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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Super 8

Paramount Pictures France

 - Titre original : Super 8 

 - Film américain sorti le 03 août 2011 

 - Réalisé par J.J. Abrams 

 - Avec Joel Courtney, Kyle Chandler, Elle Fanning,… 

 - Science-fiction   

              Eté 1979, dans une petite ville de l'Ohio. Alors qu'ils tournent un film en super 8, un groupe d'adolescents est témoin d'une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des évènements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité. Une vérité qu'aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer...

 

Gabriel Basso, Elle Fanning, Joel Courtney, Ryan Lee et Zach Mills. Paramount Pictures FranceParamount Pictures France 

            J.J. Abrams fait partie de cette catégorie de génies proclamées et acclamées par une grande partie de la communauté « geek » cette dernière décennie, au côté de figures aussi peu reluisantes que Robert Rodriguez ou Zack Snyder. Chacun de ses nouveaux projets déclenche un buzz monstrueux, fait l'objet d'une attente démesurée pour au final accoucher d'une souris. Bien qu'il ne soit pas aussi désastreux que les deux metteurs en scène susnommés, sa carrière se résume à quelques concepts mis en film ou série (le Cloverfield qu'il a produit et qui partait sur une base originale mais dont le format renforçait les incohérences et ne tenait pas la route sur plus d'une heure) et à un paquet de modernisations (de la série « Mission Impossible » avec un troisième opus assez quelconque, de « Star Trek »). Maintenant il s'attaque aux productions Amblin des années 70/80 qu'il souhaitait remettre au gout du jour tout en faisant un « vibrant hommage personnel ». 

            L'intention en soi n'est pas mauvaise. Elle est même rassurante au sein d'un été assez embarrassant qui sera composé majoritairement de grosses suites ou d'énièmes adaptations en demi-teinte de personnages de « comics ». Sauf que voilà : J.J. Abrams est surtout un calculateur roublard. Il avait créé un « buzz » hallucinant en cachant tout le tournage et le synopsis en évitant qu'aucun détail sur la créature ne vienne rendre hystérique la toile. A l'arrivée, on réalise surtout qu'Abrams fait preuve d'un immense sens de l'humour en ayant fait signer un contrat de confidentialité drastique à tous ses acteurs alors que l'histoire de Super 8 est en fait mondialement connu depuis 1982. En effet tous, mais alors absolument tous les éléments qui construisent le récit ont déjà été vu ailleurs et en mieux. Les grandes victimes du pillage ont pour nom E.T. et Rencontre du 3ème type de Steven Spielberg et les célèbres productions « eighties » de ce dernier : Gremlins de Joe Dante, Poltergeist de Tobe Hooper et Les Goonies de Richard Donner. 

            Le lieu de l'histoire ? Evidemment ces banlieues aux maisons identiques et symbole de l'« American Way of Life ». Le héros ? Un jeune garçon un peu « nerd » et timide sur les bords et fan de cinéma de genre. Sa situation familiale ? Douloureuse, la mère étant décédée quelques mois auparavant. De ce quotidien banal va évidemment surgir un fantastique involontairement salvateur afin d'amener les personnages à progresser, à s'améliorer et de remettre les choses dans l'ordre. C'est ce fantastique qui va subir le véritable changement par rapport à ces histoires réalisées vingt ans auparavant. Cette fois-ci le fantastique n'a pas la forme d'un extraterrestre « grossier » (dont la forme est peu complexe) ou pacifique. Le fantastique n'est plus merveilleux ou drôle (les « Gremlins » compensaient leurs monstruosité par leur caractère comique et anarchique qui réduisait en miettes le mythe américain, même les esprits dans Poltergeist étaient animés d'une certaine façon par des intentions louables). Ici, la créature a un aspect plus complexe, moins aimable. L'empathie pour elle est difficile malgré l'effort de J.J. Abrams de l'humaniser au cours d'un gros plan. La bête effrayante (entre l'araignée géante et le monstre de Cloverfield) s'attaque vraiment aux personnes et les tuent.   

            Sûrement cet éternel effet post-11/09 qui nous oblige depuis plus de dix ans à voir des films plus dépressifs les uns que les autres (l'argument « c'est dark » suffisant parfois à recevoir des louanges). Un film que Spielberg aurait pu réaliser à deux ou trois années près. Le spectre de sa Guerre des Mondes revient à plusieurs reprises. Le monstre est lui-même très proche d'un des dinosaures carnivores de son dyptique Jurassic Park (le même cri que le T-rex, une scène d'attaque de bus qui est similaire et infiniment inférieure à celle du convoi dans Le Monde Perdu). La touche Abrams est inexistante dans Super 8 et la similitude de ses souvenirs avec ceux du célèbre metteur en scène à casquette fait douter de la sincérité de la démarche. Au point de se demander si le vrai scénariste et metteur en scène de Super 8 n'est pas Spielberg lui-même. Mais si cela avait été le cas, Super 8 aurait été un petit Spielberg où ce dernier aurait redit en moins bien tous ce qu'il avait déjà plus brillamment montré auparavant. 

            Pour autant tout est-il à jeter ? Non évidemment, la recette ayant elle-même prouvé qu'elle était suffisamment excellente au point d'avoir donné naissance en quelques années à une poignée non négligeable de chefs-d'oeuvre. De même, Super 8 se place (malheureusement) comme le haut du panier de ce ballet traditionnel des blockbusters d'été décidément bien morne cette année. On peut retenir la séquence très impressionnante du déraillement du train de l'armée, à la fois grand et beau moment d'action vu du point de vue des enfants. On retiendra surtout les séquences plus terre-à-terre mené par de jeunes acteurs brillants, le duo principal Joel Courtney/Elle Fanning en tête. C'est entre eux deux que se jouent les plus belles scènes du film, portraits très justes et attachants des premiers émois amoureux (notamment lors des séquences de maquillage et une très belle scène où le personnage de Fanning imite un zombi un peu entreprenant devant un petit héros tout intimidé). On peut aussi mentionner le symbole « spielbergien » du médaillon laissé par la mère défunte à son fils qui donne lieu à quelques instants plutôt bouleversants, notamment vers la fin.  

            Les scènes de suspense sont aussi assez efficaces, jouant beaucoup sur le non-dit et « l'invisibilité » de la créature ; ce qui entraine une certaine déception lors de sa véritable et complète apparition. Super 8 est ainsi un film sur les peurs enfantines que le héros doit combattre dans le lieu même où elles se terrent. Le problème c'est qu'à côté de ces séquences réussies, se trouvent des scènes plus classiques et moins rythmées. Le rapport père et fils est sous-traité, au point d'être réglé en quelques minutes lors de la seconde partie du film, la relation conflictuelle entre le héros et son ami réalisateur joufflu est à peine esquissé,... Voulant passer par toutes les étapes obligés et popularisés du genre, Abrams n'arrive pas à pleinement structurer et équilibrer son récit. S'ajoute à cela un climax complètement raté qui n'arrive à aucun moment à retrouver la puissance émotionnelle et le merveilleux des finals d'E.T. et de Rencontre du 3ème Type. Enfin, la bande originale de Michael Giacchino est en totale cohérence avec l'ambition du projet : mélodieuse, dynamique, très voire trop proche du style de John Williams (mais qui le confirme bien comme son digne héritier).  

            Super 8 est donc, vu son ambition de départ, une grosse déception. Le film en lui-même n'est pas raté puisqu'il suit les consignes à la lettre et ne bouleverse aucun schéma. On voit ce que l'on souhaitait voir mais sans aucune plus-value ou nouveauté. Mais peut-on mettre la même note à quelqu'un qui a créé un style reconnaissable qui a marqué toute une génération de spectateurs et à l'opportuniste qui l'a platement copié ? C'est bien difficile car si le résultat est apparemment le même, l'un des deux a fait preuve d'originalité et d'inventivité tandis que l'autre essaye de s'attribuer les lauriers qui avaient été refusés à Spielberg (évidemment récompensé sur un film plus grave et sérieux), Hooper et surtout Dante, contraint de se battre pour réaliser un film qui ne sortira même pas en France. Néanmoins, grosse surprise lors du générique de fin : le film amateur réalisé par les enfants est projeté en intégralité. Il est évidemment infiniment plus sincère, généreux, drôle et nostalgique que le long-métrage d'Abrams. S'il y a bien une raison pour voir Super 8 c'est celle-ci.  

NOTE à 6 / 10

Joel Courtney, Elle Fanning et Ryan Lee. Paramount Pictures France

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