Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Larry Crowne
- Film américain sorti le 06 juillet 2011
- Réalisé par Tom Hanks
- Avec Tom Hanks, Julia Roberts, Gugu Mbatha-Raw,
- Comédie
Fraichement licencié d'un poste qu'il occupait depuis des années, Larry Crowne décide de s'inscrire à l'Université pour reprendre ses études. Ce changement de vie professionnelle prend une tournure plus personnelle lorsqu'il tombe sous le charme de son professeur d'expression orale, Mme Tainot. Belle, cynique, désabusée par le niveau affligeant de ses étudiants et déçue par son mariage, elle est également à un tournant de sa vie. Auront-ils droit à une seconde chance ?...
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Il n'est jamais trop tard marque le retour derrière la caméra de Tom Hanks quinze après That Thing You Do !. Retour aussi sur le devant de la scène de l'un des acteurs incontournables des années 80 et 90 qui, après les désastreuses adaptations des livres de Dan Brown par l'impersonnel Ron Howard, s'était fait un peu discret sur les écrans (le doublage de Woody dans Toy Story 3et La Guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols). Il n'est jamais trop tard marque le début d'un renouveau dans la carrière de Hanks puisqu'il est de nouveau très courtisé : il jouera dans Extremely Loud & Incredibly Close de Stephen Daldry, participera au Cloud Atlas d'Andy et Lana Wachowski et devrait figurer au futur casting cinq étoiles du Triple Frontier de Kathrynn Bigelow. Tout un programme donc.
Il est donc évident que ce Il n'est jamais trop tard n'est qu'un petit retour sans risque aux affaires. Le nouveau film de Tom Hanks est avant tout l'archétype même de la comédie romantique et de ce que l'on appelle le « feel-good-movie ». Le film est même justement plutôt réussi et divertissant parce qu'il est un archétype. On se plait de prévoir à l'avance les étapes balisées et on est heureux de les voir arriver jusqu'au happy end tant attendu et anticipé. Le film est bon parce que la recette, dont il respecte les moindres ingrédients, est bonne. Ce long-métrage n'est donc en rien une réinvention du genre. Deux personnages complètement opposés se rencontrent et, malgré les évidences, refusent volontairement ou involontairement de tomber dans les bras de l'autre. Mais cette rencontre va diamétralement bouleverser la vie des deux êtres, pour le pire et, finalement, surtout pour le meilleur. Personnages d'abord déprimés et remettant en question leur existence, qui tente de se ressaisir, et qui vont faire une rencontre inattendue. De celle-ci naitra quelques sentiments qui, une fois malencontreusement exprimés, refermeront pour un temps les deux personnages qui refusent de voir ce qui crève les yeux. Mais cet aveuglement est temporaire pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Il n'est jamais trop tard aurait donc tout du plaisir coupable (très) anodin. Une charmante et quelconque bluette naïve, tendre et assez drôle. Si ce n'est qu'elle est mise en scène et interprétée par Tom Hanks. Car Il n'est jamais trop tard s'inscrit dans la lignée de ces films qui sont de vrais autoportraits de leurs acteurs principaux et qui, sans cette personne spécifique, perdrait au moins la moitié de leur intérêt. C'était par exemple le cas du Knight and Day sorti il y a un an et qui était indirectement une remise en question de cette icône juvénile et pourtant vieillissante du cinéma d'action qu'est Tom Cruise, espérant désespérément de faire un « come-back » rédempteur (MI :4 devrait avoir cette même ligne directrice). C'est aussi le cas de la majorité des films de et mettant en scène Clint Eastwood depuis Impitoyable, où le vieux cow-boy analyse sans cesse sa propre légende alors qu'il approche toujours un peu plus de sa fin (Gran Torino n'aurait pas eu une telle puissance évocatrice et n'aurait pas eu une aussi forte mise en abime sans la présence d'Eastwood).
A un degré nettement moins artistique et définitif, ce Il n'est jamais trop tard est un portrait de l'être-Tom Hanks. Malgré tous les efforts de ce dernier, ce n'est évidemment pas Larry Crowne que l'on voit à l'écran mais bien l'acteur deux fois oscarisés. Tom Hanks remet ainsi en scène la figure qu'il a incarnée à la fin des années 80 et début des années 90 et qui lui a permis de devenir aussi célèbre : l'Américain moyen naïf en digne héritier de James Stewart, symbole d'espoir et d'innocence pour le public étasunien. Larry Crowne ne diffère pas beaucoup en termes de caractère d'un Josh dans Big ou d'un Sam Baldwin dans Nuits blanches à Seattle. C'est une bonne tête toujours dans la lune et de bonne humeur. Le gendre idéal, jamais agressif, toujours attentionné, joyeux. Crowne a un job pas très glorieux mais il s'en accommode largement et l'exerce avec la meilleure volonté du monde, tout son entourage l'aime, il a servi son pays en étant cuisinier sur un bateau de la Navy pendant une vingtaine d'années
Le seul problème c'est que Crowne vit vingt-cinq années plus tard. La crise économique est notamment passée par là, les temps sont maintenant durs. Résultat : sans diplôme et sans avoir fait d'études supérieures, Crowne passe par la violente et inévitable case « chômage ». Le vieux et innocent Hanks n'a plus vraiment sa place dans cette société où le facteur humain passe après le facteur économique. Il n'est jamais trop tard est un peu un film crépusculaire pour Tom Hanks. Un film de « vieux » qui regarde en arrière et qui recherche un nouveau rebond dans son existence devenu forcément monotone. Pour retrouver ce nouveau souffle, le « vieux » Hanks doit revenir dans un lieu que les jeunes gens fréquentent. Pour redevenir jeune et ne plus paraitre « archaïque », désuet, dépassé, le personnage de Hanks doit passer par l'archétype du lieu de jeunes et des sitcoms pour ados : l'université.
C'est lors de ces séquences, qui mettent en valeur ce choc des cultures et des générations, que le film se révèle intéressant. Notamment par un personnage jeune (féminin et noir de surcroit) interprété avec énergie par Gugu Mbatha-Raw et qui est tout sauf un faire-valoir. Si elle le met en valeur, ce n'est pas par sa simple présence mais par ses actions en tant que femmes fortes. A noter que le film de Hanks laisse la part belle à la gente féminine puisque ce sont toujours elles qui ont l'ascendant et qui mènent ces hommes-enfants. Il n'est jamais trop tard est donc l'histoire d'une métamorphose, celle de l'icône incarné par le « vieux » Hanks qui cherche à faire peau neuve et à montrer qu'il n'est pas encore temps de le jeter à la poubelle. En découle des scènes assez sympathiques, avec un parfum de « non, tout n'est pas fini », où le personnage de Tom Hanks intègre un bande de jeunes motard, où il révise ardemment ses examens et se fait confisquer son portable par le professeur excentrique d'économie (hilarant au demeurant).
Il n'est jamais trop tard remet ainsi en scène ces icones qu'étaient Hanks et Julia Roberts il y a une vingtaine d'années. Un film sur le décalage et la seconde chance, certes assez naïf et ultra-classique, mais qui dispose d'un humour assez efficace. Un long-métrage qui s'oublie aussi rapidement qu'il est consommé mais qui est d'une honnêteté et d'une candeur absolument désarmante.
NOTE à 6 / 10
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