des nains, l’autre réside dans la forteresse reculée et abandonnée de Don Guldur. Or il faut toujours une menace pour alimenter la dynamique d’un film d’aventure. Outre les nombreux ennemis que croisera la troupe sur son chemin (trois trolls, un roi Gobelin répugnant et toute son armée, Gollum), celle-ci s’incarne dans la figure du roi des Orques de la Moria, Azog. Un imposant chef guerrier à la gueule patibulaire et à la peau blanche ; on regrettera que son « design » ne soit pas des plus aboutis ni des plus inspirés, à l’exception d’un détail bien sordide au sujet de son bras gauche. Et impossible de ne pas voir dans son combat final avec le prince des nains Thorin (Richard Armitage), tous les deux ayant un sérieux contentieux à régler, un écho au combat opposant le chef Uruk-aï et le roi déchu des hommes, Aragorn, à la fin de La Communauté de l’Anneau.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/85/28/20183313.jpgMiroir inversé

Mais il ne s’agit pas d’une redite paresseuse de Jackson, qui ne « remake » pas vraiment son film (quoique). The Hobbit – partie 1 est avant tout le miroir négatif de La Communauté de l’Anneau. L’épisode d’introduction d’une trilogie inverse au Seigneur des Anneaux. Le guerrier patibulaire n’est plus noir mais blanc ; le duel final n’a plus lieu le jour mais la nuit ; le perdant est l’être d’apparence humaine et non le monstre barbare ;… Et on peut faire ce petit jeu assez régulièrement. Là où la traversée souterraine de la Moria était anxiogène au possible, aboutissant au face-à-face dantesque entre Gandalf et un démon ancien nommé Balrog, la fuite du royaume des Gobelins sous la montagne se fait avec une facilité et une légèreté plus jubilatoire et enthousiasmante que réellement inquiétante. Dans l’esprit, cette séquence d’action, comme la plupart de celles de Le Hobbit, est très proche de la tonalité presque chorégraphique des scènes de haute voltige des films de Tsui Hark, du récent Tintin de Spielberg ou encore du King Kong de Jackson lui-même, au risque de tomber dans un excès de zèle légèrement « what the fuck ? » (respectivement, la scène des cerfs dans Détective Dee, le combat par grues interposées entre Haddock et le descendant de Rackham le Rouge ou encore l’avalanche de diplodocus sur Skull Island qui reste un « must » dans le gros délire infantile).

Au même titre que le « roller coaster » cinématographique ultime (Indiana Jones et le Temple Maudit), « roller coaster » signifiant « grand huit », Le Hobbit est une perpétuelle fuite en avant effrénée. D’où probablement sa plus grande linéarité qui a gênée les admirateurs du Seigneur des Anneaux, ce dernier devenant même un film choral vers la fin. Sa structure narrative et la caractérisation des héros rapprochent cependant moins Le Hobbit de La Communauté… que du 13ème Guerrier de John McTiernan. De là vient sûrement le moindre attachement que l’on ressent pour Bilbon alors que Frodon suscitait immédiatement de l’empathie. Bilbon passe une bonne partie de l’histoire à n’être qu’un observateur distant au sein d’un groupe de nains aux coutumes étrangères ; au même titre que l’arabe Ahmed Ibn Fahdlan (Antonio Banderas) se sent au départ exclu de la troupe de Vikings qui l’a pourtant choisi sur un coup du destin (un peu comme Bilbon). Ce n’est que plus tard qu’ils acquerront tous les deux un statut d’acteur leur permettant enfin d’être actifs, utiles et bien intégrés à leurs troupes.

Cependant, Le Hobbit reste en bien des points assez analogue à La Communauté de l’Anneau. Et pour cause puisqu’il semble que Jackson entende poursuivre le même objectif initial que George Lucas en 1999 avec, espérons-le mais le film semble déjà l’accréditer, nettement plus de succès. La prélogie Star Wars était aussi envisagée comme le prisme négatif de la trilogie originale. Cette dernière voyait un jeune homme suivre un entrainement devant faire de lui un chevalier Jedi avant d’y parvenir au final de la plus brillante des manières ; la prélogie entendait suivre un jeune homme suivant le même type d’entrainement mais qui échouait à la fin en devenant l’inverse d’un Jedi, c’est-à-dire un terrible Sith. La trilogie Le Hobbit entend faire de même avec Le Seigneur des Anneaux. Ce dernier dévoilait un monde visiblement vieux, abimé, sur lequel une ombre planait au point d’en faire un univers si réaliste que l’émerveillement ne se faisait plus que par petite touches. Cette sombre Terre du Milieu à l’abandon (les royaumes défaits du Rohan et du Gondor) parvenait néanmoins à se relever à la fin pour retrouver sa splendeur. Le Hobbit suivra le chemin opposé en présentant une glorieuse Terre du Milieu au ciel rose, à l’atmosphère joyeuse et colorée. Un monde d’« heroic fantasy » à son apogée qui va lentement se ternir, recouvert par un terrible mal généralisé. Le Seigneur des Anneaux relatait la chute du mal et l’élévation du bien ; Le Hobbit racontera le contraire. Et le glorieux prince nain Thorin que l’on compare à juste titre au charismatique mais alors déchu Aragorn devrait justement, sans trop en dire, suivre un chemin opposé à celui de son personnage miroir.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/85/28/20183316.jpgGargantuesque

Mais comme la plupart des films récents de Peter Jackson, il faut reconnaitre que Le Hobbit est blindé de petits détails gênants venant momentanément gâcher l’ensemble ou alourdir une séquence. Jackson, comme à son habitude, pèche par excès de zèle et de générosité. C’est pourquoi il est difficile de vraiment lui en tenir rigueur tant ces défauts apparaissent comme de légers écarts de conduite faits par un petit garçon trop enthousiaste n’ayant pas su s’arrêter à temps. On pourra toujours tergiverser sur quelques blagues de mauvais gout (le retour d’un gros rototo après celui, hautement polémique, du capitaine Haddock dans le Tintin de Spielberg). On pourra arguer que les scènes d’action sont si fantaisistes qu’il est parfois difficile de s’inquiéter du sort des protagonistes tant ceux-ci accomplissent des prouesses délirantes sans jamais se blesser. C’est un peu l’inverse de ce que faisait Brad Bird dans Mission Impossible - Protocole Fantôme en faisant accomplir à ses personnages des actes héroïques uniquement possibles dans un film d’animation tout en les confrontant à une réalité physique les empêchant toujours d’atterrir en douceur.

On pourra aussi critiquer la longueur du long métrage mais c’est un défaut répété dans tous les films de Jackson depuis quinze ans, ce dernier ayant toujours du mal à quitter son film (voir son King Kong étiré sur plus de trois heures). Là aussi, on peut y voir un excès louable de générosité, bien qu’il y ait un ventre mou au milieu du récit (la poursuite de Radagast suivi de l’épisode à Fondcombe). Jackson étire souvent plus que de raison des séquences qui auraient pu être plus courtes. Mais ce serait mentir de dire que la fameuse séquence des énigmes opposant Bilbon et le très populaire Gollum ne fait pas immensément plaisir. Au point que l’on pardonne à Jackson de la faire durer près de vingt minutes sachant qu’il voue lui-même une tangible dévotion à ce personnage et à ce moment célèbre du roman où Bilbon découvre le crucial anneau avant de le dérober à la pitoyable créature en face de lui. De même que des scènes pas forcément nécessaires, telles le combat des Géants de Pierre, sont à ce point enivrantes qu’on aurait du mal à les voir disparaitre du montage après coup. Et que dire de cette séquence d’introduction d’une demi-heure dans le demeure de Bilbon qui a fait pousser des soupirs à la critique, alors qu’elle est à la fois enjouée et très pertinente par rapport à la suite de l’aventure ?

On peut donc pinailler indéfiniment sur les diverses imperfections du Hobbit – partie 1 ; comme ce manque de caractérisation des treize nains provenant de leur nombre et de leur appartenance à la même espèce (bien que le réalisateur néo-zélandais ait judicieusement tenté de bien différencier leurs apparences). Mais cela n’entache pas l’immense jouissance prise à la vision du film. Il est vrai que Le Hobbit ne réitère pas le miracle du Seigneur des Anneaux. Mais à bien y réfléchir, le pari était de toute façon impossible à tenir. La trilogie initiale de Jackson était un évènement rare, presqu’anormal, voyant la réunion adéquate de conjonctures bien spécifiques, un peu comme l’ont été les sorties triomphales du Star Wars de 1977 ou du Titanic de James Cameron.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/43/35/20256551.jpgUn bon présage

Une fois que l’on a accepté le fait que Le Hobbit ne soit pas exactement Le Seigneur des Anneaux et qu’il s’agit d’une autre approche de l’univers de Tolkien dépeint par Jackson, alors il est difficile de faire la fine bouche devant ce « blockbuster » avec un grand B. Un film extrêmement spectaculaire, ludique et nostalgique qui nous ramène dix ans en arrière et nous permet de retrouver à la fois des personnages et un monde que l’on a adoré mais aussi sa propre âme d’enfant. Un brillant divertissement avec un casting en or (les « nouveaux », Martin Freeman et Richard Armitage en tête, sont aussi bons que les « anciens »), une direction artistique qui envoie et une musique toujours aussi exaltante d’Howard Shore qui compose un nouveau thème central des plus accrocheurs intitulé « Misty Mountains ».

Un « entertainment movie » comme on en fait presque plus, dont le seul péché est de trop donner à une époque où les studios et les réalisateurs de divertissements considèrent comme normal de ne filer que le strict minimum (vingt minutes de Batman dans les 3h de The Dark Knight Rises, une première scène super-héroïque au bout d’une heure et demi dans Avengers, sans compter les diverses récentes grosses productions dénuées d’un simple script). Et à l’inverse de La Menace Fantôme, Le Hobbit - partie 1 donne immédiatement envie de voir la suite et de poursuivre ce « voyage inattendu » pourtant si désiré par le spectateur. Et il est impossible en voyant la toute dernière minute du film, s’achevant sur un plan aussi beau et terrifiant que prometteur en mille péripéties futures, de ne pas vouloir être déjà en décembre prochain pour reprendre un peu de cette Terre du Milieu qui nous fait tant rêver. Mais pour Bilbon et ses compagnons, pas sûr que le pire soit derrière eux.

NOTE :  8 / 10

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/43/35/20256569.jpg

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