Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

La Dame en Noir

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2012/01/The-Woman-in-Black-poster-quad-vintage.jpg

Titre original : The Woman in Black

Film anglais sorti le 14 mars 2012

Réalisé par James Watkins

Avec Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer,…

Epouvante-horreur, Thriller, Drame

Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

      

La Hammer est en train de se refaire une petite santé après un long passage à vide qui avait commencé à partir des années 80. Après un remake pas honteux de Morse avec Laisse-moi entrer, la célèbre société qui a popularisé des acteurs comme Peter Cushing ou Christopher Lee s’est lancé dans un nouveau projet intitulé La Dame en Noir. Adapté du roman éponyme écrit en 1983, le film réalisé par James Watkins,  metteur en scène du remarqué Eden Lake, se veut comme un hommage à la belle époque du studio.

Le studio n’est en effet pas encore rassuré par son retour sur le terrain, alors elle tâtonne en cherchant à retrouver sa gloire d’antan. Et quoi de mieux dans ce cas-là qu’un film reprenant religieusement les codes popularisés et bien exploités par les innombrables productions de genre de la Hammer ? Il y a donc deux façons d’aborder le long-métrage de Watkins. La première est de le prendre pour ce qu’il est, en tenant compte de son ambition assez modeste qui est de faire renaitre le temps d’un film la splendeur de la Hammer. De faire pendant une heure et demie comme si on s’était retrouvé quelques décennies auparavant devant un grand écran, à voir la nouvelle production du studio.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/39/46/20025567.jpgRationnel et irrationnel

Cela fonctionne assez bien pendant la première partie du long-métrage qui se déroule dans une Angleterre au début du XXème siècle. Un jeune notaire citadin ayant pour trait le juvénile Daniel Radcliffe (ce n’est apparemment pas le meilleur choix de prendre le jeune ado dont on a suivi la croissance pendant dix années dans le rôle d’un père veuf) va arriver dans la campagne brumeuse d’une Angleterre encore archaïque et crédule face aux phénomènes surnaturels très à la mode à l’époque. Seul le personnage rationnel de Ciaran Hinds apparait en décalage dans cet univers avec sa voiture qui effraie les paysans utilisant leurs charrettes et son refus presqu’inconscient de croire en un monde des morts qui viendrait revisiter celui des vivants.

On retrouve alors ce rapport sans fin entre la science et la religion qui parcourait les œuvres mythiques que la Hammer a repris au cours de sa période de gloire comme Frankenstein ou Dracula. A une période où la religion chrétienne est remise en question par le spiritisme et le magnétisme, l’idée que le monde des cieux n’est pas aussi imperméable qu’on voudrait le croire commence à faire son chemin. Se tisse alors en arrière plan une réflexion sur la croyance et le rationnel, assez typique des films de fantômes et particulièrement de quelques grands porte-étendards comme L’Orphelinat ou Les Autres dont l’influence est plus qu’imposante sur le long-métrage de Watkins. Cette influence écrasante de ses pairs handicape pas mal le film. On a déjà tout vu et souvent en mieux.

C’est l’autre façon de voir La Dame en Noir. On peut considérer ce dernier comme un inutile hommage sans inventivité, qui reprend mécaniquement, presque bêtement, des ficelles déjà bien usées. Le genre de film dont on prévoit les scènes et les rebondissements près de dix minutes avant qu’ils n’interviennent. Et à ce niveau-là, rien ne nous sera épargné : poignées qui tournent, portes qui grincent, ombres furtives, objets qui bougent tout seuls, lumières qui s’éteignent brusquement, apparitions « surprises » qui font sursauter bien que l’on sache clairement à l’avance qu’il va se passer quelque chose,… D’un côté cela participe au charme du film, en lui conférant un aspect rétro sympathique, mais aussi à sa grande faiblesse car il apparait d’une vacuité assez consternante. Le film est plaisant pendant le visionnage mais il disparait avec la rapidité de la « Dame en Noir » une fois que l’on sort de la salle de cinéma.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/11/03/19796589.jpgCoquille vide

A cela il faut aussi ajouter le fait que le scénario n’est pas plus novateur que la forme esthétique. Le long-métrage ne dispose que d’un enjeu assez faible, déjà vu et qui n’apparait surtout qu’au cours de la dernière demi-heure pour permettre l’arrivée d’une scène finale qui veut apparaitre très maladroitement comme une conclusion émotionnellement aussi forte que les finals de L’Orphelinat et Les Autres. Une dernière séquence essayant de montrer l’influence de ce fantastique sur le nœud dramatique initial : comment passer son deuil et comment essayer de reformer la cellule familiale qui a été brisée ? La résolution tombe comme un cheveu sur la soupe et Radcliffe n’a clairement pas la carrure pour lui insuffler une quelconque subtilité ; le tout est d’ailleurs achevé par un dernier plan particulièrement facile et roublard, essayant de mettre une ambiguïté là où il n’était pas nécessaire, afin de faire « production sérieuse ».

On ne peut cependant pas enlever au film ce magnifique travail esthétique qui a été accompli. L’ambiance est baroque à souhait, les fascinants et somptueux paysages brumeux anglais sont pleins de mystères, tandis que la maison hanté est particulièrement imposante et inquiétante. L’attention portée à la photographie et aux décors rend certaines séquences particulièrement angoissantes et on se met inconsciemment à scruter les plans et à gratter la moindre image pour déceler la « Dame en Noir » ou trouver quel est le prochain objet qui va se mettre à bouger tout seul. Néanmoins ce petit jeu finit rapidement par agacer par le manque de surprise qu’offre les séquences. Le manque d’enjeu et le huis clos muet pendant une bonne demi-heure oblige le scénario à tourner en rond, et ce, jusqu’au dernier quart d’heure avant la fin. D’autant plus que Radcliffe n’est pas le maître de la profondeur dramatique et que le voir arpenter les couloirs avec son visage quasiment mono-expressif n’est pas ce qu’on pourrait appeler le sommet de l’intensité.

Au final, La Dame en Noir est un film du dimanche soir. Le genre de films que l’on regarde mais que l’on oublie sitôt qu’il est terminé. Au moins prouve-t-il que Watkins a un certain talent de mise en scène et que Radcliffe est capable de faire oublier son image d’Harry Potter, bien qu’il n’ait pas encore pleinement prouvé ses talents d’acteurs (à moins qu’il ne soit malheureusement à son maximum). Si le film est léché, il est bien dommage qu’autant de qualités esthétiques aient été mis au service d’un hommage déférent, sympathique mais fort dispensable et fragile. On peut au moins se réjouir du retour de la Hammer grâce au succès de cette belle coquille vide.

NOTE :  5 / 10http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/11/03/19796588.jpg

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article