Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : London Boulevard
- Film américano-britannique sorti le 08 juin 2011
- Réalisé par William Monahan
- Avec Colin Farrell, Keira Knightley, David Thewlis,
- Thriller, Romance
Mitchel sort de prison plein de bonnes intentions. Pourtant, lorsqu'il tombe sur son vieil ami Billy, un petit voyou à la recherche d'un complice, il accepte de l'aider en échange d'un toit. Incapable de rompre avec son passé, Mitchel fait la connaissance de Charlotte, une star de cinéma terrée dans un luxueux hôtel particulier pour échapper aux hordes de paparazzi, dont il devient rapidement le garde personnel. Charlotte et Mitchel se rapprochent, envisageant même ensemble une vie à Los Angeles. Mais il a déjà attiré l'attention de Gant, un puissant parrain de la pègre, qui voit en lui un atout précieux pour ses affaires. Quand Mitchel refuse, Gant décide de le faire plier, ne reculant devant rien pour arriver à ses fins...
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Passer du poste de scénariste à celui de réalisateur est de plus en plus courant ces dernières années. On peut d'ailleurs citer quelques grands noms comme Steven Zailian (Les Fous du roi), David Koepp (Fenêtre Secrète), Shane Black (Kiss Kiss Bang Bang et le troisième Iron Man) ou Christopher McQuarrie (Way of the Gun) qui ont tenté, avec plus ou moins de succès, de passer ce cap. La question étant : être un bon scénariste est-il un moyen suffisant pour se révéler brillant conteur par l'image ? Dernièrement c'est William Monahan, dont le plus haut fait de gloire est d'avoir écrit l'excellent remake d'Infernal Affairs d'Andrew Lau intitulé Les Infiltrés et mis en scène par Martin Scorsese, qui s'y met avec London Boulevard.
En soi, ce premier coup d'essai n'a rien de déshonorant. Le scénario de Monahan tient tout à fait la route et dispose d'un rythme suffisamment efficace pour maintenir l'intérêt du spectateur. L'histoire est cependant extrêmement classique, voire parfois assez éculée lors de certains rebondissements. La structure est elle-même très rodée et connue inconsciemment par les cinéphiles et les amateurs de polars mettant en scène des « gangsters ». London Boulevard suit donc un « ancien » du milieu criminel qui, après sa sortie, essaye de se racheter une conduite et refuse ce déterminisme social qui l'obligerait à retourner dans l'illégalité. Toute la tragédie de London Boulevard est cette lutte du héros pour échapper à ce milieu qui refuse de le laisser et qu'il ne peut abandonner d'un simple claquement de doigt. Une seconde « famille » bien collante et problématique en quelques sortes (la soeur du héros étant en plus un personnage bien déjanté et accro à certaines substances).
De façon générale, London Boulevard est un remake de L'Impasse de Brian de Palma avec l'atmosphère du Layer Cake de Matthew Vaughn et quelques touches des Infiltrés de Martin Scorsese (la violence et l'humour venant du personnage incarné par un excellent Ray Winstone qui est une version un peu moins « trash » du Frank Costello incarné par Jack Nicholson). C'est là l'un des premiers points faibles du film de Monahan. Rien n'est vraiment surprenant que ce soit la trajectoire du héros ou l'issue finale. Cependant les influences sont de qualité suffisante pour permettre au film d'être toujours au-dessus de la moyenne. Là où cela passe moins c'est avec la mise en scène bien trop classique de Monahan. Car c'est bien là l'intérêt principal de London Boulevard : voir si le scénariste est capable de passer derrière la caméra. Et là, au vue du résultat final, il n'y a rien de très encourageant ou d'inattendu. Le film aurait même bénéficié à être réalisé par un metteur en scène plus dynamique et audacieux. Peu de séquences restent en mémoire hormis quelques fulgurances et quelques dialogues particulièrement tendus, surtout entre Colin Farrell et Ray Winstone.
Si le film arrive un peu à surnager c'est surtout grâce à l'interprétation des acteurs principaux. Les « seconds couteaux » sont crédibles comme Ben Chaplin et Winstone, ce dernier étant particulièrement savoureux. L'interprétation de David Thewlis est elle-aussi assez jouissive en acteur drogué qui se révèle étonnamment lucide et débrouillard. A l'inverse, Keira Knightley n'arrive pas à insuffler à son personnage le charisme et le mystère qui permettrait à ce rôle de devenir plus iconique. Si elle essaye visiblement de faire de son mieux et qu'il est très clair que, depuis la trilogie de Pirates des Caraïbes, elle s'est bien améliorée, elle n'a pas encore lexpérience pour assurer en « femme fatale » en détresse, poursuivie par des paparazzis vulgaires et obsédés. Mais le véritable intérêt de London Boulevard se nomme Colin Farrell.
C'est en effet lui la vraie star du film. Il est presque de tous les plans et il a rarement été aussi bon dans sa carrière. London Boulevard est donc plus un film d'acteur. Un film dont le prétexte serait de faire la part belle à un de ses comédiens. Le long-métrage de Monahan est à Colin Farrell ce que La Défense Lincoln était à Matthew McConaughey et Buried à Ryan Reynolds. Un écrin doré où il peut faire éclater son talent au grand jour, varier constamment de registres sans qu'un de ses partenaires ne lui fassent trop dombres (Winstone n'apparaissant que dans une poignée de scènes). Son personnage, assez positif car visant à la rédemption et la recherche du bonheur, met en valeur Farrell ; là où DiCaprio égratignait violemment son image de playboy dans des productions comme Shutter Island. La démarche est donc inverse, amenant le film à être une iconisation de l'acteur incarnant cet ex-détenu qui cherche à s'installer et qui règlera ses comptes une dernière fois avant de tirer sa révérence. Rédemption qui ne peut être entièrement accomplie car nécessitant une forme de retour à la normale après le déchainement de violence et d'un retour d'une forme de morale qui punit les criminels.
London Boulevard s'inscrit donc pleinement dans la tradition du film de gangster. A un point trop extrême justement car le film n'arrive pas à se libérer de ses influences trop encombrantes. Le long-métrage de Monahan respecte religieusement les codes du genre et fait en sorte de n'en bousculer aucune. Trop classique, sans audace et prévisible, le spectacle demeure néanmoins plaisant et honnêtement construit, le tout étant accompagné d'une bande originale assez emballante.
NOTE à 6 / 10
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