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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Un Prophète

                                                    UGC Distribution

 - Film français sorti le 26 août 2009

 - Réalisé par Jacques Audiard

 - Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif,…

 - Policier, Drame

          Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il parait plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans. D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des « missions », il s'endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...

 

Tahar Rahim. Roger ArpajouNiels Arestrup et Tahar Rahim. Roger Arpajou

          Le dernier film de Jacques Audiard a beaucoup fait parler de lui depuis sa présentation à Cannes, la « claque du festival » semblait déjà prédisposée à avoir la palme d'or alors que la moitié des films en compétition n'avait pas encore été projeté. Il faut cependant toujours se méfier des réactions démesurées de Cannes (comme pour le pseudo scandale sur Antichrist) et reconnaitre que, si le sujet d'Un Prophète est original et bien maîtrisé si l'on observe la majorité de la production française, il n'atteint pas non plus le niveau d'un Midnight Express, d'un film de gangster de Scorsese ou du Scarface de Brian de Palma dont il est paradoxalement assez proche.

          Mais là où Scarface était une tragédie antique kitsch sur la chute d'un « gosse » dans un corps d'adulte, Un Prophète est un film bien plus « optimiste » qui retrace le passage adulte d'une jeune frappe en un puissant caïd. Par contre les deux films possèdent à peu près le même schéma (excepté l'étape finale que retraçait Scarface, c'est-à-dire la chute inéluctable) : caïd insignifiant qui s'introduit dans le monde de la mafia par un meurtre commandité, petits boulots à la demande d'un gangster puissant, montée en puissance du jeune caïd qui construit son propre réseau et, l'étape obligatoire, le renversement du mafieux « supérieur » pour prendre sa place. Le scénario d'origine était d'ailleurs plus proche du film de Brian de Palma, jusqu'à ce qu'Audiard décide de faire du héros une sorte de victime, quelqu'un qui subit (du moins au départ). Mais la plus grande différence entre ces deux films est la mise en scène : Brian de Palma, les eighties oblige, avait exacerbé le mauvais gout de l'époque à son maximum (niveau décors, costumes, coiffures, couleurs, musique disco, coke à foison,...) en utilisant une réalisation baroque et grandiloquente (beaucoup de long plan-séquences et de grues). A l'inverse, Un Prophète se veut réaliste avec des couleurs ternes, très sombre, une caméra à l'épaule et un montage rapide et efficace. D'une certaine façon on pourrait dire en fin de compte que cette mise en scène n'est pas si originale que le clamaient (presque) tous les critiques après Cannes puisqu'il est presque copié aux films d'action et aux thrillers actuels (sans compter les nombreuses séries télévisée qui ont utilisé ces procédés pour faire plus réaliste et tendues). 

          Mais peu importe si Jacques Audiard n'a pas encore atteint le niveau d'un Scorsese ou d'un Brian de Palma (du moins jusqu'à L'Impasse inclus), puisqu'il est sans conteste l'un des réalisateur français les plus talentueux du moment. Le scénario, typiquement « américain » mais qui s'adapte parfaitement aux prisons françaises, est particulièrement riche en rebondissements et en grands moments de tension comme la formidable et insupportable scène du premier meurtre. Mais le plus grand atout d'Un Prophète, celui qui lui donne son statut de « grand film », c'est sa très forte confrontation entre un jeune « arabe », joué par l'incroyable révélation française Tahar Rahim, qu'on qualifie déjà de « Pacino français » (il bénéficie d'un rôle assez proche à ce dernier dans Scarface mais aussi celui, plus mesuré, du Parrain), et un parrain corse qui dirige la prison, interprété par un effrayant Niels Arestrup, un vieil homme à la fois calme, paternel mais qui est aussi capable d'un déferlement de violence stupéfiant. Le fil rouge du film est alors la question de l'identité, c'est-à-dire l'abandon du statut d'« arabe » par Malik, qui va presque devenir corse en apprenant leur langue, avant de revenir dans son « clan » d'origine en tant que chef, en tant que « prophète », qu'icône, puisqu'il aura fait chuter le clan adversaire. Malik est un personnage complexe, faible et seul au départ, et il sera hanté pendant un long moment par « le fantôme », préférons le « souvenir » de ce premier meurtre (l'aspect fantastique étant le point le plus négatif du film car complètement mineur, inutile voire même déplacé, tout comme l'épisode du cerf que « prévoit » Malik). Ce n'est qu'après avoir tué de nouveau (mais cette fois-ci de sa propre initiative) et ainsi avoir « doublé » son propre maître qu'il sera enfin libéré des apparitions récurrentes de sa première victime.

         Le film se finira de manière assez amorale puisque c'est par son séjour en prison que Malik « sortira un peu moins con que lorsqu'il est rentré » en devenant un caïd important possédant un réseau solide. Politiquement incorrect, Jacques Audiard ne soutient pourtant pas que cette issue soit optimiste, bien au contraire, car il n'y a pas d'émotions, de soulagement dans ces derniers plans plutôt un sentiment d'oppression face à ses nombreux 4x4s qui suivent Malik (pourtant à pied). La scène n'est d'ailleurs pas sans rappeler la séquence finale du Parrain, où Pacino, arrivé à son plus haut niveau, celui de son père/maître décédé, qui est embrassé et appelé Don Corleone par ses nouveaux hommes de main alors qu'il vient de mentir sans sourciller à sa femme. Ultime référence qui permet de confirmer le statut de « chef d'oeuvre » pour Un Prophète

* * * *                                                                                           

Tahar Rahim. Roger Arpajou

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