Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 06 octobre 2010
- Réalisé par Gregg Araki
- Avec Thomas Dekker, Juno Temple, Roxane Mesquida,
- Comédie
Smith mène une vie tranquille sur le campus - il traine avec sa meilleure amie, l'insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet - jusqu'à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l'effet de « space cookies » ingérés à une fête, Smith est persuadé d'avoir assisté à l'horrible meurtre de la Fille Rousse énigmatique qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s'enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l'humanité...
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S'il y avait eu une petite sensation à Cannes l'année dernière, c'était sans aucun doute la projection hors compétition du dernier film de Gregg Araki, Kaboom. Et les quelques images disponibles sur la toile nous laissaient effectivement présager un film fun, déjanté, avec une insolence et un humour mordant sur la sexualité des adolescents. Sauf qu'en réalité, Kaboom n'est rien de moins qu'une gigantesque arnaque.
Alors oui les vingt premières minutes sont assez dynamiques par leur rythme, les dialogues assez bien écrits, les gags souvent drôles,... Le premier problème c'est que tous ces moments sont visibles dans les quelques teasers qui étaient sortis. Le second problème, c'est qu'après ces vingt premières minutes assez prometteuses, le film d'Araki finit par se dégonfler comme un ballon de baudruche. Car très rapidement, la mécanique du film tourne à vide. A force de vouloir mettre n'importe quels délires, l'histoire en devient complètement aberrante. On ne peut que décrocher face à cette intrigue en totale roue libre, qui donne l'impression qu'elle a été complètement improvisée lors de son écriture par un réalisateur qui n'avait pas la moindre idée où il allait aboutir. On assiste en plus à un pompage intégral des oeuvres de Lynch (ça fait toujours chic et ça permet de se faire bien voir par les hautes instances de la critique) avec l'arrivée par exemple d'une sorcière accro au saphisme ou de membres d'une secte farfelue où l'on porte des masques d'animaux.
Entre ces éléments pseudo-horrifiques qui peinent à faire naître un quelconque suspense et alors qu'on a déjà refusé de suivre l'histoire depuis un bon quart d'heure, on assiste à des extraits pas toujours très liés d'une fausse « sitcom » subversive sur la sexualité des jeunes. Car à part un langage un peu cru, rien qui n'ait cependant pas déjà été dit de nombreuses fois dans d'autres films, Kaboom se révèle d'une pudibonderie assez hallucinante par rapport à son ambition. Quelques paires de fesses et de seins mais à part ça, la plupart des scènes de sexe sont filmés en gros plan, histoire de pas trop en montrer, voire parfois carrément éludés. Et ce, même si Araki s'acharne à nous lister toutes les possibilités : hétérosexualité, homosexualité masculine et féminine, masturbation, trio,... Tout ça pour pas grand-chose en fin de compte puisqu'on aboutit à un résultat d'une belle consensualité qui peine à masquer, par son sujet « osé » et son côté « pop foufou », le fait que le film ne raconte rien, ne véhicule rien, ne questionne rien et qu'il est en fin de compte dune inutilité consternante.
Donc malgré les vingt premières minutes où Araki fait illusion, et où il faut reconnaître qu'on est un temps séduit par des dialogues assez humoristiques, le film se transforme en un « gloubi-boulga » indigeste. Les acteurs peinent à faire croire à leur personnages caricaturaux qui se limite à quelques particularités censées définir toutes leur personnalité. Notons toutefois que Thomas Dekker, qui interprète le héros, fait exception à la règle et s'en tire sans trop de dommage. Mais ce ne sont pas les acteurs qu'il faut le plus blâmer. Car si Kaboom n'est déjà pas du tout intéressant par sa trame scénaristique, Araki ne fait rien pour la dépasser. La mise en scène n'est absolument pas inspirée et se contente souvent de faire apparaître plein de couleurs, encore une fois pour faire « pop » et cool. Et dans un film qui veut distiller une ambiance « sous acide », Araki se limite à des effets de flou pour faire partager au spectateur l'effet des « trips » des différents protagonistes ; on est donc très loin de l'inventivité et de l'audace esthétique d'un long-métrage comme le récent Enter the Void de Gaspar Noé.
Mais outre le fait que le film fasse une très vague critique des « sitcoms », en adoptant l'esthétique policée des publicités afin de vaguement montrer leur vacuité et leur aspect fallacieux, la grande erreur de Kaboom est qu'il essaye de donner une raison au capharnaüm intégral qu'il montre. Si encore Araki avait fait passer son film pour un « bad trip », qui aurait symbolisé le malaise des jeunes et le déchainement des sentiments et sensations qu'ils éprouvent, mais les dix dernières minutes sont assez accablantes. Le réalisateur essaye de donner une « cohérence » à tous les éléments, y compris les plus fantastiques comme la sorcière libidineuse. Le tout à coups de twist aberrants et de « secte secrète voulant dominer le monde ». L'effet est aussi désastreux que si Lynch avait, dans une séquence finale, un sens aux évènements de Mulholland Drive. Le tout est expédié en une dizaine de minutes sans que le réalisateur et surtout les spectateurs n'arrivent à y croire. Deux possibilités : soit Araki n'a pas confiance dans son histoire déjà assez risible à la base pour qu'il l'affuble d'une conclusion aussi lamentable et bâclée ; soit il se fiche carrément de nous, pauvres spectateurs, qui venons de payer sept euros pour voir son « oeuvre d'art » incohérente, puérile, nombriliste et mal faite mais qui doit être d'une profondeur telle que nous ne pouvons que nous incliner devant son génie, et ce, même si on n'y voit que du vide (décrétée par une presse qui a dû tout comprendre à ce bazar et y voir quelque chose de visionnaire).
Grosse déception donc pour ce film de Gregg Araki, qui s'annonçait pourtant assez prometteur. Mais l'efficacité, le dynamisme, l'humour et la subversion attendue ne sont pas au rendez-vous et sont malheureusement remplacés par une prétention assez insupportable, une réflexion quasi-absente que ce soit du sujet ou de la forme du film et un manque évident de travail au niveau du scénario. Un pétard mouillé qui, en plus de se regarder le nombril constamment, brasse plein de truc sans en approfondir un seul et aboutit inévitablement... à rien.
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