Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 04 février 2009
- Réalisé par David Fincher
- avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Tilda Swinton,
- Drame, Fantastique, Romance
« Curieux destin que le mien... ». Ainsi commence l'étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à la Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. C'est l'histoire d'un homme hors du commun, de ses rencontres, ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l'emprise du temps...
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Cela faisait plusieurs années que l'on entendait parler de Benjamin Button. Plusieurs fois repoussés, on allait jusqu'à se demander si le film sortirait un jour. Il arrive enfin en ce début d'année 2009, avec pas moins de 13 nominations aux Oscars. Si David Fincher avait déjà commencé à prendre un sérieux virage dans sa filmographie avec Zodiac, il abandonne totalement le thriller avec L'Etrange histoire de Benjamin Button pour la romance et la fresque historique.
Comme pour son précédant film, Zodiac, David Fincher refait dans la durée, pourtant ayant parait-il déjà amputé son film d'une demi-heure. Encore une fois Fincher réussit à ne pas nous ennuyer une seule seconde, mais cela n'est pas surprenant tant l'histoire s'annonçait passionnante. Il y retrouve pour la troisième fois Brad Pitt, qui vient surement d'atteindre un sommet dans sa carrière, on peut même se risquer à dire que Brad Pitt vient de jouer le rôle de sa vie. Complètement débarrassé de son statut de « sex-symbol » pour prendre celui de « légende du 7ème art », il illumine tout le film d'une interprétation juste, sobre mais toujours émouvante. A ses cotés les autres acteurs, mais surtout les actrices, sont tous aussi excellents. Inutile de s'attarder sur Cate Blanchett, l'une des plus grandes actrices américaines de ces dix dernières années. A la fois fragile et complexe, elle interprète Daisy, une femme idéalisée, pure, parfaite, séduisante qui sera marqué par un destin à la fois tragique et optimiste. Une autre figure féminine apparait dans le film, Tilda Swinton, une actrice montante particulièrement passionnante et fascinante. Cette dernière incarne Elisabeth Abbott, la femme d'un diplomate que Benjamin Button rencontrera durant plusieurs nuits dans un hôtel russe et avec qui il entretiendra une liaison qui peut être vue comme la première de Benjamin, celle qui l'initiera à l'amour et lui causera son premier chagrin. Les autres personnages sont tout aussi passionnants, que ce soit Queenie, interprété par Taraji P.Henson, une femme noire s'occupant d'une maison de retraite et qui adoptera Benjamin (parce qu'elle est aussi touché par le rejet en tant que femme noire ?) ; le père de Benjamin, joué par Jason Flemyng, d'abord honteux de son fils qu'il abandonnera, puis honteux de sa propre conduite où il essayera de se réconcilier avec lui en lui donnant une identité et un héritage ; et enfin le capitaine Mike, interprété par Jared Harris, est un personnage tragique, qui essaye en devenant « un artiste » de ne pas ressembler à son matelot de père.
L'Etrange histoire de Benjamin Button est un film très riche, très complexe, mais qui réussit l'exploit de ne pas se noyer sous tous ses évènements, il ne survole jamais son sujet sauf peut-être lorsque Benjamin est enfant. Fincher se concentre d'avantage sur cette impossibilité d'aimer qu'éprouve Benjamin et sur la manière dont il tentera vainement de vivre avec Daisy une vie normale. Benjamin passera par toutes les étapes de la vie, même si la sienne se déroule à l'envers : le meilleur exemple est la scène où il apprend à se lever de son fauteuil roulant pour faire ses premiers pas comme s'il était un bébé. Devenant de plus en plus jeune, il apprendra à boire, il aura sa première cuite, apprendra à travailler, à coucher avec une femme, à aimer, à prendre ses responsabilités... Le réalisateur prend un point de vue assez pessimiste, avec le personnage de Daisy particulièrement qui va être obligé de renoncer à ses rêves, et en utilisant pour cadre durant les quarante premières minutes une maison de retraite où il montre la fragilité de la vie et l'omniprésence de la mort. Le film est d'ailleurs ponctué de ces disparitions, Benjamin perdant un à un ses amis et se retrouvant toujours seul. Mais David Fincher n'exclut pas l'humour, avec par exemple le gag récurrent du gars frappé par la foudre, et joue sur le décalage entre Benjamin et les « gens normaux ». Fincher y rajoute même une forme de sensualité, d'érotisme dans quelques scènes, notamment celle où Daisy danse pour séduire Benjamin tout en lui racontant l'intérêt saphique que lui portent certaines danseuses.
Sur le plan technique c'est un sans faute, cela faisait longtemps que l'on n'avait pas vu des images aussi belles, et les effets visuels n'atténuent à aucun moment l'émotion. On peut par contre se fatiguer de l'utilisation abusive des flashbacks, mais elle ne prendra sens que vers le troisième tiers du film. Et même si L'Etrange histoire de Benjamin Button est, au même titre que Forrest Gump, une fresque sur l'histoire de l'Amérique, Fincher ne s'appesantit pas trop sur les évènements qui ont marqué ce siècle et ne dévie donc pas de son sujet. La seconde partie du film est d'ailleurs la plus intéressante car elle se focalise sur la relation entre Benjamin Button et Daisy et l'arrivée inattendue d'un bébé qui va amener Benjamin à se confronter à un rôle de père alors qu'il finira par avoir le même âge que son enfant, aspect qui n'avait pas été assez exploitée dans la nouvelle.
Beaucoup de personnes (surtout des fans de Fincher et de ses films Seven et Fight Club) qualifieront ce film de classique et considéreront que Fincher y a perdu son style. Mais bien d'autres trouveront que ce dernier a en réalisant ce film, certes populaire, mûrit ce que l'on pouvait déjà voir avec Zodiac, mais qu'il a surtout réussit à montrer qu'il sait se diversifier.
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