Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Titre original : Clash of the Titans 2 – Wrath of the Titans
Film américain sorti le 28 mars 2012
Réalisé par Jonathan Liebesman
Avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes,…
Aventure, Fantastique, Action
Dix ans après avoir vaincu le monstre Kraken, au terme d'une bataille héroïque, Persée, demi-dieu et fils de Zeus, tente de mener une vie paisible dans un village où il est pêcheur et s'occupe, seul, de son fils de dix ans, Hélius. Mais Persée ne se doute pas que les dieux se sont engagés dans une lutte de pouvoir qui menace son existence tranquille. Affaiblis par le manque de dévotion des hommes, les dieux risquent bien de perdre leur immortalité et de ne plus pouvoir garder le contrôle sur leurs redoutables prisonniers, les Titans, et leur chef cruel, Kronos, père de Zeus, de Hadès et de Poséidon : les trois frères ont détrôné leur père depuis longtemps et l'ont envoyé croupir au plus profond du Tartare, donjon situé dans les entrailles des Enfers. Désormais, Persée n'a d'autre choix que d'accepter son destin lorsque Hadès et Arès, fils de Zeus, changent de camp et passent un accord avec Kronos pour capturer le roi des dieux. Tandis que les pouvoirs divins de Zeus diminuent, la puissance des Titans, elle, s'accroît, et les forces des ténèbres se déchaînent sur Terre. Persée fait appel à la reine guerrière Andromède, au fils de Poséidon, le demi-dieu Agénor, et au dieu déchu Héphaïstos pour s'enfoncer dans les Enfers dans le but de libérer Zeus, de vaincre les Titans et de sauver l'humanité…
Il y a tout juste deux ans débarquait sur nos écrans le remake éponyme du Choc des Titans de Desmond Davis, péplum mythologique de 1981 qui fut un grand succès à sa sortie quelques peu oublié depuis, bien qu’il ait été retenu dans les mémoires cinéphiliques par les effets spéciaux du talentueux Ray Harryhausen. Réalisé par le français Louis Leterrier, le film bénéficiait de la vague-post-Avatar pour deux raisons : son interprète principal, Sam Worthington, et sa conversion 3D effectuée en quelques semaines dans un pays du Tiers Monde après que le tonitruant succès du long-métrage de James Cameron prouve aux studios qu’il y avait finalement bien un filon à exploiter avec la troisième dimension.
Mais le film n’allait néanmoins pas plus rester dans l’inconscient collectif que son modèle désormais peu connu, et ce, malgré un budget plus que conséquent et un casting affolant. Film d’aventure brouillon, non dénué d’humour mais parfois à ses dépends, scènes d’actions illisibles quand elles n’étaient pas extrêmement décevantes (le climax final avec le Kraken), narration essoufflée… Seuls émergeaient de ce film l’extrêmement charismatique Mads Mikkelsen, dont le personnage avait la mauvaise idée de mourir à mi-parcours, et les retrouvailles du duo de choc de La Liste de Schindler, Liam Neeson/Ralph Fiennes, qui ne croyait visiblement pas au projet mais qui semblait prendre un grand plaisir à jouer aux dieux grecs. Pour le reste, rien ne laissait présager une bonne suite. Tout espoir semblait définitivement mort lorsque Jonathan Liebesman, le tâcheron qui avait « réalisé » le pathétique World Invasion, fut annoncé à la barre. Mais le film fut bien vendu par quelques bandes annonces pour le moins très alléchantes laissant présager un film d’aventure barbare et épique.
Kronos
Mais ce n’est malheureusement pas le cas et on se dit bien amèrement, une fois dans la salle face au générique de fin, que l’on aurait du rester sur notre première impression ; à savoir que le film ne pouvait être qu’un naufrage si Liebesman était à bord et que les producteurs devaient avoir très mauvais goût s’ils n’avaient pas été capable de trouver un autre metteur en scène plus capable avec un meilleur sens du grand spectacle. Tout comme World Invasion qui avait été vendu comme un film de guerre S.F. foutrement jouissif, La Colère des Titans apparait de façon presque grandiose comme le premier gros pétard mouillé de la saison « estivale » des blockbusters de 2012 (il ne devrait malheureusement pas être le seul). Contrairement à son précédent film, ce ne sont pas les scènes d’action qui pèchent ici. Elles sont parfaitement lisibles, à l’exception de l’atroce séquence du Labyrinthe, et en mettent suffisamment plein les mirettes. Le budget est là et il se ressent presque tout le temps. On se surprend même à voir Liebesman oser quelques plans séquences audacieux.
Non, la déception vient ici particulièrement de la narration. Alors de deux choses l’une : soit il manque au moins une heure au film (amputée pour on ne sait quelle raison), soit le scénario était dès le départ complètement minable. Quoiqu’il en soit, à l’écran, les liens ne se font jamais. On passe d’un décor à l’autre presque sans aucune autre transition qu’un unique changement de plans. Persée et son équipage doivent aller sur l’île mystérieuse des Cyclopes (île mythologique que presque personne n’a vue hormis leur guide) ? Hop ! On embarque sur un bateau et dès le plan suivant on se retrouve déjà au large de ladite île. Vous voulez trouver la porte des Enfers ? Mais c’est à deux minutes de chez vous ! Combien de temps pour traverser un labyrinthe obscur de plusieurs kilomètres de longueur ? Cinq minute, dont trois rien que pour trucider honteusement un minotaure tout sauf iconique et angoissant (on ne le voit presque pas de toute la séquence).
Cette modulation du temps se fait d’ailleurs quand ça arrange. En effet, à l’inverse, le Titan Cronos (le seul Titan du film malgré le pluriel de son titre) qui mesure un bon deux kilomètres de haut ne bouge que dans un extrême ralenti, ce qui permet aux divers protagonistes de faire plein d’autres choses en même temps qui leur permettront heureusement de vaincre l’immense monstre de feu. A cause de cette narration elliptique, il est strictement impossible de s’attacher aux personnages secondaires. La si charmante Rosamund Pike a encore moins de choses à défendre que Gemma Arterton au cours du premier film. Ralph Fiennes et Liam Neeson continuent de faire mumuse ; le premier a droit à plus de temps de présence à l’écran tandis que le second est amorphe pendant la quasi-totalité du long-métrage.
Epopée
Sam Worthington s’est laissé pousser les cheveux pour avoir un peu plus l’air d’un guerrier grec que d’un « Marine » alors que Toby Kebbell surjoue en mode « cool man/sidekick comique embarrassant » le fils indigne de Poséidon (et ne parlons pas des deux scènes humiliantes de Bill Nighy). Les deux autres soldats qui accompagnent le trio principal sont juste invisibles. Certains plans nous rappellent qu’ils sont censés être là en leur permettant de n’être pas trop loin ni trop au bord du cadre. Ce qui fait que la trahison de l’un d’eux arrive de façon opportune sans qu’on est le temps de comprendre les motivations de cette dernière (à dire vrai on avait encore oublié qu’ils étaient encore en train de les suivre). Il n’y a bien qu’Edgar Ramirez, révélé dans la série « Carlos » d’Olivier Assayas, pour relever le niveau en incarnant le demi-frère jaloux de Persée.
Le plus triste dans tout ça, c’est que le film a du potentiel. Il est évident quand on regarde quelques unes de ses scènes qu’un gigantesque péplum s’appuyant sur cette mythologie antique extrêmement riche pourrait, si elle était bien faite, avoir l’ampleur d’un Seigneur des Anneaux. D’un strict point de vue de la direction artistique, le film est plutôt réussi. Les décors ont une certaine grandeur, les effets spéciaux permettent de recréer ces créatures qui peuplaient l’imaginaire et les croyances de l’Antiquité Grecque,… Tous les pions sont à portée de main. Il ne suffirait plus que d’un producteur et d’un réalisateur audacieux pour lancer une partie qui serait monumentale. En l’état, La Colère des Titans essaye au détour d’une phrase de donner de la profondeur aux motivations des méchants : la jalousie pour le demi-frère Arès ; la peur de l’oubli et de la mort pour le dieu Hadès, prêt à tout pour avoir l’immortalité et ne plus être obligé de n’exister qu’en fonction des prières des hommes.
Tout le paradoxe du film vient du fait que le caractère gigantesque des enjeux n’est jamais perceptible par le spectateur. On parle quand même de la fin des Dieux, de la fin de l’Humanité et de la Fin du Monde ! La séquence finale a des échos d’Apocalypse ! Il y a des notions telles que la destinée, le pardon, l’héroïsme ou encore la vie éternelle qui se baladent entre les images et une poignée de dialogues. Comment faire alors un film aussi plat et désespérément dénué d’implication presque physique pour le spectateur ? Le public se fiche du film. Il l’oublie aussitôt qu’il le voit. Et ce n’est pas une 3D régulièrement hasardeuse qui parviendra à rehausser son attention. Et au final, pour un long-métrage qui se voudrait aussi énorme, La Colère des Titans ne parvient qu’à être plus mauvais que son prédécesseur qui lui, au moins, faisait rire inconsciemment. Là, il n’y a qu’ennui malgré la démesure des effets pyrotechnique lors des scènes de bataille.
NOTE : 2 / 10
