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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Harry Potter et les Reliques de la Mort - partie 2

 - Titre original : Harry Potter and the Deathly Hallows – Part 2

 - Film britannique sorti le 13 juillet 2011

 - Réalisé par David Yates

 - Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint,…

 - Fantastique    

              Le combat entre les puissances du bien et du mal de l'univers des sorciers se transforme en guerre sans merci. Les enjeux n'ont jamais été si considérables et personne n'est en sécurité. Mais c'est Harry Potter qui peut être appelé pour l'ultime sacrifice alors que se rapproche l'ultime épreuve de force avec le terrible mage noir Voldemort...

 

Warner Bros. FranceRupert Grint, Daniel Radcliffe & Emma Watson. Warner Bros. France

            La première partie avait constitué en soi une bien belle surprise. Après un cinquième opus pas très réjouissant et surtout un sixième épisode qui tenait tout de l'hérésie, Yates avait presque réussi à se faire pardonner en livrant deux heures de « road-movie » oppressant qui lorgnait très habilement vers le film de cambriolage. Il en ressortait quelques morceaux de bravoure assez inattendus de la part de celui qui a clairement saboté quelques-unes des séquences qui auraient pu se révéler comme les plus brillantes de la saga.  Enfin, « last but not least », cette première partie lorgnait définitivement vers un public plus adulte en réussissant à composer une ambiance véritablement angoissante (la scène de Batilda Tourdesac qui convoquait Psychose par exemple). On promettait une seconde partie encore plus sombre et intense, proche du film de guerre. La question était alors : Yates allait-il réussir à maintenir ce rythme sur encore deux heures ?  

            Question d'autant plus importante qu'il s'agissait du dernier tour de piste d'une série d'adaptations débutée il y a dix ans. Une décennie complète où le spectateur a grandi en même temps que les acteurs. Las, Yates demeurera malgré tout comme le grand fossoyeur d'une saga ayant pourtant un potentiel cinématographique assez colossal. La seconde partie en est l'exemple même. Un film mi-figue mi-raisin. La première grande erreur est d'avoir coupé le long-métrage en deux car Yates n'arrive absolument pas à présenter brièvement les enjeux instaurés dans la partie précédente. Les personnes n'ayant pas lu les livres, et surtout ceux qui n'ont pas vu la première partie en seront pour leurs frais. Cette rupture de rythme rend l'immersion dans le film assez difficile au départ. Les choses repartent pourtant bien au cours des vingt premières minutes. Le début de la séquence de « hold-up » dans la banque inviolable de Gringott rappelle quelques bons souvenirs avec l'instauration d'une tension assez palpable. Mais, premier signe de faiblesse, cette séquence s'achève de façon assez pataude, molle. Manque d'intensité d'une scène d'action : le talon d'Achille de Yates lors du cinquième et du sixième film qui fait ici un retour en force après un septième épisode plus contemplatif.   

            Le reste de la seconde partie sera du même acabit, alternant séquences plutôt inspirées et scènes nettement moins galvanisantes. Pour ce qui est du caractère épique de cet ultime opus, on le cherche encore. La plupart des « money-shots » étant déjà visibles dans la bande annonce, le reste de la bataille se limite à une sorte de feux d'artifices pour tous publics où le bestiaire qui est en jeu se réduit à deux géants et une grosse araignée (visibles quelques secondes) et où les morts sont soigneusement éludées. Ce dernier point est la confirmation du traitement lamentable de certains personnages secondaires pourtant importants ; la scène où Harry passe parmi les blessés est particulièrement aberrante et ridicule dans sa façon de bloquer toute tentative d'empathie. Ou comment balayer en un plan quelques-uns des personnages les plus attachants de la série. De même pour le demi-géant Hagrid, pourtant si présent dans les premiers épisodes, qui n'a le droit ici qu'à une petite minute de présence.  

            Et elle dure cette bataille puisqu'elle s'étale sur près de la moitié du long-métrage. Yates y propose quelques idées intéressantes rapprochant vraiment la seconde partie avec le film de guerre : les sortilèges accompagnés d'un son de balle de fusil, l'épisode de la passerelle à faire sauter pour bloquer l'ennemi,... Mais elle est très vite répétitive, se contentant de quelques belles compositions. Yates finit par se regarder filmer, n'instaurant pas de rythme. La bataille finale n'est alors plus qu'une succession de quelques « tableaux » plus ou moins marquants. Parmi cependant les bons morceaux de cet épisode on peut retenir un passage dans la Chambre des Secrets, une scène d'action pyrotechnique dans la « Salle sur Demande » et surtout une séquence assez surréaliste et très risquée dans « l'au-delà ». Cette dernière, dans un décor blanc épuré, ferait presqu'écho au final de 2001 : L'Odyssée de l'espace. Yates montre que s'il est un très mauvais « actionner » il n'est cependant pas dénué d'inspiration.   

            D'ailleurs Yates réussit cette fois à ne pas complètement saboter le moment clé de ce dernier épisode qui révèle quelques éléments cruciaux sur le personnage antipathique du professeur Rogue. Bien qu'il ne puisse s'empêcher d'y ajouter quelques effets visuels pauvres pour symboliser la spontanéité du souvenir (l'image distordue par exemple), Yates a l'intelligence de laisser Alan Rickman occuper les devants de la scène. Ce dernier avait toujours su rester en retrait, tout en composant un personnage assez charismatique et énigmatique, mais il avait été injustement relégué en arrière-plan dans Le Prince de Sang-mêlé alors que, paradoxalement, il devait en être l'élément central. Dans cette seconde partie il a enfin droit au traitement qu'il méritait quoique la séquence qui l'oppose au maléfique Voldemort (Ralph Fiennes), qui aurait dû donner un face-à-face intense, soit trop vite expédiée. Ce dernier avait aussi été sous-traité dans Le Prince de Sang-mêlé, qui aurait pourtant dû éclairer les spectateurs sur son passé et sa nature tourmentée. Ce dernier épisode ne rendra pas le personnage de Voldemort plus fascinant, malgré les efforts de Fiennes et une plus grande présence à l'écran, mais on aura droit à un plan montrant que l'acteur semble enfin avoir bien compris son personnage : un regard horrifié, en larmes, lors du duel final car enfin vulnérable et toujours terrifié face à une mort qui pourrait cette fois être imminente. Néanmoins le dernier combat est inutilement rallongé (à la limite de l'absurde puisque cela nous amène à voir Voldemort en train de se battre "physiquement" avec son ennemi juré au lieu de le tuer), d'autant plus que sa conclusion est, de toute manière, baclée.  

            Le trio principal continue toujours à améliorer son jeu : Emma Watson (Hermione) évidemment car la plus talentueuse des trois, mais aussi Daniel Radcliffe (Harry Potter) et, surprise, Rupert Grint (Ron) qui arrive à ne pas être trop agaçant. Le reste des acteurs de la série reviennent donc tous faire un tour derrière la caméra, parfois le temps d'un « caméo » qui sera anonyme aux yeux des néophytes (Emma Thompson sur trois plans, le retour d'un des frères Winsley mais dont la sous-intrigue de sa traitrise a été purement et simplement éludée, l'apparition brutale et vite expédiée du frère jusqu'alors inconnu du directeur Dumbledore...). Yates essaye de redonner de l'importance au personnage du « faible » Neville Londubat qui avait été effacé de l'adaptation cinéma (la tragédie de ses parents a aussi été très intelligemment supprimé par le scénariste Steve Kloves). Pas de chance, la romancière J.K. Rowling en a fait l'un des alter ego de Harry Potter. Kloves n'a donc pas trouvé mieux pour symboliser son moment de gloire que de lui faire faire un discours visant à galvaniser des troupes désemparées face à la monstruosité du Mal. Gros moment de gêne en perspective où la série Harry Potter s'enfonce dans des méandres de niaiseries embarrassantes.   

             La saga se termine sur un épilogue assez étrange et pourtant bien à l'image de son adaptation. Ce qui constituait comme les dernières pages affreusement niaises et ridicules qui clôturaient une belle saga se transforme en une petite scène humoristique et nostalgique. Car oui, les maquillages visant à vieillir certains personnages de vingt ans ne sont pas du tout convaincants. Mais c'est justement la force de cette scène : reconnaître les acteurs que l'on a connu enfant devenir « adulte ». Il y a quelques choses de très touchant malgré tout qui s'y dégage. C'est à ce moment que l'on se souvient que l'on suit assidument cette histoire depuis dix ans, au rythme de près d'un épisode par année. Le fait de remettre à cet instant le thème initial et magnifique de John Williams, qui avait été remplacé après trois épisodes, y est surement pour quelque chose. D'autant plus que la partition d'Alexandre Desplat, qui cherche à battre le record du nombre de compositions originales annuel en ne changeant que quelques notes à chacune, est loin d'être mémorable.  

            Une scène finale qui est à la fois touchante mais peu convaincante, comme toute l'adaptation au final. Entre beaux moments et grandes déceptions. Après deux épisodes fidèles mais très classiques par Chris Columbus, la saga s'était élevée à un haut niveau avec le troisième épisode et très grand film mis en scène par le réalisateur des Fils de l'Homme, Alfonso Cuaron (peut-être la seule des adaptations à pouvoir rivaliser avec l'ouvrage original). Mais Cuaron n'ayant pas souhaité réitérer l'expérience, car ayant obtenu un poids suffisant, c'est Mike Newell qui a repris les rênes. Pour un quatrième épisode déjà plus mitigé qui, s'il réussissait à retranscrire convenablement les « grands moments », commençait déjà à sous-exploiter des personnages et à supprimer à la pelle des intrigues. L'arrivée de Yates accentua ce malheureux partis pris avec comme conséquence fâcheuse le massacre du meilleur livre (Le Prince de Sang-mêlé) ainsi que l'incapacité du metteur en scène britannique à réaliser dignement les climax des trois derniers opus. Au cours du générique de fin de cette seconde partie, avec la musique de Williams du premier film fermant ingénieusement la boucle, il y a une vraie tristesse qui se dégage : tristesse car c'est la fin d'une grande et surtout longue aventure. Tristesse aussi car le résultat n'a pas souvent été à la hauteur des espérances que l'on plaçait dans ces films. Mais une fois le générique clôt, il ne fait pourtant aucun doute : malgré ses très nombreux défauts, cette saga aura quand même réussie à marquer une génération de jeunes spectateurs.  

NOTE à 5 / 10

Warner Bros. FranceRalph Fiennes & Daniel Radcliffe. Warner Bros. France

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