Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 19 août 2009
- Réalisé par Quentin Tarantino
- Avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz,
- Guerre, Comédie
Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldat juifs américains pour mener des actions punitives sanglantes contre les nazis. « Les bâtards », nom sous lequel leur ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget van Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich qui se réunissent lors de l'avant première d'un film de propagande. Leurs destins vont se jouer dans le cinéma de Shosanna où celle-ci est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle
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Il l'avait promis, il l'a fait. Tourné à une vitesse folle, Tarantino a réussi à présenter à temps son nouveau film pour le dernier festival de Cannes. Tiré d'un script qu'il murit depuis de très nombreuses années (à l'origine pour en faire une série), Inglourious Basterds marque la première incursion de Tarantino dans le film de guerre.
Etant vendu au départ, notamment par les diverses bandes annonces, comme un film défouloir et violent rendant hommage (encore une fois) aux films de série B, c'est donc avec une certaine surprise, et souvent avec une pointe de déception, que la Croisette découvrit que le nouveau film de Tarantino favorisait très nettement les longues scènes de dialogue au lieu de livrer une « boucherie cinématographique ». C'est là tout le paradoxe de la critique spécialisée : se plaignant que le fameux Tarantino ait décidé de les prendre à contre-pied et ainsi de privilégier dans Inglourious Basterds une certaine maturité et de faire preuve d'une extraordinaire maîtrise de la langue, elle se mettait alors à regretter le fameux bain de sang purement jouissif et décérébré (qu'elle n'aurait de toute manière pas plus apprécié). Il est à signaler aussi que, pleine d'une certaine mauvaise foi, les critiques n'ont pas fini de nous répéter que le film ne contenait que peu scène de violence (même qu'il était son film le plus calme). Après visionnage il est pourtant très clair que Tarantino a réalisé son film le plus gore (à l'exception du Kill Bill volume 1), pas tant en termes de longueur mais plutôt en intensité. Est-il besoin de le rappeler que la violence physique de Pulp Fiction se concentre sur une vingtaine de minutes lors de la confrontation entre Butch (Bruce Willis), Mr Marsellus Wallace (Ving Rhames) et un trio sadomaso complètement dingue ? Faut-il encore rappeler que Tarantino s'était abstenu de toute violence durant les 2h30 de Jackie Brown (de loin son film le plus maîtrisé avec Inglourious Basterds) ? Faut-il enfin rappeler que dans Boulevard de la Mort, la violence ne se situait, sur 2h30 de film encore une fois, que lors d'une très courte séquence d'accident au milieu du long métrage et durant son dernier quart d'heure ? Il serait enfin temps d'arrêter de limiter Quentin Tarantino à un réalisateur gamin qui s'extasie à la vue de la moindre goutte de sang et d'arrêter de le rattacher au mot « massacre » et « violence » à chaque fois que celui-ci sort un film. Cependant que les fans se rassurent car au programme il y a des scalps, de l'éclatement de crâne à coup de batte, et un final dantesque, qui n'est pas sans rappeler le massacre de Carrie au bal du diable de Brian de Palma, où tout l'état major nazi se fait zigouiller dans une explosion (et une fusillade en prime) dévastatrice.
Mais ce « gore » n'est qu'un ingrédient modeste de ce mélange des genres. Si le film semble au premier abord lorgner vers le film de guerre, il ne faut pas très longtemps au spectateur pour comprendre que la véritable référence est le western (d'ailleurs il n'y a que peu de fusillades et l'unique bataille auquel on assiste se déroule sur l'écran géant lors de la projection d'un film de propagande sur un héros de guerre, Fredrick Zoller interprété par Daniel Brühl, qui a tué à lui seul deux cents soldats ennemis). Et c'est justement cette inspiration envers le western spaghetti qui explique cette importance du dialogue. L'exemple le plus flagrant est cette fameuse séquence d'ouverture hitchcockienne, surement l'une des meilleures que Tarantino ait réalisé jusqu'à ce jour, où pendant près d'un quart d'heure on assiste à la discussion entre LaPadite, un fermier qui cache une famille de juifs, et le colonel Hans Landa, surnommé « le chasseur de juifs », qui les recherche. Toujours amical, celui-ci va doucement amener LaPadite à craquer et c'est par sa façon de changer de langue selon la situation qu'il finira par piéger la famille de Shosanna. En une quinzaine de minutes, Tarantino nous a reprouvé (même si on le savait déjà) qu'il était un réalisateur génial, qui utilise ces longs dialogues pour faire monter le suspense et ainsi atteindre un paroxysme final d'une violence terrifiante (on peut rapprocher cette scène à celle dans Pulp Fiction, où Vincent et Jules vont à la rencontre d'un groupe de jeunes escrocs qui ont tenté de voler leur patron, Marsellus Wallace, ou encore le long final de Kill Bill volume 2). L'autre particularité d'Inglourious Basterds est justement cette volonté de respecter les différentes langues selon les nationalités (à l'inverse d'un Walkyrie qui représentait un III Reich anglophone). En plus de cette audace (les américains n'ayant semble-t-il pas un intérêt marqué pour les films à sous-titres), Tarantino se sert de ces nombreux langages pour créer un effet de suspense, comme lorsque le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) doit se faire passer pour un italien, alors qu'il ne parle pas un mot de cette langue, face à un Landa parfaitement bilingue (en fait il est plutôt quadrilingue). La scène a un double effet, comique (car, aussi surprenant que cela puisse paraitre, s'il fallait donner un genre prédominant dans Inglourious Basterds ce serait la comédie) mais aussi terrifiant, car si Hans Landa est aussi fort c'est par son habileté à s'adapter, à changer de discours. Tous ceux qui n'arrivent pas à le suivre finissent par mourir (mais ce n'est jamais lui qui tue de ses propres mains, à l'exception d'une fois). C'est aussi le cas de tout le quatrième chapitre « Opération Kino », le film en compte cinq, qui se passe presque uniquement dans une petite taverne où des espions anglais se font passer pour allemand. C'est par une simple erreur de langage (les signes dans ce cas précis) que toute l'auberge va s'entretuer.
Le dernier aspect passionnant d'Inglourious Basterds est bien entendu le fait qu'il condense à merveille tout le style de Tarantino, et non messieurs les critiques, il ne refait pas le même film en moins bon mais il synthétise toute son oeuvre (et c'est pourtant les mêmes qui sont les premiers à citer Renoir lorsqu'il disait qu'un cinéaste refaisait toute sa vie le même film). Alors effectivement on retrouve de nombreux points communs avec ses oeuvres, comme la longue scène de la taverne qui n'est pas sans rappeler son premier film Reservoir Dogs ; comme le personnage de Shosanna dont la quête est assez semblable à celle de la Mariée dans le dyptique Kill Bill ; comme les innombrables hommages cinéphiles présent dans tous ses films (à ceci près que tout tourne autour du cinéma dans Inglourious Basterds) ; comme la bande originale choisie par Tarantino qui, si elle est majoritairement composé de musiques « classiques » d'Ennio Morricone tirées de nombreux films de westerns, n'hésite pas à lancer « Cat People » de David Bowie ; et enfin comme les nombreuses incohérences historique qui montre une profonde envie de liberté pour Tarantino, qui se permettra de réécrire complètement l'Histoire grâce à l'intervention du cinéma. Un message touchant et naïf mais qui est quand même le premier engagement d'un cinéaste qui prend plus de risque que jamais, pour enfin dire des choses au spectateur tout en évitant de faire de l'esbroufe en terme de mise en scène (sans pour autant s'abandonner à une mise en scène académique).
Brisant encore une fois les règles, Tarantino semble maintenant avoir atteint une certaine maturité dans sa réalisation, évitant ainsi l'indigestion d'effets de style (ce qu'il avait atteint avec le trop long Boulevard de la Mort qui se complaisait un peu trop dans l'hommage et les références cinéphiles). Tarantino n'a jamais semblé aussi à l'aise, les acteurs s'en donne à coeur joie, surtout Christoph Waltz absolument génial, effrayant parce que bien trop aimable pour être honnête et qui mérite pleinement son prix d'interprétation à Cannes, des décors magnifiques, une photographie travaillée, une bande son jouissive,... Tarantino se permet même à la fin de dire, par le biais de Brad Pitt, « Cela pourrait être mon chef d'oeuvre ». Inglourious Basterds est un chef d'oeuvre, cest certain. Mais pas l'unique. Juste un énième d'une longue série.
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