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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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L'Affaire Farewell

                                                   Pathé Distribution

 - Film français sorti le 23 septembre 2009

 - Réalisé par Christian Carion

 - Avec Emir Kusturica, Guillaume Canet, Alexandra Maria Lara,…

 - Thriller, Historique, Drame

          A Moscou, au début des années 80, en pleine Guerre Froide, Sergueï Grigoriev, colonel du KGB déçu du régime de son pays, décide de faire tomber le système. Il prend contact avec un jeune ingénieur français en poste à Moscou, Pierre Froment. Les informations extrêmement confidentielles qu'il lui remet ne tardent pas à intéresser les services secrets occidentaux. Mitterrand lui-même est alerté et décide d'informer le président Reagan : un gigantesque réseau d'espionnage permet aux Soviétiques de tout connaître des recherches scientifiques, industrielles et militaires à l'Ouest. Les deux hommes d'Etat décident d'exploiter ces données ultra sensibles transmises par une mystérieuse source moscovite que les Français ont baptisée : « Farewell ». Homme sans histoires, Pierre Froment se retrouve alors précipité au coeur de l'une des affaires d'espionnage les plus stupéfiantes du XXème siècle. Une affaire qui le dépasse et qui menace bientôt sa vie et celle de sa famille…

 

Emir Kusturica et Guillaume Canet. Pathé DistributionGuillaume Canet et Alexandra Maria Lara. Pathé Distribution

         Un film d'espionnage français avec Guillaume Canet... Tout de suite on ne peut s'empêcher de penser au film Espion(s) sorti quelques mois plus tôt. Mais cependant les deux films sont nettement distincts, tout d'abord par leur mise en scène. Si le film de Nicolas Saada privilégiait une réalisation nerveuse, réaliste, « caméra à l'épaule », L'Affaire Farewell favorise la reconstitution classique et scrupuleuse. De ce point de vue, le film est plutôt réussi puisqu'il montre l'URSS sous un angle assez crédible et instaure un climat de paranoïa plutôt efficace. La photographie est élégante mais souffre d'un trop grand classicisme, ce qui plombe alors le film puisqu'il accuse dès le début, par sa forme déjà, un très désagréable sentiment de « déjà vu ». La mise en scène n'est que très rarement audacieuse, le montage ne favorisera pas une certaine dynamique.

          Pour ce qui est du casting, Espion(s) et L'Affaire Farewell diffère nettement car là où le premier évitait les têtes connues (à l'exception notable de Canet), le second possède un casting international et où la majorité des acteurs ont fait leur preuve : Guillaume Canet bien sûr mais aussi, le vrai premier rôle du film, le réalisateur-acteur Emir Kusturica très crédible en agent du KGB qui va « passer à l'ouest », l'actrice Alexandra Maria Lara qu'on a vu dans pas mal de films dernièrement (L'Homme sans âge, La Bande à Baader, The Reader et L'Affaire Farewell en deux ans), Niels Arestrup (époustouflant dans Un Prophète et dans les courtes apparition qu'il fait dans le film de Carion), Willem Dafoe (génial comme toujours et que l'on avait vu auparavant dans Antichrist en juin mais aussi et surtout dans Platoon, Le Patient Anglais, Sailor et Lula ou en Bouffon vert dans Spiderman) et même un surprenant David Soul en conseiller du président Reagan (un rôle trop court mais qui rend l'interprète de Hutch de la série culte « Starsky et Hutch » complètement méconnaissable). L'interprétation est donc de qualité y compris pour les interprètes de Mitterrand et de Reagan qui réussissent à éviter de tomber dans le ridicule.

          Mais le grand point commun entre L'Affaire Farewell et Espion(s), mais qui est à la fois son atout et son défaut, est la préférence donnée non pas à l'intrigue principal mais à la vie privée des deux espions, l'affaire farewell est d'ailleurs un peu trop mise au second plan et même son « contenu » et sa résolution ne possèdent que peu d'intérêt. L'Affaire Farewell, tout comme Espion(s), n'est pas vraiment un film d'espionnage, du moins en termes d'efficacité et de suspense (même dans les vingt dernières minutes peinent à donner un peu plus de rythme et de tension avec la tentative de fuite de Pierre et de sa famille). Carion préfère se focaliser sur les personnages et surtout sur les deux personnages principaux et des choix qu'ils vont devoir faire, choix obligatoire par une omniprésente confrontation entre la sphère privée (famille, vie « insignifiante » de ces deux hommes) et la sphère public (une affaire qui dépasse les deux héros, qui sont contrôlés par les services secrets américains et français et qui les exposent aux KGB).

          Si les personnages féminins sont parfois un peu trop laissés de côté, L'Affaire Farewell arrive malgré tout à tenir un certain équilibre entre la trame intimiste et l'affaire d’espionnage trop importante pour ces « petits hommes ». S'il y a parfois quelques lenteurs, notamment dans le deuxième tiers du film, Carion arrive à faire un film à la fois intelligent et émouvant, qui s'oublie rapidement mais qui permet au moins au spectateur de passer un agréable moment (c'est déjà ça).

* *  * * 

Emir Kusturica. Pathé Distribution

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