Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Pour changer avec mes habituelles critiques, voici un court article qui s’intéresse à quatre récentes affiches de films. Quels sont leurs intérêts ? D’abord elles sont parmi les plus jolies composées dernièrement. L’art de l’affiche accrocheuse s’est depuis quelques temps bien perdu dans des délires « photoshopés » visant à faire apparaitre n’importe comment quelques stars dont on a effacé toute trace de ride. Face à cette standardisation visant à instaurer les mêmes codes de structure, de couleurs ou de lumières, quelques personnes talentueuses arrivent encore intelligemment à composer des images percutantes. Commençons par la plus ancienne :
Cela ne fait aucun doute : la campagne marketing du Millenium de David Fincher a été
en tout point exemplaire. Et cela s’est donc répercuté sur les affiches. Celle-ci a été crée par l’artiste Neil Kellerhouse, à qui l’on doit aussi
celles de The Social Network, I’m Still Here et The Informant !. La première image de Millenium différait néanmoins de celle-ci : à la fois provocante et
beaucoup plus noire, elle montrait une Rooney Mara torse nu dont le visage juvénile contrebalançait avec sa sexualité affichée frontalement. Daniel Craig se tenait derrière elle et avait placé un
bras autour de ses épaules dans un geste ambigu (paternel ? amical ? sont-ils amants ?).
Les suivantes se sont montré plus froides, toujours en noir et blanc, mais privilégiant surtout cette dernière contrairement au premier poster. Elles ont cependant toutes un point commun : elles imbriquent les deux personnages principaux comme s’ils ne constituaient qu’une seule et même personne (en référence au dieu à double visage, Janus ?). Car s’ils sont « imbriqués », ils ne regardent cependant presque jamais dans la même direction. Enfin, la tagline a elle-aussi évolué. Là où la première, évidemment plus sombre, soulignait que le mal serait combattu par le mal, sous-entendant ainsi la nature violente et trouble du duo et particulièrement celle de la jeune femme, la seconde fait directement référence à la Suède, pays des romans et pays où se déroule l’histoire. Une atmosphère glaciale et mystérieuse qui est un autre « personnage » du film. « What is hidden in snow, comes forth in the thaw » (ce qui est caché sous la neige, réapparaitra au dégel) est à la fois un proverbe local et une métaphore du film qui suivra une longue enquête visant à déterrer les secrets peu reluisants qu’ont tenté d’enterrer les différents membres de la famille Vanger.
Ou comment de simples images épurées arrivent à titiller le spectateur potentiel et à lui révéler quelques détails sur un film qui ne sera visiblement pas des plus chaleureux. Nul doute qu’elles ne tarderont pas à être copiées par quelques artistes en mal d’inspiration pour illustrer quelques thrillers.
La tendance est à la noirceur depuis quelques années. Une tendance fortement popularisée par
la série d’adaptations à succès de Batman par Christopher Nolan, chantre de la souffrance psychologique et de l’histoire labyrinthique. Son super-héros est aussi torturé que les autres
personnages « nolanien ». Constamment mis à rude épreuve (par la mort de ses parents, son mentor et traitre Ras’ Al Ghul, le délirant Joker,…), le super-héros le plus schizophrène
de l’histoire de la bande dessinée va affronter ici la plus terrible des menace. Celle-ci est le colosse Bane, célèbre pour son « I’ll break you » ; jeu de mot qui désignait à la
fois une cassure physique (sa force permettant de briser les os de ses ennemis) et une destruction symbolique.
C’est ce que sous-entend cette nouvelle affiche avec cette image fortement évocatrice du masque de Batman en morceaux au premier plan et d’un Bane qui s’éloigne calmement à l’arrière plan. La première affiche « teaser » avait déjà cette idée de chute en montrant l’effondrement des gratte-ciels de Gotham City, qui ne laissait émerger qu’un ciel gris qui, découpé par la silhouette des bâtiments, formait le symbole de la « Chauve-souris ». Ici, cela souligne avant tout une potentielle chute du chevalier noir. Une défaite cuisante qui pourrait trouver un certain écho chez les fans car renvoyant à une célèbre confrontation entre Bane et Batman dans le comics « Knightfall ». La tagline et le titre se répondent enfin de façon étonnante. La première annonce la fin de la légende (mais laquelle ? Celle de Batman ou de la trilogie de Nolan ?), tandis que la seconde annonce le relèvement du Chevalier Noir, qui deviendrait enfin ce véritable héros que Gotham mérite.
Un mystère plane donc sur la conclusion de ce Batman qui s’annonce encore une fois sombre et violent. Un épisode qui pourrait bien prendre en fin de compte, si l’on en croit cette image, l’aspect d’un ultime mais glorieux chant du signe.
L’affiche suivante vient de son principal concurrent : The Amazing Spider-man de Marc Webb, qui sortira lui aussi cet été. Un duel choc qui laissait supposer un combat binaire entre
le sombre homme chauve-souris et le plus coloré homme araignée. On aurait donc pu s’attendre à une campagne promotionnelle largement opposée afin de se différencier. Que nenni. Les premières
images officielles du nouveau costume du nouveau Peter Parker sont sur un fond noir et dégage une ambiance assez poisseuse (costume sale et abimé).
Cette affiche officielle ne se démarquera pas plus. Un choix risqué mais compréhensible. D’abord parce que ce reboot doit se différencier de la trilogie récente de Sam Raimi, qui avait avant tout vendu ses films sur des affiches lumineuses et colorées. Ensuite parce que les films de Nolan ont montré aux producteurs que la noirceur et la psychologie pouvaient être très, voire plus, vendeurs. Et d’un point de vue esthétique elle est cohérente avec sa tagline cynique : l’histoire qui n’a pas été raconté. D’où l’apparition d’une silhouette de Peter Parker, indéfinissable, presque angoissante. Une sorte de minuscule araignée accrochée en haut d’un mur et dont l’ombre reflète le célèbre symbole. Spider-man est avant tout cette maigre forme humaine mystérieuse et non identifiable que le film va tenter d’éclairer. Un jeune homme à la fois torturé par des doutes, des peurs et des choix, mais aussi tout seul dans ce combat contre le mal (les ténèbres qui l’entourent) et dont on n’a qu’un aperçu de ses pouvoirs phénoménaux (il grimpe aux murs). Une « untold story » qui se pencherait donc sur les détails et les personnages non exploités par Raimi une décennie auparavant (d’où le cynisme de la tagline qui ne peut vraiment fonctionner que pour les spectateurs de moins de dix ans qui n’ont pas grandis avec les trois films originaux).
Néanmoins, on ne peut lui enlever une certaine inspiration symbolique. Mais elle ne constitue malheureusement que le premier point positif de ce projet qui aura bien du mal à convaincre une partie du public, marquée par les films brillants de Raimi, à revenir en salle pour revoir probablement en moins bien la même chose.
Et la dernière vient tout juste d’apparaitre sur la toile (c’est le cas de le
dire) : celle de Prometheus de Ridley Scott. Difficile de définir exactement ce film. A l’origine il s’agissait d’un nouvel épisode Alien, puis d’une prequel (aventure se
passant avant le premier film) et maintenant d’un long-métrage presque complètement indépendant et dont seule la fin relierait le projet avec l’une des plus effrayantes sagas de l’histoire du
cinéma.
Le film devrait donc aborder une ambiance similaire (même univers et design) tout en brisant les codes instaurés par la série (différents personnages et trame). La campagne marketing qui vient de débuter ne fait pas de mystère : les codes esthétiques sont assez similaires. D’un point de vue colorimétrique d’abord avec une prédominance de noir et de bleu/vert. Même éclat de lumière angoissant au milieu de ces ténèbres symbolisant le vide de l’espace. Un objet cylindrique surplombe la seconde partie de l’affiche. Il ne s’agit plus cette fois de l’œuf alien mais d’un immense visage. Tout en bas, une silhouette féminine en scaphandre tente d’éclairer le lieu, révélant cette statue géante et inquiétante de part sa monumentalité. La tagline est aussi prophétique que celle, mythique, du premier épisode réalisé par Scott qui indiquait que « dans l’espace, personne ne nous entendait hurler ». Ici, l’affiche annonce quelque chose d’autrement plus ambitieux en termes d’enjeux : la recherche de nos origines pourrait nous mener à notre perte (the search for our beginning could lead to our end).
L’affiche de Prometheus est donc aussi mystérieuse que celle du premier Alien, ne révélant qu’un objet et annonçant une trame très large dont il semble difficile d’inclure « l’élément éclairé ». Elle en reprend la structure, les couleurs, tout en les détournant quelques peu pour marquer sa différence tout en amenant le cinéphile à faire un lien immédiat entre les deux long-métrages. Le gros blockbuster de Scott est encore loin d’avoir révélé tous ses secrets.
La moralité que l’on peut tirer de ces quatre belles affiches, c’est que la noirceur va encore magnifiquement habiller les grands blockbusters de l’année 2012. Mais attention à ne pas trop se complaire dans l’obscurité, le cinéma est aussi affaire de lumière, parbleu !