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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Laisse-moi entrer

                                                    

 - Film américain sorti le 06 octobre 2010

 - Réalisé par Matt Reeves

 - Avec Kodi Smit-McPhee, Chloe Moretz, Richard Jenkins,…

 - Epouvante-horreur

            Abby, une mystérieuse fille de 12 ans, vient d'emménager dans l'appartement à côté de celui où vit Owen. Lui est marginal, il vit seul avec sa mère, et est constamment martyrisé par les garçons de sa classe. Dans son isolement, il s'attache à sa nouvelle voisine qu'il trouve si différente des autres personnes qu'il connait. Alors que l'arrivée d'Abby dans le quartier coïncide avec une série de meurtres inexplicables et de disparitions mystérieuses, Owen comprend que l'innocente jeune fille est un vampire. 

Chloe Moretz. Metropolitan FilmExportChloe Moretz et Kodi Smit-McPhee. Metropolitan FilmExport

            L'année dernière était sorti Morse, un petit film de vampires suédois comme toujours extrêmement bien distribué dans notre beau pays (ça s'appelle l'exception culturelle française). Malgré son succès public assez relatif, les personnes ayant eu la chance de ne pas passer à côté et qui avait l'opportunité d'avoir une salle le diffusant près de chez eux n'avaient qu'un seul mot à la bouche : une claque. L'annonce d'un remake américain quelques mois après avait fait grincer à juste titre les dents de nombreux cinéphiles, le film étant de toute façon aussi bien distribué là-bas qu'en France. N'ayant pas (encore) vu le film de Thomas Alfredson, il m'est cependant difficile de comparer les deux.  

            Néanmoins prenons simplement le film, qui n'est vraiment pas dénué de qualités. D'abord la transposition de l'histoire vers l''Amérique des années 80 est un parti pris des plus intéressants, et ce à plus d'un titre. D'abord cela permet au film de Matt Reeves de se démarquer légèrement du roman et du film qui le précède. Cela donne aussi une note autobiographique voulue, le réalisateur ayant grandi à la même période que les deux protagonistes et revendiquant la ressemblance qu'il avait avec le personnage du jeune garçon. Mais cela permet surtout de changer complètement le contexte en replaçant l'intrigue sous l'ère Reagan et sa « lutte entre le bien et le mal », dont on voit d'ailleurs un discours dans les cinq premières minutes. Certes les deux notions sont probablement plus distinctes que dans les versions suédoises, on est quand même dans un film qui se veut plus grand public (quoique...), mais elle permet de questionner les idéaux d'une Amérique dépressive et de l'omniprésence étouffante du religieux. 

            Il est de bon ton de considérer que faire un remake est une démarche purement opportuniste. En fait ces projets, et particulièrement Laisse-moi entrer, sont souvent des entreprises suicidaires. Le projet de Reeves aurait vu le jour près d'un an avant la sortie de Morse, alors qu'il était projeté dans quelques festivals. Il n'y avait donc aucune certitude pour que le film d'Alfredson marche au box-office et qu'il ait une bonne réception critique. Mais le problème vient surtout de la trop grande proximité temporelle des deux long-métrages qui donne l'impression que Laisse-moi entrer s'inscrit dans la longue liste des remakes qui ont pour but de remplacer le film original par une copie hollywoodienne à destination du grand public américain. Le lynchage à sa sortie était évident et inévitable, et pas sûr que ce soit la meilleure option pour Reeves qui venait de bénéficier du grand succès de Cloverfield, son premier film mélangeant documentaire et film de monstre géant. Reeves avait plutôt tout à y perdre et pourtant il s'est plongé intégralement dans le projet au point de travailler lui-même le scénario. Preuve s'il en est que le projet lui tenait à coeur et que l'histoire le touchait. 

            De plus, Laisse-moi entrer se démarque des récents films de vampire américains et refuse de céder aux standards que sont les Twilight et consort afin de garder une grande fidélité au matériau d'origine. Et d'ailleurs on peut noter le peu d'effets spéciaux numériques et la réalisation très sobre. Ce qui n'empêche pas Matt Reeves d'instaurer une excellente ambiance oppressante par le biais de nombreuses idées de mise en scène pertinentes et une photographie très sombre, avec une prédominance du noir, du blanc et de l'orange. Le film ne cède pas non plus à un autre aspect du syndrome Twilight : il refuse de traiter son sujet très sombre en faisant une concession sur la violence et le sang pour que le film soit vraiment grand public (le résultat est d'ailleurs sans appel puisque le film s'est complètement planté au box office américain). Mais si le film contient sa ration de moments sanglants, Reeves favorise d'avantage le suspense et l'imagination ; la nature d'Abby et son origine ne sont par exemple que rarement évoqués, faisant d'elle une sorte de « symbole ». 

            Mais le film fonctionne surtout par l'alchimie et le talent des deux jeunes acteurs principaux. Car si la présence de Richard Jenkins et d'Elias Koteas est assez inattendu dans un tel projet et un gage de qualité et d'audace pour le long-métrage de Reeves, Laisse-moi entrer permet surtout à deux des jeunes acteurs les plus prometteurs du moment de montrer l'étendue et la subtilité de leurs jeux. Le premier est Kodi Smit-McPhee qui interprète Owen, le jeune garçon martyrisé ivre de vengeance mais incapable de passer à l'acte et de s'abandonner au mal. Si l'acteur est des plus prometteurs c'est notamment par sa participation sidérante au côté de Viggo Mortensen dans La Route de John Hillcoat. Là encore il refuse de céder aux nombreux clichés qui se retrouvent dans de trop nombreux portraits d'enfants, souvent faits par des adultes qui ont oublié qu'ils avaient été un jour jeunes. Il ne cède jamais à la mièvrerie et arrive à insuffler une grande noirceur à son personnage. Il est entre autres absolument terrifiant lorsqu'il se lance dans une imitation d'un « serial killer » afin de déverser toute la haine qu'il a en lui. Il arrive parfaitement à doser ce mélange délicat entre une fragilité, une naïveté évidente et un côté plus ambigu et angoissant. La seconde n'est autre que Chloe « Hit Girl » Moretz, déjà époustouflante dans le film de Vaughn. Elle refuse encore une fois les rôles faciles de gentille petite fille. De manière assez subtile, elle arrive à insuffler à son personnage un aspect mystérieux et à rendre perceptible une douleur intérieure assez forte dû à sa malédiction.  

            Les personnages étant complémentaires et chacun ayant des parts d'ombre refoulées du mieux qu'ils le peuvent, la réussite de Laisse-moi entrer tient donc avant toute chose à la réussite et la crédibilité du duo principal. Cela vient notamment du jeu analogue des deux acteurs principaux et d'une complicité bien perceptible à l'écran. Car plus qu'un film d'horreur ou fantastique, Laisse-moi entrer est bien entendu en premier lieu une histoire d'amour. Voyeurisme, éveil à la sexualité, séparation avec les parents (impersonnels dans le cas d'Owen puisqu'on ne voit jamais leur visage), rage contenue un temps avant son inévitable explosion,... Matt Reeves filme, par cette histoire de « premier amour », la « perversion » de l'enfance, dans le sens où l'enfant y perd justement la pureté qui le caractérise. Laisse-moi entrer est donc un film sur le passage à l'âge adulte. Cette initiation d'Owen, par sa première vraie relation avec une personne du sexe opposé autre que sa mère, ne doit se terminer que par l'expression de toutes ses pulsions violentes (de mort notamment) qu'il avait caché au fond de lui. Une explosion d'une grande violence qui ne se fera pourtant pas toute seule mais par l'aide libératrice de cet « autre ». Et en inversant le schéma habituel, faisant de la fille la protectrice du jeune garçon, Reeves filme à la fois un carnage terrifiant avec l'incroyable scène de la piscine et une sublime preuve d'amour et de complémentarité entre deux êtres. 

            Laisse-moi entrer n'est peut-être pas à la hauteur du film original mais il dispose de suffisamment d'atouts propres pour qu'il puisse exister par lui-même. Belle mise en scène, interprétations subtiles et touchantes, bande originale envoutante par un Giacchino en forme... Le film de Reeves est une belle histoire d'amour qui apporte du sang neuf au cinéma vampirique américain terni par la ridicule série Twilight. On pourra toujours contester la démarche, mais un remake réussi qui donne vraiment envie de découvrir le(s) oeuvre(s) dont il s'inspire est bien préférable à un remake raté qui dégoute le spectateur de toute tentative de découverte du matériau d'origine. Et c'est toujours ça de pris. 

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Chloe Moretz et Kodi Smit-McPhee. Metropolitan FilmExportKodi Smit-McPhee. Metropolitan FilmExport

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