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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Sur la piste du Marsupilami

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Titre original : Sur la piste du Marsupilami

Film français sorti le 04 avril 2012

Réalisé par Alain Chabat

Avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot,…

Comédie, Aventure, Famille

Quand Dan Geraldo, reporter en quête de scoop, arrive en Palombie, il ne se doute pas qu’il va faire la plus incroyable des découvertes. Avec Pablito, guide local plein de ressources, ils vont aller de surprise en surprise au cours d’une aventure trépidante et surtout révéler une nouvelle extraordinaire: Le Marsupilami, animal mythique et facétieux, existe vraiment !

      

A la problématique de l’adaptation délicate d’une bande dessinée en format cinématographique, Spielberg avait donné une réponse assez convaincante dans Tintin avec l’utilisation de la performance capture. Celle-ci avait permis de donner « vie », par le biais d’acteurs, à des personnages dont la physionomie avait une apparence d’hyper-réalisme* tout en ayant conservé quelques traits caractéristiques et typiques de l’auteur qui les avait dessiné sur le papier. Un résultat qui n’était pas forcément du goût de tout le monde mais qui avait au moins le mérite de permettre la participation d’acteurs, là où ces derniers avaient toujours été cantonnés auparavant lors de tels exercices d’adaptation à porter des prothèses et des costumes exubérants et ridicules.

Comme en France on n’a pas trop de moyen pour permettre une réelle exploitation du nouveau « gadget » sur lequel ont travaillé quelques pointures comme James Cameron ou Robert Zemeckis, tout en intéressant au passage David Fincher,  (et ce n’est pourtant pas faute d’avoir des animateurs très compétents qui partent tous aux Etats-Unis faute de projets réellement porteurs), on en est toujours resté à la solution peu satisfaisante du travestissement « bédéique » sur grand écran. Généralement ça passe ou ça casse, avec un véritable avantage pour la seconde option. C’est ainsi que l’on retrouve périodiquement nos célèbres acteurs français, grimés de façon outrancière dans des décors en carton censés nous rappeler le « trait », l’esthétique et l’univers d’un fameux dessinateur. L’exercice est souvent vain et des acteurs talentueux comme Jean Dujardin (Lucky Luke) ne parviennent pas à y sauver leurs dents. Le nombre d’outrages à la BD ne cessent de s’agrandir entre la série des Astérix (il suffit de voir la BA du dernier opus pour être convaincu de l’ampleur du désastre), Iznogood, Les Daltons ou encore Adèle Blanc-Sec.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/79/56/18/19509350.jpgL’irréductible gaulois

Un seul réalisateur avait réussi à sauver les pots cassés : Alain Chabat et son chouette Astérix et Obélix – Mission Cléopâtre. Si l’univers de Goscinny et Uderzo n’avait pas été véritablement représenté, Chabat l’avait pertinemment substitué avec un esprit « Canal + » qui donnait au long-métrage un air de « colonie de vacances » qui faisait quelques peu écho au sujet : alors qu’une troupe de Gaulois s’alliait à l’architecte égyptien Numérobis pour construire le plus beau des palais à Cléopâtre, Alain Chabat se voyait rejoint par toute une bande de potes qui venaient y ajouter leur petites contributions humoristiques dans l’élaboration de la plus belle comédie possible à l’intention du public. Le long-métrage était d’autant plus aidé par une bande dessinée qui est devenue avec le temps assez culte et qu’il aurait donc vraiment fallu le vouloir pour rater sa retranscription sur le grand écran.

Après le très décevant RRRrrrr !!!, suivi d’une longue pause où Chabat s’est tourné exclusivement à la comédie (dans des films de qualités souvent relatives, comme dans la majorité des gros budgets français), il revient donc à la réalisation en adaptant à nouveau une bande dessinée. Et pas des moindres puisqu’il s’agit du Marsupilami, bête jaune tachetée de noir à la queue interminable qui se cache au plus profond de la forêt palombienne. Un animal plein de surprises et à la très bonne bouille, capable néanmoins de pousser des colères monstrueuses quand on vient un peu trop près pour l’embêter. La création du génial Franquin est donc un mythe en soit, à la fois dans son univers ainsi que dans l’inconscient collectif. Autant dire qu’oser transposer ses aventures au cinéma dans un film « live » constitue un risque plutôt conséquent.

Alors rendons à César ce qui lui appartient : la mise en chantier d’un tel projet en France est à inciter car la prise de risques se fait bien rare dans le monde du cinéma français. Qu’on y mette les moyens est encore plus à encourager. Néanmoins cela ne doit pas masquer l’échec presque total de l’entreprise. Un échec d’autant plus frustrant et décevant que l’engagement d’Alain Chabat n’est pas à remettre en question. Depuis le temps qu’il parle de ce projet, il est évident que c’était à lui que devait en revenir la direction. « Pire », de tous les réalisateurs français, il était sûrement le plus apte et légitime à le faire. Comment expliquer alors que le film sur le Marsupilami échoue là où son adaptation d’Astérix avait constitué une franche réussite ?

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/13/20/20033921.jpgNuméro(bis)

La première erreur vient vraisemblablement du fait qu’Alain Chabat est un peu utilisé la même méthode d’écriture et de réalisation qu’Astérix et Obélix – Mission Cléopâtre ; comme si l’univers de Goscinny et d’Uderzo était sensiblement le même de celui de Franquin. Or ce n’est pas le cas. Car en voyant Sur la piste du Marsupilami on a l’impression à avoir affaire à la suite de Mission Cléopâtre, ce qui ne devrait pas avoir lieu. Le casting de célébrités n’aide déjà pas. Certes, cela permet de « vendre » plus facilement le long-métrage. Mais s’il est déjà difficile de croire en un acteur inconnu grimé en personnage « réel » de bande dessinée, il l’est encore plus lorsqu’il s’agit d’une tête connue que l’on reconnait immédiatement malgré le maquillage, l’uniforme ou les postiches. Et ce, même s’il est évident que cette réunion de stars a entrainé une bonne humeur lors du tournage.

Mais si cette joie de participer à ce projet est bien visible, cela ne suffit pas à faire un bon film. Les bonnes intentions, aussi honorables soient-elles, ne font pas tout. Plus surprenant encore, la majorité des gags tombent à plat comme si on s’y attendait déjà. Là où Mission Cléopâtre mettait les zygomatiques à rudes épreuves, Sur la piste du Marsupilami nous fait à peine esquisser un sourire tous les quarts d’heures ; ce qui fait peu pour un film que les critiques de presse surnomment déjà « la comédie française de l’année ». Certains surjouent abominablement comme Fred Testot, Patrick Timsit ou encore Jamel Debbouze qui se contente de refaire un Numérobis qui, au lieu de finir ses mots en « is », les finit en « os ». Au final, seul Alain Chabat réussit sa composition, bien que très habituelle, et on peut aussi remarquer avec un plaisir modéré un Lambert Wilson s’amusant à casser son image d’acteur sérieux (ce qui suffit à la presse pour qualifier sa performance de culte).

Mais le fait est qu’on ne retrouve jamais le sel des aventures de Franquin, que ce soit dans la direction artistique, le rythme (assez lent au final) ou encore l’écriture des gags qui ne fonctionnent pas pour la plupart. Parmi les grands moments embarrassants on peut citer la longue minute où un chihuahua essaye de se reproduire avec les cheveux de Jamel (à côté, le rot du Capitaine Haddock dans Tintin passe même pour un modèle de tolérance et de respect pour la bande dessinée originale) ou encore cette séquence tant célébrée où Lambert Wilson, travesti, se met à chanter en playback et à danser pendant trois longues minutes sur une chanson de Céline Dion (Chabat essayait-il vainement de rendre hommage à la séquence musicale de la « carioca » dans La Cité de la Peur ?) Seul le passage animé dévoilant le contenu de la prophétie parvient à faire vraiment rire sans apparaitre justement complètement décalé avec son sujet.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/13/20/19955962.jpgHouba !

Et le Marsupilami ? C’est un peu lui le centre d’attention et la réussite du film dépend de sa crédibilité et de sa caractérisation. Disons d’abord qu’il faut saluer les animateurs de la société d’effets spéciaux « Buf ».  La modélisation de la créature est plutôt convaincante bien que certains plans soient moins réussis que d’autres. Ce qui pose problème est plus le design de la bête qui ne ressemble pas à grand-chose de l’animal inventé par Franquin, outre le fait qu’il ne dise quasiment jamais « houba ». De forme peut-être ; les premières séquences où il apparait sont étonnamment abouties, probablement par le fait qu’il ne soit que partiellement visible (les scènes où on ne voit que sa queue sont particulièrement réussie en lui refaisant faire ce que Franquin avait inventé). La première minute vient même faire illusion et nous fait croire que le film va en fait être autre chose que ce que l’ignoble campagne publicitaire ne laissait présager. En effet, la première apparition  du Marsupilami est dans un esprit et un découpage que n’aurait pas renié Franquin. Et que dire de la scène où l’on voit pour la première fois entièrement la bête qui est, elle-aussi, un modèle d’intelligence et de montage (scène qui se couple en plus avec la seule séquence réussie de Fred Testot).

Là où le bât blesse, c’est que cette inspiration semble se tarir une fois que l’animal est hors champ. Comme si Alain Chabat, ennuyé de l’absence de ce marsupial qui le fascine tant, noyait sa déception de ne pas le filmer en s’amusant comme il le pouvait avec son casting. Mais cela ne fonctionne pas vraiment et le film ne retrouve son souffle que lors de la belle scène de la découverte du nid du Marsupilami où l’on croirait enfin voir réellement cette imagerie devenue célèbre dans l’excellent album de Franquin « le Nid du Marsupilami ». Le rythme redescend alors une dernière fois avant de réapparaitre in-extremis au cours d’un dernier quart d’heure dans un plateau télévisé qui ressemble enfin à peu près à ce que cette adaptation aurait du être (et le Marsupilami de nous ressortir toute sa panoplie des gestes qu’ils faisaient déjà dans la bande dessinée et qui suffisaient déjà à exercer la fascination du lecteur pour cet étrange bestiau).

Mais cela n’arrive pas à racheter l’heure et demie léthargique qui a précédée ce moment. On ne retrouve qu’à certains courts moments cet imaginaire si particulier du dessinateur belge que Chabat a bien eu du mal à représenter cinématographiquement. L’histoire est dénuée d’enjeux passionnants, et les rares qui sont amenés le sont maladroitement par la séquence de la prophétie qui arrive comme un cheveu sur la soupe, tout en étant extrêmement balisée (le fil narratif suit deux menteurs en quête de rédemption aux yeux de leurs familles). Les scènes d’actions sont plates et les moments comiques ne marchent pas,… Un triste ratage tant le projet promettait beaucoup sur le papier. Mais on peut malgré tout pardonner quelque peu cet échec frustrant à Chabat qui a malgré tout réussi, l’espace de quelques instants, à redonner vie à l’univers de Franquin. Par instants seulement, mais c’est déjà plus qu’un paquet d’adaptations de BD francophones.

NOTE :  3,5 / 10

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/13/20/20047920.jpg
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