Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Hanna
- Film américain sorti le 06 juillet 2011
- Réalisé par Joe Wright
- Avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Tom Hollander,
- Aventure, Thriller, Drame
Hanna est une jeune adolescente de quatorze ans de l'Europe de l'Est. Elle a été entraînée pour devenir une machine à tuer de sang froid. Mais Hanna découvre qu'une autre vie est possible lorsqu'elle rentre en contact avec une famille française, et surtout quand elle devient amie avec leur fille. Mais son père essaye de la ramener dans son monde. Elle découvre alors qu'elle a été élevée comme une tueuse dans un camp de prisonnier de la CIA. Hanna va alors lutter pour tenter de reconquérir sa liberté et une vie normale...
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A l'heure actuelle, Joe Wright est vraisemblablement l'un des réalisateurs anglais les plus talentueux et singuliers. Après des débuts assez réussis, bien que pas encore très étourdissants, avec l'adaptation du roman culte de Jane Austen Orgueil et Préjugés, le talent de Wright a réellement explosé avec le romanesque et bouleversant Reviens-moi. Après Le Soliste, passé inaperçu et même jamais sorti dans les salles françaises, il revient avec un projet assez inattendu de sa part : Hanna. Ce qui peut sembler comme une vaine relecture de Léon et de Nikita (le parcours d'une jeune fille entrainée à tuer) va cependant se révéler comme un film qui ne ressemble véritablement à rien de préexistant.
Alors que va sortir à peu d'intervalles Colombiana, la nouvelle production « écrite » par Luc Besson qui s'apparente plus à une paresseuse version afro-américaine des deux films précités, Hanna prend directement le chemin de l'originalité. Car Wright veut offrir plus qu'un simple film d'action. Son nouveau long-métrage aborde l'histoire de cette jeune fille, élevée loin de toute société afin de devenir une machine à tuer, par le biais du conte de fée. Hanna est riche en multiples références à l'encontre des contes des deux frères Grimm au point que certains décors prennent des atours surréalistes (notamment ce parc pour enfants où se déroulent les dernières vingt minutes du film). Si quelques une de ces comparaisons sont un peu trop littérales et maladroite, comme lorsque la méchante Marissa sort véritablement de la gueule d'un loup pour piéger la jeune Hanna, elles donnent néanmoins au film une aura, une atmosphère assez singulière. En l'état, le quatrième long-métrage de Wright est un véritable film d'action « arty ».
Bien que le scénario soit cohérent et réserve son lot de surprise, ce n'est pas cet aspect du film qui garantit sa réussite. Si Hanna est aussi envoutant c'est pour deux raisons. D'abord pour ses passages intimistes où la jeune héroïne essaye tant bien que mal d'avoir une vie « normale » en s'incrustant dans une famille. Le sur-jeu et les dialogues loufoques des membres de cette dernière permettent de leur donner une attitude décalée, amenant les spectateurs à ressentir cette même confusion, cette déstabilisation que l'héroïne a vis-à-vis de ces comportements nouveaux pour elle. Cela amène ainsi quelques scènes qui densifient le personnage principal, l'amenant à évoluer et à gagner en maturité. Beaucoup d'entre elles mettent en scène cette amie qu'Hanna va se faire, et on retiendra surtout une escapade nocturne et une séquence dans un lit assez connotée et ambigüe (aidée par un « champs/contre-champs » impossible).
Le film n'est pas dénué d'une certaine forme d'humour décalé, et pas uniquement lorsqu'Hanna commet quelques erreurs au niveau de son attitude et de son rapport aux autres (elle part chasser pour se nourrir, elle combat à mains nues un jeune homme qui voulait juste l'embrasser,...). Ses réflexes à connotation humoristique, comme répéter par coeur les définitions des mots que les autres emploient, sous-entendent le conditionnement étroit presque mécanique dans lequel a vécu cette jeune fille depuis sa naissance. Une sorte d'encyclopédie sur pattes, qui connait toutes les langues et les concepts par coeur. Mais qui paradoxalement ne sait pas toujours comment correctement réagir, du moins au cours de la première moitié du film (la scène où elle panique dans une chambre d'hôtel face à tous ces nouveaux objets angoissants en est particulièrement éloquente).
L'autre raison pour laquelle Hanna est une belle réussite c'est son impressionnante mise en scène. Joe Wright possède de nombreux atouts dans sa manche ; on se souvient par exemple du sublime plan séquence de Reviens-moi qui dévoilait l'évacuation de l'armée britannique sur les plages de Dunkerque en 1940. Ici, Wright nous en ressert à plusieurs reprises dont un, particulièrement impressionnant, puisqu'il dure tout le temps d'une séquence d'action qui voit Eric Bana (le père) affronter quatre hommes. Hanna est aussi un moyen pour Wright d'expérimenter, et certaines scènes d'actions finissent presque par devenir des exercices de style en soi. Certaines sont même carrément brillantes et figurent sans mal parmi les séquences les plus captivantes, immersives et impressionnantes de cette année (l'évasion dHanna au sein d'un complexe militaire avec un jeu de lumière étourdissant, la poursuite au milieu des containers...).
Mais ce serait oublier l'attraction phare de ce projet inattendu : la jeune et très talentueuse Saoirse Ronan. Déjà très impressionnante dans Reviens-moi, son talent avait explosé avec Lovely Bones qu'elle portait littéralement sur ses épaules et l'épopée de Peter Weir, Les Chemins de la Liberté, où elle réussissait à briller au milieu d'Ed Harris, de Colin Farrell et de Jim Sturgess. En l'état, sa carrière en fait déjà la meilleure actrice de sa génération, surpassant quelques pointures comme Kirsten Stewart ou les soeurs Fanning. Elle constitue aussi, aux côtés des « jeunettes » Chloe Moretz (Kick-Ass, Laisse-moi entrer) et Hailee Steinfeld (True Grit), une des figures féminines qui risqueraient bien de dominer le paysage cinématographique américain au cours des vingt prochaines années.
Saoirse Ronan n'a dailleurs jamais été aussi talentueuse que dans Hanna, c'est dire l'intensité de sa prestation. Prestation physique remarquable d'abord puisqu'elle a suivi un long entrainement pour les scènes de combat et de poursuite. Mais elle arrive aussi à faire passer naturellement, sans jamais surjouer, tout un spectre d'émotions assez complexe. Son petit air innocent et naïf, qui avait rendu insupportable le meurtre de son personnage dans Lovely Bones de Peter Jackson, contre balance bien la violence de son personnage. Car contrairement à Luc Besson pour Léon, qui avait été contraint de surprotéger Natalie Portman en rendant son personnage assez innofensif (peu d'allusions sexuelles, aucune violence de sa part), Joe Wright n'aseptise pas le personnage d'Hanna. Elle exécute ses cibles ou ses poursuivants et le réalisateur, s'il ne montre pas une violence trop insoutenable, refuse de céder à l'ellipse et à la consensualité.
Saoirse Ronan est cependant bien entourée. En effet, si Eric Bana fait preuve d'une belle sobriété qui met un peu son personnage blessé en retrait, Cate Blanchett incarne un personnage inquiétant, infiniment supérieur à celui qu'elle avait composé dans le fade Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal de Spielberg. Pour preuve : elle n'avait pas été aussi charismatique depuis Im not There de Todd Haynes. Toujours dans cette optique du conte de fée, le personnage de Blanchett représente une bien terrifiante méchante louve. À noter qu'une poignée de plans suffisent à la caractériser comme un monstre : un de ses gencives saignantes alors qu'elle se blanchit les dents avec des instruments tout droit sorti d'un cabinet de dentiste (ou de torture selon votre affinité avec ces médecins) ; une courte image en forme de « jump-scare » où le regard bestial de Blanchett transparait au travers dune vitre brisée ;... On peut aussi ajouter cette séquence de dialogue avec la grand-mère d'Hanna qui laisse sous-entendre une profonde blessure qui ne lui a jamais permis d'avoir un enfant et d'exercer une forme d'instinct maternel.
Enfin, Hanna peut se targuer d'avoir l'une des meilleures bandes originales composée pour un film ces derniers mois. Les « Chemical Brothers » livrent une partition à la fois dynamique, envoutante, accompagnée de quelques sonorités « féériques » et légères. Une musique audacieuse qui sied parfaitement aux scènes d'action, tout en leur ajoutant un côté surréaliste et nouveau ; la musique est d'ailleurs l'un des fils rouges de cette histoire, Hanna étant à chaque fois fascinée en la découvrant. Une musique donc à l'image du film de Wright : surprenante, décalée, onirique et énergique. Hanna est un conte moderne sur une petite fille qui quitte le bois pour aller à la rencontre du grand méchant loup. Un récit initiatique violent mais aussi merveilleux comme le souligne le passage dans la « maison des Grimm ». Comme le définirait le père de l'héroïne, Erik, avec sa grande encyclopédie grâce à laquelle il raconte les histoires merveilleuse du monde extérieur auquel ils sont coupés : Hanna se veut « une combinaison d'images et de sons visant la perfection de la forme et l'expression d'émotions ». Et cette dernière y arrive à de très nombreuses reprises.
NOTE à 8 / 10
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