Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

- Titre original : Mission Impossible - Ghost Protocol
- Film américain sorti le 14 décembre 2011
- Réalisé par Brad Bird
- Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton,…
- Action, Espionnage
Impliquée dans l'attentat terroriste du Kremlin, l'agence Mission Impossible (IMF) est totalement discréditée. Tandis que le président lance l'opération « Protocole Fantôme », Ethan Hunt, privé de ressources et de renfort, doit trouver le moyen de blanchir l'agence et de déjouer toute nouvelle tentative d'attentat. Mais pour compliquer encore la situation, l'agent doit s'engager dans cette mission avec une équipe de fugitifs d'IMF dont il n'a pas bien cerné les motivations…

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La série Mission Impossible au cinéma est l’une des rares avec la saga Alien à avoir permis à ses metteurs en scène de marquer de leur « patte artistique » l’épisode qu’ils réalisaient. D’autant plus, pour les deux séries, qu’il s’agissait souvent de réalisateurs aux styles diamétralement opposés. A ceci près que les Mission Impossible s’inspire de quelque chose de préexistant (la célébrissime série TV), ce qui oblige donc les metteurs en scène à respecter un certain « cahier des charges ». Et à ce niveau-là, la réussite a été moins constante et dépendait souvent du talent dudit réalisateur.
Allons directement à l’essentiel. Si le premier épisode est un très bon film, ce n’est pas parce qu’il est une adaptation de « Mission Impossible » mais un « film de Brian de Palma ». Dès la scène d’introduction, de Palma montrait bien qu’il comptait se démarquer de la série originelle en « éliminant » les membres du groupes, présentés au début, au bout de dix minutes de long-métrage. Tout cela pour ne garder en fin de compte que Tom Cruise en agent traqué qui se rendait compte que Jim Phelps était un traitre (c’est dire si les fans ont hurlé après coup). Cette trahison permettait néanmoins à Brian de Palma d’aborder dans un projet plus grand public ses thèmes habituels (complot politique, paranoïa, illusion, « body double ») tout en composant des séquences de suspense d’une maîtrise totale (l’infiltration de la CIA demeure toujours indétrônable de part son efficacité).
Le second épisode était quant à lui une catastrophe. John Woo, réalisateur chinois de films d’action plutôt brillants mais alors embauché par Hollywood pour le meilleur et souvent pour le pire, ne parvenait pas à faire autre chose qu’un « Tom Cruise movie ». Un film tout dévoué à sa superstar mégalo, qui enchainait les plans iconiques prétentieux, les scènes de bravoure outrancières et un scénario crétin. Un grand moment d’autosatisfaction de la part d’un producteur-acteur tout puissant qui était pour le moins embarrassant et qui avait encore moins avoir avec la série que le premier film. Le troisième épisode avait remis quelques peu la série sur les rails. Mais J.J. Abrams, après une première heure assez réussie, flinguait son long-métrage lors de son troisième tiers et peinait vraiment à réaliser des scènes d’action techniquement réussies (et une seule ressemblait vraiment à une séquence de Mission Impossible). A ce stade, on pouvait donc dire que la seule bonne et récente adaptation au cinéma de « Mission Impossible » était le thriller S.F. Inception de Christopher Nolan.
Qu’est-ce qui a donc changé dans ce quatrième épisode ? La première chose à faire est de se pencher sur son réalisateur : Brad Bird. Son choix est audacieux car, s’il a déjà un très beau parcours, il ne s’agit là que de son premier film « live ». Il a en effet fait ses premières armes dans l’animation. D’abord dans l’animation traditionnelle avec la géniale série des « Simpson » puis avec le brillant Géant de Fer (accessoirement et indirectement le dernier grand film « Amblin »). Il a ensuite réalisé deux magnifiques Pixar : Les Indestructibles et Ratatouille. Tout comme le choix d’Abrams, grand manitou du petit écran américain avec « Alias » et « Lost », avait été motivé par la volonté de retrouver ce côté « télévisuel » de « Mission Impossible », celui de Bird est motivé par son parcours antérieur. Cette motivation c’est celle de faire enfin un vrai film « Mission Impossible », ce qui implique donc de faire un « film de groupe » (il n’y a qu’à comparer les affiches finales des différents M:I pour s’en rendre compte).
Et là, le choix de Bird prend tous son sens. Ratatouille et Les Indestructibles était déjà des films de groupe ayant pour thème la coopération. De même pour « Les Simpson », où les animateurs et les scénaristes dont faisait partie Bird devaient savoir jongler avec chaque membre de la « famille la plus dingue des Etats-Unis », et accessoirement la centaine de second rôles existants. Ce M:I 4 voit en effet la construction d’un groupe. Tom Cruise n’étant plus tellement en odeur de sainteté auprès de la Paramount (quelques faibles performances au box office et de nombreux délires scientologique), son temps d’apparition a considérablement diminué. Mieux, il n’est plus le seul à avoir des moments de bravoure. Dans les trois premiers épisodes, les autres membres de l’équipe n’étaient que des « fonctions » bien souvent à l’abri et servant toujours à préparer le terrain pour que Cruise puisse faire son « show ».
Dans M:I Protocole Fantôme, Cruise a encore le droit aux plus grandes cascades (l’escalade du Burj Khalifa, la course poursuite dans la tempête de sable, le combat final), mais ses acolytes se salissent aussi dans le même temps les mains. D’où un usage bien plus important que dans les épisodes précédents du montage alterné. D’ailleurs, la réussite du personnage de Cruise dépend presque constamment du timing, de l’efficacité et de la force de ses compagnons. Il n’y a bien que la scène de la tempête de sable où Cruise se retrouve enfin tout seul (mais le visage caché). Car même la résolution ne vient pas uniquement du personnage d’Ethan Hunt, elle vient de la collaboration et de la participation de chacun des membres. On peut donc voir une forte ressemblance avec Ratatouille et surtout Les Indestructibles, dont le fil conducteur était aussi l’harmonie d’un groupe au départ complètement éparpillé. La dernière scène d’action des Indestructibles est très similaire dans l’esprit à celle de M:I 4 : une famille de super-héros d’abord éparpillé, qui parvient à anéantir une menace en s’unissant et en usant de leur propre talent dans une totale cohérence et harmonie.
De même, M:I 4 fait, pour la première fois, exister les membres de l’équipe d’Ethan Hunt. Auparavant réduit à une psychologie sommaire (quand ils en avaient une), ils ont maintenant leur propre personnalité. Simon Pegg remplace Ving Rhames dans le rôle du comique mais a une psychologie plus élaborée : c’est un ancien bureaucrate qui passe pour la première fois sur le terrain avec ce mélange de jubilation, de bonne volonté mais aussi d’intimidation typique du jeune débutant (la séquence d’infiltration du Kremlin où il collabore avec Cruise est particulièrement parlante). Le rôle de Jeremy Renner est plus élaboré encore. Il est en effet indirectement présenté comme le successeur de Cruise (acteur plus jeune, plus bankable et pour le moment moins capricieux). Leur rapport est intéressant puisque Cruise s’empare enfin de la place de Jim Phelps et prend à son tour sous son aile un jeune élève prometteur qui fera ses preuves au cours de la mission.
Renner incarne donc un bureaucrate trop mystérieux pour être honnête au service du Ministre de la Défense. Quand ce dernier est tué au cours d’un assaut, il se retrouve obligé de suivre la dernière équipe restante, relique d’une agence M:I tout juste démantelée officiellement par le président des Etats-Unis. D’abord en retrait, intimidé et ayant visiblement pas l’entrainement physique de ses partenaires, il révèlera au cours d’une scène de tension des talents qui sous-entendent un passé bien différent à celui qu’il racontait. Un passé marqué par un échec terrible, d’autant plus important qu’il concerne l’un des personnages de l’histoire. Ce passage à témoin entre Cruise et Renner se fait au cours d’une scène assez jouissive qui se joue de la fameuse position iconique, devenue depuis marque de fabrique de la série, qu’avait pris Hunt lors de la scène de la CIA du film de Brian de Palma. Se montrant apeuré par la hauteur de son saut, il se jettera néanmoins dans le vide pour un « remake » savoureux de l’opération en lévitation du premier film, devenant à ce moment-là véritablement le successeur d’Ethan Hunt.
Mais le personnage le plus intéressant est celui incarnée par Paula Patton. D’abord parce qu’elle est la femme du groupe. Hors dans les épisodes précédents, elles avaient soit un rôle ingrat, soit elles servaient d’amourettes pour Cruise/Hunt. Rien de cela ici. Elle ne tombera pas amoureuse de Cruise (avec qui elle échangera un baiser dans le cadre d’une mission, histoire de sauver les apparences) ni de l’un des autres membres de son équipe. Elle n’est pas définie de cette façon. Elle est animée par un sentiment de vengeance à l’encontre de la jeune tueuse à gage incarnée par la française Léa Seydoux. Cette dernière a en effet assassiné son amant qui travaillait aussi à Mission Impossible ; que les fans de « Lost » n’aillent d’ailleurs pas voir le film pour Josh Holloway qui décède dès la deuxième minute du long-métrage. Son combat à mains nues avec l’assassin (très Kill Bill) est à la fois violent et intense puisqu’elle est constamment sur le point de la tuer et donc de désobéir à l’ordre de Hunt qui la veut vivante.
C’est un vrai rôle de « femme forte » comme Hollywood ne nous en propose pas souvent. Une femme à la fois dynamique, intelligente et dont le rôle de son personnage n’est pas défini par son sexe. Une femme semblable aux autres personnages féminins aux forts caractères des films de Bird, que ce soit Colette dans Ratatouille, la mère dans Le Géant de Fer et ElastiGirl des Indestructibles. Elle est le second grand moteur du groupe, qui doute néanmoins sur ses capacités après une série d’échecs ; Cruise, en tant que meneur, aura pour tache de lui prouver qu’elle n’a rien perdu de sa force. Ce dernier a encore fait presque complètement table rase avec le passé, Cruise voulant rendre chaque épisode indépendant par rapport aux autres (d’où la suppression du chiffre dans le titre). On le retrouve dans une prison russe au début du film, et ce n’est que plus tard, par petites touches, que le film éclairera son passé et sur la façon dont il est tombé dans cet endroit faisant ainsi un léger lien narratif avec le film d’Abrams.
Cette structure narrative de M:I 4 est très similaire au film de super-héros de Brad Bird. Leurs débuts sous-entendent un passé glorieux où ces héros étaient au meilleur de leur forme. Mais ils finissent par être reniés et doivent faire face à leurs différences. Le groupe d’espion doit apprendre à se connaitre, à se comprendre, à agir de façon coordonnée. Et ce n’est pas chose facile avec des caractères aussi différents (même chose pour la famille super-héroïque des Indestructibles). La longue partie se déroulant à Dubaï est passionnante à cet égard. Sur près d’une demi-heure, Bird dépeint une mission organisée à la dernière minute, dont chaque détail capote au fur et à mesure qu’elle se déroule, obligeant chaque membre à improviser tout en essayent de garder une certaine cohérence avec le reste du groupe (excellente scène en montage alternée entre deux chambres où une même discussion se déroule en même temps grâce à l’interaction discrète et le timing entre les différents protagonistes).
Néanmoins, celle-ci abouti à un fiasco presque cuisant, ce qui va amener une forte tension dans la dernière demi-heure. En effet, le groupe n’a plus qu’une seule chance pour réussir sa mission. Comment faire pour agir de façon parfaitement orchestrée alors que le timing prévu est tout aussi serré ? Cette dernière longue séquence est le miroir de celle de Dubaï : une mission où les agents sont séparés dans l’espace, mais dont les actions presque chorégraphiques se doivent de rattraper les nombreux imprévus qui vont leur mettre des bâtons dans les roues. C’est dans cet aspect-là, la construction et la soudure d’un groupe, que le scénario de M:I 4 est à la fois passionnant et en pleine cohérence avec la filmographie de Brad Bird.
Par contre ce scénario dispose d’une grosse faiblesse. Une faiblesse qui peut cependant être retourné à son avantage en fonction de la perception des spectateurs : les enjeux de la mission apparaissent volontairement comme des hommages aux vieux films d’espionnage, et particulièrement à la série des James Bond. M:I 4 réinstaure même en toile de fond un climat de tension entre les Etats-Unis et la Russie, afin d’imprégner le long-métrage de cette ambiance surannée de « Guerre Froide ». De plus, Bird ne lésine pas avec une forme d’exotisme cliché typique de ce genre de productions (des plans larges somptueux, des décors facilement identifiables notamment dans le cas de la réception indienne,…). Il joue aussi sur l’aspect « pulp » de son long-métrage : une tueuse à gage de vingt-cinq ans (pas vraiment crédible mais diablement sexy), un méchant fou et mégalo comme on n’en avait plus fait depuis longtemps et dont les motivations criminelles délirantes le rapproche d’un « bad-guy » d’un épisode de James Bond période Roger Moore ou Pierce Brosnan… On pourra cependant reprocher dans son cas, la trop peu de présence et le peu de charisme de Michael Nyqvist dans ce long-métrage (bien que cela fasse plaisir de le voir dans une telle production comme son ancienne acolyte Noomi Rapace dans les futurs Sherlock Holmes 2 et Prometheus). Pour sa décharge, il était en effet difficile de succéder à Philip Seymour Hoffman qui avait composé un personnage absolument odieux et sans pitié dans M:I 3.
On peut même dit que cette ambiance et cette esthétique était déjà perceptible dans Les Indestructibles qui lorgnait quant à eux vers les Bond de Sean Connery. La composition de Michael Giacchino, collaborateur maintenant habituel de Bird et qui avait signé avec Les Indestructibles la dernière bande son « bondienne » fortement influencée par John Barry, est ici du même gabarit. Le film jouit aussi de l’une des meilleures directions artistique de la saga, que ce soit au niveau des décors, des costumes et surtout de la photographie avec l’oscarisé Robert Elswit, à qui l’on doit notamment tous les films de Paul Thomas Anderson. Seul quelques effets spéciaux numériques ne sont pas complètement aboutis. On pourra surtout reprocher une dernière scène qui gâche l’ensemble en appuyant d’abord un peu trop sur cette idée de camaraderie et de démystification de ces agents qui demeureraient des hommes comme les autres, aimant se retrouver autour d’un verre pour rigoler de leurs exploits. Aussi parce qu’elle fait revenir deux personnages d’épisodes précédents dans des caméos uniquement destinés aux fans. Surtout parce qu’elle entraine une pirouette régressive qui conclut minablement une des trames du récit (du genre aussi déceptive que les dernières vingt minutes de M:I 3 qui révélait un pot-aux-roses bien roublard et faible).
Mais rendons à César ce qui lui appartient. L’un des plus importants responsables de cette réussite est Brad Bird qui a su prouver qu’il était aussi à l’aise dans le domaine de l’animation que du cinéma « live » avec toutes les nouvelles contraintes (de méthodes et de tournage) que cela imposait. Bird sait filmer l’action. Il l’avait bien prouvé dans Le Géant de Fer et surtout dans Les Indestructibles qui, même en étant un dessin animé, avait pour lui quelques unes des plus brillantes séquences d’action de la décennie précédente. Ici, elles sont d’une lisibilité impeccable, d’un rythme enjoué et cache parfois une tension assez folle. Elles sont surtout assez originales, certaines d’entres elles frôlant le jamais vu (la tempête de sable, l’infiltration du Kremlin), se démarquent les unes des autres et interviennent à des moments réguliers. En Imax, leur impact est tout aussi important. Inutile de dire qu’en ce format, la séquence d’escalade sur le plus grand bâtiment du monde constitue l’un des plus grands moments de bravoure de ces dernières années. Le film s’achève sur un duel délirant dans un immense hangar cylindrique rempli de voitures, pendant qu’un missile géant nucléaire fonce droit sur San Francisco. Purement jubilatoire, la scène se conclue sur un clin d’œil au Géant de Fer avec un reportage indiquant qu’il s’agissait d’une comète (même rumeur que pour l’arrivée du robot).
Bird confirme ici qu’il est l’un des plus grands de sa génération. Il déjoue habilement certains codes (les masques) et réserve au spectateur son lot de « money shots » hallucinant (le plan aérien à l’arrivée de la tempête, le plan séquence au début de l’escalade de Cruise, le plan intérieur d’une voiture en train de tomber et bien d’autres encore…). Alors évidemment c’est son film le moins abouti, et au regard du reste de sa filmographie c’est loin d’être une insulte. Mais Bird a réussi non seulement à réaliser la première vraie adaptation de « Mission Impossible » mais a surtout livré un divertissement à la fois très drôle (ce qui n’était pas le cas des précédents), captivant, inspiré et souvent scotchant. Et ce, même s’il est certain que Bird l’a aussi accepté en tant que projet commercial. Un projet qui lui donnerait suffisamment de crédibilité et de liberté pour qu’il puisse réaliser un autre projet « live » à gros budget qui lui tient à cœur depuis bien longtemps. Une épopée romanesque et chorale ayant pour toile de fond le gigantesque séisme de San Francisco de 1906 dont on disait qu’elle avait l’ampleur du Titanic de James Cameron. Cela justifie à lui seul le prix d’un billet pour Mission Impossible : Protocole Fantôme.
NOTE à 8 / 10
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