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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La Colline aux Coquelicots

Titre original : Kokuriko-zaka kara

Film japonais sorti le 11 janvier 2012

Réalisé par Goro Miyazaki

Avec les voix de Masami Nagasawa, Junichi Okada, Keiko Takeshita,…

Animation, Drame

Umi est une jeune lycéenne qui vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis que son père a disparu en mer, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme un message lancé à l’horizon. Au lycée, quelqu’un a même écrit un article sur cet émouvant signal dans le journal du campus. C’est peut-être l’intrépide Shun, le séduisant jeune homme qu’Umi n’a pas manqué de remarquer. Attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens vont partager de plus en plus d’activités, de la sauvegarde du vieux foyer jusqu’à la rédaction du journal. Pourtant, leur relation va prendre un tour inattendu avec la découverte d’un secret qui entoure leur naissance et semble les lier. Dans un Japon des années 60, entre tradition et modernité, à l’aube d’une nouvelle ère, Umi et Shun vont se découvrir et partager une émouvante histoire d’amitié, d’amour et d’espoir…

      

On le répète souvent, mais s’il y a bien un studio qui fait sérieusement concurrence à Pixar dans le domaine de l’animation c’est bien celui de Ghibli. Deux rivaux apparemment très antagonistes : l’un est américain, l’autre est japonais ; l’un est le chantre de l’animation en images de synthèse, l’autre est le dernier grand bastion de l’animation « traditionnelle ». Néanmoins, leurs ambitions se rejoignent puisqu’ils envisagent avant tout la réunion d’artistes talentueux au service d’histoires destinées aux jeunes mais qui ne sacrifient pas leurs films à un discours débilitant sous prétexte qu’ils s’adressent à des enfants. C’est en fin de compte la marque de fabrique commune du studio de la lanterne et du studio de « Totoro » : ne jamais sous-estimer la capacité d’un enfant à comprendre des choses complexes ; une manière de faire à laquelle Spielberg a apporté ses lettres de noblesse par exemple.

Tout comme Pixar, le studio Ghibli se trouve néanmoins aujourd’hui devant un problème : celui de « l’héritage ». Dans le cas du studio américain, cette problématique était déjà le cœur névralgique du très beau Toy Story 3. Et le Cars 2 qui avait suivi n’avait fait qu’inquiéter les cinéphiles sur le tournant qu’allait prendre le studio après que ces trois figures de proue aient décidé de s’en éloigner un peu : John Lasseter pour codiriger son « bébé » et Disney, Brad Bird et Andrew Stanton pour faire leurs armes dans le cinéma « live » avec Mission Impossible - Protocole Fantôme pour le premier et John Carter pour le second. Le studio Ghibli, un peu plus vieux d’une quinzaine d’années est déjà dans cette angoisse de la succession depuis le début des années 2000. En effet, leurs deux fondateurs et « porte-étendards », Hayao Miyazaki et Isao Takahata, se font de plus en plus absents. Il apparait donc comme normal que les animateurs de la nouvelle génération aient été extrêmement marqués par la patte de ces maîtres, surtout le premier qui est le plus connu et influent, au point de tenter de les copier.

Une histoire de famille

L’âge venant, il faudrait trouver une jeune « figure » majeure qui remplacerait le « Walt Disney japonais ». Là où le bât blesse, c’est que le studio Ghibli en a été incapable jusque là, ses récentes œuvres recopiant sans vergogne le style esthétique du maître (Arrietty et le petit monde des chapardeurs). Le fait que ceux-ci soient encore scénarisés par le réalisateur de Nausicaa et de Princesse Mononoke n’aide pas non plus ces productions à se démarquer. Et malheureusement ce n’est pas près de s’arrêter puisque le principal « héritier » qui apparait dans ce cercle fermé n’est autre que le fils de Miyazaki, Goro, qui avait déjà réalisé il y a quelques années Les Contes de Terremer. Tout cela ne semble pourtant pas dire grand-chose de cette Colline aux Coquelicots. Et pourtant ce point précis permet de mieux appréhender le cœur même du récit.

Evidemment, celui-ci est avant tout le portrait d’une jeune étudiante absolument serviable et charmante qui dirige d’une main de maître un petit hôtel particulier exclusivement féminin au tout début des années 60. On retrouve déjà la patte de Miyazaki, ayant encore écrit l’histoire et qui affectionne particulièrement ce type de personnage depuis Nausicaa, Mononoke, Sophie dans Le Château Ambulant, Chihiro et les innombrables jeunes filles qui parsèment son œuvre (y compris au niveau de ses productions). Il y a aussi une touchante histoire d’amour avec un beau jeune homme réservé, lui aussi serviable et volontaire. Ce n’est pourtant pas cet aspect-là, mis très en avant sur les affiches et les bandes annonces, qui est le plus intéressant du film.

On peut même dire qu’elle n’intéresse pas beaucoup Miyazaki (père et fils) puisque cet amour « impossible », qui a quelque chose de très shakespearien, est résolu par une pirouette un peu facile. Le thème central de La Colline aux Coquelicots est celui de la filiation et de l’héritage. C’est avant tout une « histoire de famille ». Dès les premières minutes, on voit la jeune héroïne Umi levant des drapeaux à l’intention des bateaux qui naviguent en contrebas de cette colline en haut de laquelle sa maison se trouve. On apprend très vite qu’elle le fait à l’intention de son père, disparu en mer après que son bateau ait coulé lors de la guerre de Corée. Sa grand-mère lui dira, à la fin de cette séquence d’introduction, qu’elle espère un jour la voir sortir du deuil et accepter de ne plus lever ces drapeaux dans le vain espoir que son père lui réponde miraculeusement.

L’arrivée du jeune Shun est importante puisqu’elle marque la première intrusion masculine dans la vie d’Umi depuis cette disparition paternelle. Lui aussi a perdu son père et vit chez des parents adoptifs. Sa rencontre avec Umi va entrainer un changement dans l’équation avec la révélation d’un détail qui risque bien de bouleverser leur vie à jamais. Peu aidé par leurs parents, la mère d’Umi travaillant dans une université américaine et le père de Shun n’étant pas loquace, les deux jeunes gens vont être confronté à un questionnement identitaire épuisant. La clé de celui-ci est une vieille photo de trois amis marins qu’Umi et Shun ont tous les deux et qu’ils tenteront de retrouver afin de savoir d’où ils viennent vraiment.

Héritage, tradition et modernité

Mais une autre histoire nettement plus intéressante est racontée en parallèle. Dans le lycée où vont Umi et Shun se trouve un très vieux bâtiment appelé le « Quartier Latin ». Une vieille et grande bâtisse délabrée dans lequel se retrouvent les étudiants les plus âgés pour étudier les diverses branches de la connaissance. Il s’agit en fait du grand lieu du savoir du lycée et probablement de la région. Un lieu pour l’apprentissage et la connaissance. Mais voilà, ce « Quartier Latin », qui a une très longue histoire ayant vue se succéder de nombreuses générations d’étudiants, est dans un tel état de délabrement que le conseiller régional souhaite le démolir pour y construire un bâtiment plus moderne. S’organise alors une « résistance » de la part des étudiants qui enchainent actes symboliques et assemblées générales pour se faire entendre. Des actions pas souvent efficaces mais qui ont au moins le mérite d’être accomplies comme le souligne Goro Miyazaki.

C’est là qu’entre en scène Umi, séduite d’abord par le jeune Shun puis surtout par ce bâtiment si mystérieux et stimulant. C’est avec l’arrivée salutaire des étudiantes que le mouvement va prendre de l’ampleur. Si elles arrivent au départ avec les talents qu’on leur attribue au départ automatiquement (le ménage), pas question que les garçons ne mettent pas la main à la patte. Une union qui fait ainsi fi des sexes puis de l’âge pour qu’au final chacun poursuive le même but. En cela, La Colline aux Coquelicots est une œuvre qui s’inscrit parfaitement dans son temps. En effet, si la fin des années 1990 et le début du XXème siècle avaient vu une fascination du cinéma pour le « virtuel » avec le développement en masse de l’internet et du jeu vidéo (initié par Matrix puis avec des œuvres comme Avatar, Inception, The Social Network), les années 2010 semblent s’orienter vers une idée inverse qui serait « le groupe ». Un groupe qui ne doit plus être lié virtuellement, mais qui doit véritablement s’unifier, émotionnellement et « physiquement » parlant. La Colline aux Coquelicots n’en est que le nouveau représentant après Mission Impossible – Protocole Fantôme et Happy Feet 2 en décembre dernier. Face à une époque aussi dure, rien ne vaudrait plus que l’union ?

L’histoire est évidemment autobiographique. D’abord pour Hayao Miyazaki puisqu’au cours de l’année 1964 il prit la tête des manifestants au sein du studio Toei, dans lequel il travaillait, après quelques problèmes syndicaux. Difficile de ne pas voir le voir dans ce Shun, leader charismatique du mouvement estudiantin au côté de son meilleur ami (Takahata ?), qui tente de sauver et d’améliorer les conditions de travail dans ce vieux bâtiment (qui, une fois rénové, donnerait Ghibli ?). Autobiographique aussi du point de vue de son fils, Goro, qui doit affronter ce vieil héritage et réussir à en faire quelque chose de neuf sans pour autant le balayer d’un revers de la main ; pour l’anecdote, il est d’ailleurs aussi le directeur du musée Ghibli en l’honneur de son père. Entre tradition et modernité : l’éternelle problématique qui traverse toute la filmographie de Miyazaki père et qui ne cesse d’être posée dans un Japon où le fossé des générations ne fait que s’agrandir.

Il manque cependant quelques séquences marquantes à La Colline aux Coquelicots (ce dont pouvait par exemple se targuer Arrietty). Délaissant le lyrisme et le magique qu’affectionne son père, Goro emprunte plus au réalisme de Isao Takahata. Il faudrait juste un peu plus d’ampleur pour que Goro puisse clairement prétendre entrer dans la cour des grands. Et arriver à s’extirper de l’influence presqu’oppressante et tyrannique de son père pour qu’il puisse enfin trouver un style bien à lui. S’il a un air de déjà vu, en plus du fait qu’il n’arrive pas à atteindre le niveau de ses prédécesseurs, le film de Goro Miyazaki montre néanmoins que la recette fonctionne encore en livrant une histoire absolument charmante et pleine d’émotions.

NOTE : 6,5 / 10

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