Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : Ghost Rider – Spirit of Vengeance
Film américain sorti le 15 février 2012
Réalisé par Mark Neveldine et Brian Taylor
Avec Nicolas Cage, Ciaran Hinds, Idris Elba,…
Action, Fantastique, Thriller
Danny, jeune garçon porteur d’une prophétie, suscite la convoitise de Roarke, un homme mystérieux possédant de grands pouvoirs. On fait alors appel à Johnny Blaze pour se lancer à la recherche de l’enfant en lui proposant comme récompense de le libérer de son alter ego, le Ghost Rider. Poussé par le désir de lever sa malédiction et celui de sauver le garçon, le Rider parviendra-t-il à s’affranchir de la menace de Roarke ?
On peut dire que la société Marvel dispose d’un certain talent quant il s’agit de flinguer littéralement ses super-héros dans des adaptations cinématographiques qui sont souvent au mieux très quelconques. L’homme araignée mis à part, notamment grâce à un très brillant second opus réalisé par Sam Raimi, on ne compte plus le nombre de victimes masquées lors de leurs passages sur grand écran : les Quatre Fantastiques, Hulk, Thor, Daredevil, Elektra, le Punisher… La société s’est depuis lancée dans la production de demi-films visant à l’introduction de divers super-héros célèbres afin de les réunir dans le « grand évènement cinématographique de l’année 2012 pour la communauté geek » qu’est l’adaptation des Avengers. Un gros blockbuster qui semble aligner toutes les tares des films précédents, à savoir être un long-métrage à la mise en scène passe-partout, au casting de stars venant cachetonner, avec quelques blagues ratées visant à mettre en avant un Robert Downey Jr. plus cabot que jamais, tout en étant avare en scènes d’action. Car, à moins que la production ne cache bien son jeu, il semble pour le moment n’y avoir qu’une seule même bataille qui transparait des bandes annonces déjà disponibles sur le net.
Bref, un grand évènement médiatique qui ferait presque oublier l’autre actualité de Marvel cette année : la sortie de Ghost Rider 2. Suite du premier opus de Mark Steven Johnson qui avait été laminé par les critiques et le public, ce Ghost Rider 2 se devait d’être le long-métrage qui rattraperait les errements du film précédent. Challenge normalement assez facile à remporter, pour peu qu’on en fasse au moins le strict minimum syndical. Mais l’annonce de Mark Neveldine et Brian Taylor au poste de metteurs en scène aurait dû mettre la puce à l’oreille quant à la volonté de nivellement par le bas des producteurs. Car si faire mieux était une tache facile, il parait presque plus glorieux et difficile de faire une suite encore plus médiocre que son modèle déjà exécrable.
Régression
Qui sont Mark Neveldine et Brian Taylor ? Les amateurs de péloches très déviantes qui ont pour règle d’or de ne jamais se départir de leur humour pipi/caca, de leur mise en scène incohérente et de la réduction de leur trame à un unique concept, ont forcément entendu parler de ce duo connu pour avoir livré deux maitres étalons du genre avec Hyper Tension 1 et 2. Deux étrons filmiques ayant trouvé des défenseurs sous prétexte que les deux jeunes metteurs en scène seraient des cinéastes anars et punks absolument subversifs qui transformeraient des films de genre bancals en long-métrages bruyants, vulgaires et terriblement régressifs. Mais voilà, à force de ressortir éternellement cette excuse du « 2nd degré » pour dédouaner quelques incompétents d’avoir juste fait n’importe quoi avec leur caméra, les producteurs ont finit par les prendre malheureusement au sérieux.
Si notre génération a déjà eu droit à la promotion de quelques tacherons comme Robert Rodriguez, Zack Snyder, Paul W. S. Anderson ou encore Len Wiseman, qui ont réussis à obtenir la direction de quelques uns des blockbusters les plus friqués de notre époque (Watchmen, Man of Steel, Les Trois Mousquetaires, Die Hard 4, le remake de Total Recall… pour n’en citer que quelques uns), la suivante risque bien de se farcir des Darren Lynn Bousman ou encore des Neveldine/Taylor pour agrémenter ses sorties ciné pendant les étés à venir. C’est ainsi que ces deux derniers ont obtenu le poste de réalisateurs de Ghost Rider 2. Celui-ci est adapté d’une histoire de David S. Goyer, le scénariste qui a bousillé la saga Blade en réalisant un troisième épisode abscons et qui avait bénéficié de l’aide d’un Christopher Nolan pour pouvoir clamer les bons scripts de Batman Begins et The Dark Knight. Partant sur cette base, les deux cinéastes ont alors décidé de faire appel à tout leur talent pour réaliser le meilleur film possible afin de rendre hommage à un personnage héroïque adulé par des centaines de milliers de lecteurs.
En fait, non. Et il ne s’agit même pas de la version officielle qu’aurait donné le studio avant de montrer le film au public. Dès les bandes annonces, on pouvait déjà voir l’orientation qu’avait souhaitée donner l’équipe ; bien que celles-ci ne laissent quand même en rien présager l’étendue incommensurable des dégâts. Vous vouliez plus de noirceur et de profondeur ? Les seules que vous aurez proviennent de la 3D post produite à la va-vite. Vous vouliez plus de courses poursuite ? Les quelques scènes d’action sont illisibles, jamais immersives et jouissives. Seule une petite excitation pourra apparaitre quand la scène finale commencera enfin à pointer le bout de son nez. Alors plus d’humour peut-être ? Même graveleux ? Laissez-tomber, les seuls rires (moqueurs) que vous pourrez avoir ne viendront que de ce long plan grotesque de Nicolas Cage perdant le contrôle de lui-même sur sa moto et du surjeu abominable de Ciaran Hinds. Ce dernier, pourtant merveilleux acteur comme il l’avait déjà prouvé dans le Munich de Spielberg, ferait passer Nicolas Cage pour un enfant de chœur. Pour bien comprendre l’étendue de ce jeu abominablement consternant, il faut l’imaginer en train de singer à l’extrême le Robert de Niro post-année 2000.
Question de degrés
Là, un doute commence à s’installer. Est-ce vraiment du second, voire du trente-sixième degré ? Pour quelles raisons peut-on demander à un acteur comme Hinds de jouer comme « ça » ? Ou pour quelles raisons Hinds a-t-il décidé de jouer comme « ça » ? Dépression ? Désintérêt ? Compréhension du traquenard dans lequel il s’est retrouvé pour payer ses impôts ? Quoi qu’il en soit, la question la plus importante est la suivante : qui est assez tordu pour exhiber aussi fièrement des séquences tellement humiliantes pour un acteur de cette trempe ? La réponse ne peut être que deux gamins complètement décérébrés qui se croient impertinents en faisant n’importe quelle bêtise crasse. Il n’est pas permis de parler de mise en abime ou de méta-texte dans Ghost Rider 2. Non, cette laideur visuelle abominable, ce montage innommable et cette direction d’acteurs inexistante ne peuvent avoir été concertés au préalable dans le soi-disant but de la subversion d’une grosse production.
Quand Brian de Palma utilisait dans Body Double une esthétique tirée de la série Z et du porno 80s (donc dégradante), c’était pour mieux la confronter à l’héritage glorieux et classique d’un Hitchcock qui engendrait un contraste violent inattendu. Quand William Friedkin exacerbait les tics et codes de cette même décennie (le disco, les jeans moulants, les lunettes de soleil, les postures cools,…) dans son Police fédérale : Los Angeles, c’était pour mieux scléroser son esthétique kitsch de l’intérieur. Pour révéler derrière les oripeaux d’un « buddy movie » 80s classique, et donc politiquement correct, un long-métrage furieux, violent, fou et cynique. Quand Paul Verhoeven, le maître du second degré, filmait Starship Troopers, a priori l’archétype de l’actionner S.F. pour jeunes américains débiles, c’était pour faire de manière sous jacente la critique du totalitarisme, de l’uniformisation et de la dictature des corps avec l’argent même des gros studios hollywoodiens. Et lorsque ce dernier réalisait le génial Showgirls, que beaucoup considère encore comme un grotesque film vulgaire fait et écrit par des pervers, c’était en fait pour montrer le combat d’une jeune prostituée afin de se libérer de la domination masculine et de la commercialisation du corps féminin en utilisant son sexe comme arme pour devenir au final une « déesse » (le dernier plan montrant l’affiche du « show » dans lequel elle tient la vedette et qui a pour titre : « Goddess »).
Les films précités se sont fait les chantres du mauvais gout et du second degré car il pensait cette esthétique avant même de commencer le tournage. Des films subversifs qui osaient bousiller un film à gros budget en lui conférant des attributs « humiliants » ou condamné par l’opinion majoritaire. Ce n’est pas ce que font Neveldine et Taylor. Leur Ghost Rider 2 n’est pas un pervertissement du film de super-héros pour livrer un long-métrage vulgaire, violent et anarchique tellement vicieux que le MPAA ne s’en serait pas rendu compte et l’aurait malgré tout rendu « tout public » (PG-13). Leur film est bien une insulte, mais ni pour les studios ou l’establishment. La cible n’est autre que le spectateur qui se fait pisser (du feu) à la figure. Un spectateur réduit au niveau d’un porte-monnaie crétin. Après tout, qu’est-ce que l’équipe du film en a affaire de détails aussi insignifiants qu’une histoire, une mise en scène ou des émotions, puisque des spectateurs tomberont malgré tout dans la gueule du loup (parfois consciemment) ?
Vite fait, mal fait
C’est à se demander si toute cette équipe cachetonnait sur ce projet. Nicolas Cage très certainement, mais ce n’est plus une surprise depuis une dizaine d’années. Le directeur de la photographie et le monteur aussi. Par contre le scénariste n’a pas du le faire tout simplement parce qu’il ne devait pas y en avoir eu un. Quant aux réalisateurs, ils semblent surtout avoir été motivés par les cascades qu’ils ont fait eux-mêmes pour filmer les scènes d’actions (pour obtenir au final des images moins immersives que le blockbuster moyen). La trame, basique, se limite à ressortir les coups éculés de la « prophétie » et du « fils du Diable », ce qui permet de faire graviter dans une même séquence un gamin insupportable, une mère gitane qui ressemble à une top model roumaine, un Nicolas Cage en « Terminator du pauvre » cherchant à s’humaniser et à ressembler à une figure paternelle au cours d’une scène affligeante d’ébouriffage de cheveux, ainsi qu’un Idris Elba en moine noir français alcoolique (à sa décharge, il est presque bon). Le quatuor est poursuivi par le pire méchant de l’histoire des super-héros (une vraie tête à claques dotée d’un pouvoir inutile mais assez révélateur : tout ce qu’il touche devient pourri…) et il croisera aussi un Christophe Lambert toujours aussi peu charismatique dans le rôle d’un moine chauve dont on a dû tatouer à trois reprises le scénario du film sur son visage.
Autre détail pour montrer que l’équipe de tournage n’a même pas pris la peine de camoufler son mépris du public en rendant un minimum crédible son long-métrage ? Pas une seule voiture, à l’exception de celles des protagonistes, ne passent sur les routes. Attention, on parle autant des petits sentiers paumés dans le désert (ce qui semble assez logique) que des autoroutes. L’équipe, qui a tournée en Roumanie pour faire des économies de budget, ne prend même pas la peine de faire illusion en refaisant passer, au cours de différentes scènes, une poignée de voitures qu’ils auraient conservés tout au long du tournage. Elle s’est juste contentée de fermer les routes. A coté de ça, Neveldine/Taylor sabotent les rares moments vraiment délirants de leur script. La scène de la grue enflammée avait un certain potentiel sur le papier mais elle est hachée au montage, trop courte et en grande partie incompréhensible. Autant de « beauferies » et d’incompétences crasses plongent d’ailleurs le spectateur dans une angoisse permanente. Il y a par exemple un suspense insoutenable lorsque le gamin demande au Rider si tout ce que celui-ci « monte » prend feu comme sa moto, y compris un chameau : on se prend à rêver (ou à cauchemarder) si les deux gus vont oser franchir le pas avant le générique de fin et nous montrer le squelette infernal chevauchant un camélidé en flammes.
Alors reconnaissons au moins une chose de bien dans cet abominable long-métrage : il y a une réelle intention d’iconiser le personnage vengeur. Du moins pendant sa toute première apparition, où une série de plans ingénieux permet d’anticiper son arrivée avant de voir sa moto infernale voler au-dessus des méchants que le Rider s’apprête à punir. Les effets spéciaux sont aussi assez réussis et permettent de recréer un Ghost Rider plus convaincant que dans le premier épisode. Hélas, cela ne dure qu’une toute petite minute car, lorsque le Rider se lance dans son massacre sur fond de hard rock (subversif !!!), ce dernier ne peut s’empêcher de prendre des postures cools qui le font plus ressembler à un « kéké » ou à un blaireau qu’à un ange de la mort véritablement classe et effrayant. On peut dans ce cas dire que le personnage numérique adopte de façon pertinente et convaincante le surjeu hystérique de sa doublure réelle, Nicolas Cage.
Le tout est enfin ponctué de quelques séquences animées moches visant à expliquer quelques détails antérieurs à l’histoire. Une idée intéressante mal exploitée, d’autant plus qu’elle est surlignée par une voix off pas convaincue de Cage qui ponctue les images de quelques blagues consternantes sur le téléchargement (on se croirait à la cérémonie des césars). Le dernier grand choc, l’insulte suprême arrive néanmoins après coup, lorsque l’on regarde le budget astronomique que l’on a donné à Neveldine et Taylor pour livrer un produit filmique aussi pauvre, incohérent et grotesque : 75 millions dollars. Six fois ce qu’il a fallu à Refn pour livrer un film d’action iconique du nom de Drive. Huit fois la somme qu’a nécessité le tournage de Chronicle, film de super-héros beaucoup plus riche en « money shot » et en scénario alors qu’il est pourtant écrit et réalisé par un « novice ». A l’heure où de vrais réalisateurs comme Paul Thomas Anderson ou James Gray galèrent pendant des années pour trouver des financements infiniment inférieurs au budget indécent du dernier film de Neveldine/Taylor, il est important de ne pas faire l’impasse ou de balayer d’un revers de la main ce Ghost Rider 2. Car il ne faut pas l’oublier. Et rappeler ainsi aux producteurs d’arrêter de filer un chèque astronomique à des incapables opportunistes.
NOTE : 0,5 / 10
