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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Félins

Titre original : African Cats

Film américain sorti le 1 février 2012

Réalisé par Keith Scholey et Alastair Fothergill

Avec la voix de Samuel L. Jackson

Documentaire

En Afrique, au Kenya, dans l’une des régions les plus sauvages du monde, les animaux vivent libres et loin des hommes. Au sud du fleuve qui divise ces magnifiques terres, règne le clan des lions mené par Fang. La lionne Layla y élève la jeune Mara. Entre chasse et liens familiaux puissants, c’est la vie d’une famille qui s’écrit. Au nord du fleuve, le lion Kali et ses quatre fils rêvent d’étendre leur territoire. Bientôt, les eaux seront assez basses pour que les maîtres du nord tentent leur chance au sud. Dans cet environnement où chacun joue sa survie chaque jour, Sita, une splendide femelle guépard, tente d’élever seule ses petits. Au fil des saisons, tous ces destins vont se croiser à travers une histoire qui n’est ni inventée ni mise en scène, mais captée comme jamais auparavant, de sa bouleversante intimité à sa spectaculaire beauté.

      

Une tragédie ne concerne pas uniquement les hommes. Le plus grand des drames se joue dans la Nature. Chaque jour marque une nouvelle aventure pour tous les êtres vivants qui luttent quotidiennement pour leur survie. C’est ce que montrent régulièrement les documentaires animaliers dont il existe deux types. Celui qui est purement scientifique, surlignant d’un commentaire off informatif les quelques images illustratives de leur sujet. Et il y a celui qui aborde une forme plus narrative, qui raconte un récit ayant une visée didactique.

La nouvelle production de la filiale Disneynature aborde cette option en la poussant à son extrême. Les indications scientifiques sont presque réduites à néant. Toute information quant aux comportements des animaux filmés ne passeront que par le biais de l’image. En cela, Félins n’est pas un documentaire. Il n’a pas un caractère éducatif dans le sens où il ne fournit pas une heure et demi d’informations zoologiques. Certes il peut être didactique, mais uniquement par l’intérêt que le spectateur portera à cette histoire, si celle-ci le touche, et aux animaux qu’il y découvrira. Car Félins est avant tout une fiction.

Fiction ou réalité ?

Après quelques documentaires généraux comme Un Jour sur Terre, Disneynature avait lancé une série de projets documentaires se focalisant sur une espèce ou un milieu particulier. Si Océans avait obtenu un très grand succès, Pollen était passé sous les radars. Mais ce dernier portait sur un phénomène peu connu du grand public (la pollinisation) et un sujet peu vendeur (les insectes). C’est donc avec plus d’assurance qu’arrive ce troisième opus qui a, comme vedette principal, deux des plus célèbres animaux. D’autant plus lorsque la génération vers laquelle se dirige le film n’est autre que celle qui a grandie avec une œuvre phare comme Le Roi Lion.

Si le « documentaire » est assez réussi, proposant des images en tout point sublimes et réussissant à captiver le spectateur d’un bout à l’autre, Félins pose la question de la fiction. L’équipe de tournage se vante en effet d’avoir filmée une « histoire vraie » qui se révèlerait aussi émouvante qu’une épopée hollywoodienne pleine d’artifices. Mais si l’on gratte au-delà de l’éternel discours marketing, peut-on vraiment dire que Félins est une œuvre authentique ? Non, évidemment. Car si l’équipe n’a pu commencer le tournage en disposant d’un scénario spécifique qui aurait été presqu’impossible à réaliser, il parait évident qu’elle est partie avec une feuille de route à suivre. D’ailleurs elle a organisé un « casting » d’animaux afin que ceux qu’elle suivrait répondent à certains critères.

Autre limite : le tournage a duré près de deux ans et demi. Or, l’histoire elle-même ne se déroule que pendant quelques mois. Il y a donc forcément manipulation afin de créer l’illusion de la continuité. Il est même probable que certains personnages aient eu différents interprètes, illusion que ne remarquerait pas les néophytes qui composent plus de 99% du public. Comment apparait l’élément fictif ? Lors de la postproduction. D’abord par le biais du montage qui permet de donner sens au récit. L’effet Koulechov, qui avait été si bien explicité par Hitchcock lors d’une interview, n’y est surement pas étranger. Cet effet théorisé par le russe Lev Koulechov consiste à donner une signification différente à une même image en fonction du contexte dans lequel on l’insère. De manière plus générale, une image seule ne véhicule pas forcément de sens, mais dégage une signification lorsqu’elle est « mise en contact » avec d’autres.

Il y a de plus un travail de champ / contre champ qui aurait été impossible lors d’une prise sur le vif (on aurait vu l’équipe filmant le lion de face puis l’équipe le filmant de dos) ainsi que la présence de quelques travellings et mouvements de grue que ne peuvent généralement pas se permettre les documentaires lambdas, faute de préparation ou de moyens. Il y aussi un immense travail sur le son, ce qui montre bien qu’il s’agit de l’un des éléments cinématographiques les plus importants pour raconter une histoire. A moins de disposer de micros ultra perfectionnés, il est peu probable que l’équipe ait par exemple enregistrée le son des pas d’un guépard courant à plusieurs centaines de mètres de leur caméra. Il y a recréation de ce monde afin de le rendre encore plus crédible aux yeux du spectateur. Toujours en lien avec le son, il y a bien évidemment l’utilisation musicale qui intervient afin de surligner certains moments d’émotions ou de tensions. Une musique somme toute très classique qui peine à vraiment élever le long-métrage et se contente de souligner les scènes.

Reines mères

Et l’histoire en elle-même ? Elle est aussi très classique, assez proche de la structure narrative du Roi Lion. D’abord un récit initiatique puisqu’il suit avant tout dans deux histoires parallèles une portée de bébés guépard et une jeune lionne. Deux aventures dont le lien ne se fait malheureusement jamais, comme si l’on assistait à deux films à la fois. D’autant plus qu’elles ne trouvent pas vraiment de résonnance puisqu’elles sont assez différentes. Car si l’histoire se centrant sur les guépards se limite véritablement à un récit initiatique, une lutte permanente pour la survie se greffant à une découverte, en même temps que le spectateur, de cet univers si beau et dangereux ; celle des lions a un sous-texte presque « politique ».

Evidemment, pas dans le sens que l’on croit. Mais l’histoire de ce clan de lions parle de règne, de trahison, de chute et de « conquête ». Cette histoire a ainsi plus d’ampleur que celle des guépards ; une importance qui était déjà souligné dans les affiches où le guépard était représenté en plus petit que le lion qui se taillait la part qui lui était due. Enfin, le documentaire reflète évidemment quelques détails montrant qu’il est bien réalisé sous un grand studio hollywoodien avec une visée tous public. On ne verra donc presque jamais de sang et toutes les morts d’animaux sont pour la plupart soigneusement mises hors champs (par une ellipse ou par un mouvement de caméra qui refuse de montrer ce qu’il doit logiquement se passer lorsqu’un carnivore attrape sa proie). De fait aussi, aucune allusion à la reproduction n’est présente. Enfin, il y a bien évidemment un happy end à la clé avec la résolution du trauma des jeunes guépards qui affrontent des hyènes qui les avaient effrayées au cours d’une nuit lorsqu’ils étaient bébés (et au cours de laquelle ils avaient perdu quelques uns de leurs frères/sœurs) et le retour de la jeune lionne dans la tribu d’où elle avait été chassée.

S’il n’est clairement pas un documentaire majeur, Félins reste une belle histoire pour toute la famille. Un magnifique « livre d'images mouvantes », parfois noyé sous le flot d’une narration off bien trop explicative, mais qui pourra peut-être faire naitre quelques vocations. Une ode à la nature qui évite le message écologique accusateur enfonçant les portes ouvertes afin de privilégier les vertus de la fiction pour la compréhension du monde. Et le générique de fin, par le biais d’un gag amusant qui attribue aux divers animaux présents un poste dans le tournage en fonction de leurs caractéristiques (la girafe est opératrice de grue), ne fait que renforcer cette idée que la Nature fait parfois ses propres films.

NOTE : 6 / 10

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