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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La Proie

                                               

 - Titre original : La Proie

 - Film français sorti le 13 avril 2011

 - Réalisé par Eric Valette

 - Avec Albert Dupontel, Alice Taglioni, Sergi Lopez,…

 - Action, Thriller, Policier

                 Un braqueur s'évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série qui a entrepris de lui coller ses crimes sur le dos. Une policière de la Brigade des Fugitifs se lance à la poursuite du braqueur, devenu bien malgré lui l'ennemi public numéro 1. Quand chacun des protagonistes aura été au bout de lui-même, qui sera le chasseur, et qui sera la proie ?...

Albert Dupontel. StudioCanal

            Ce n'est plus un secret pour personne : la France n'est plus la patrie du thriller, du film d'aventure ou d'action, en bref, du film de genre. Les raisons sont multiples : système de production imparfait et injuste, mépris de ce type de long-métrage, budget rachitique, inexpérience des équipes de tournage,... Depuis plus d'une dizaine d'années, les producteurs se contentent souvent de financer légèrement un premier film, souvent sur la base d'une simple idée ou d'un concept, en y adjoignant une équipe pas toujours habituée à ce type de travail. Les résultats ont ainsi été, dans la plupart des cas, très décevants voire carrément embarrassants. Car de la bonne volonté il y en a bien au sein de ce milieu resté coincé au stade « Nouvelle Vague » depuis plus de trente ans. Cependant il existe une alternative : EuropaCorp. Dirigé par Luc Besson, qui s'était pourtant montré brillant metteur en scène il y a plus de deux décennies avec quelques séquences impressionnantes dans Nikita, Le Cinquième Elément et surtout Léon, cette firme est la seule en France à fournir des sommes considérables et à se payer des têtes d'affiche parfois américaine. Le problème c'est qu'elle a une désagréable tendance à délaisser l'étape « écriture du scénario » pour livrer des clips d'une heure et demie absolument irregardables dont les histoires tiennent sur des post-it et qui se montrent à la limite de la xénophobie et de l'escroquerie (dans ce dernier cas, la limite est souvent franchie).  

            Néanmoins, depuis une poignée d'années on peut remarquer l'arrivée de plus en plus récurente de petites anomalies. Il y a quelques mois, c'était A bout portant, excellent deuxième film de Fred Cavayé qui avait déjà apporté un nouveau souffle au « cinéma hexagonal populaire mais pas dénué d'ambitions » avec Pour Elle. Il y a deux ans, Jacques Audiard avait asséné un énorme coup de poing avec son Prophète, véritable petit miracle en France à l'heure actuelle. Ainsi on a vu apparaitre quelques metteurs en scène, plus ou moins doués certes, mais ambitieux et disposant d'une identité forte parmi cette pelleté de « réalisateurs estampillé écoles de cinéma consensuelles et bornés au drame mettant en scène l'élite parisienne ou « les pauvres » dans ce que le terme a de plus méprisant ». Parmi eux on trouve des noms comme Alexandre Aja, Jean-François Richet, Olivier Marshall, François Emilio Siri,... Eric Valette est de ceux-là après avoir signé un Maléfique très remarquée et Une Affaire d'Etat. Il revient avec un film d'action, La Proie, qui s'inspire très (très) librement d'un fait-divers réel.  

            Si le film ne restera pas comme une grande oeuvre, et étant encore loin du niveau du grand film d'action hexagonal que l'on se languit d'attendre, La Proie confirme malgré tout le dynamisme d'un certain type de cinéma français. On y retrouve aussi cette même forme de nostalgie des polars et films d'aventure français des années 60 et 70 qui avaient popularisé Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Une manière de faire du cinéma qui semble s'être perdue en France et qu'une nouvelle vague de jeunes réalisateurs tentent de retrouver et de rendre hommage. C'est d'abord une volonté de retourner à une forme d'efficacité filmique. Peu importe les faiblesses du scénario, souvent plombé par des péripéties et des rebondissements assez éculés, le plus important est que le rythme ne faiblisse jamais. De ce point de vue-là, le dernier film de Valette est plutôt réussi. Tout comme A Bout Portant, La Proie a une durée réduite qui l'amène à ne montrer que ce qui est nécessaire et ne va qu'à l'essentiel. Pas d'exposition de personnage trop lourde, on ne connaitra pour certains d'entre eux presque rien de leur passé. Au risque parfois d'en faire à quelques instants des personnages fonctions.  

            L'histoire est donc assez classique : il s'agit d'une course-poursuite vengeresse dont la structure a depuis longtemps été établie. Peu de surprise alors de ce côté-là, La Proie étant un peu une variante du Fugitif. Mais l'un des atouts qui permet la réussite du film de Valette est qu'il exploite impeccablement un environnement typiquement français. Ce dernier n'ayant plus l'habitude d'être le cadre de « films d'actions », bon nombre de productions de genre récentes échouent à se servir de ces paysages français. Il existe étonnamment une forme de honte à leur encontre. Mais tout comme A Bout Portant en décembre dernier, qui utilisait de façon originale des lieux parisiens courants pour les détourner et en faire des terrains crédibles de scènes de poursuites, le film de Valette se plait à  employer quelques décors apparemment saugrenus pour un long-métrage de ce type. Et cela fonctionne parfaitement, Valette nous montrant que nous n'avons pas à rougir de notre patrimoine hexagonal qui est tout à fait capable de rivaliser avec celui des Américains (peu de films de genre y sont arrivés depuis Les Spécialistes en 1985).

            Une faiblesse toutefois : les dialogues ne sont pas suffisamment bien écrits et on bloque assez régulièrement sur certaines répliques déclamées sans conviction ou avec une certaine forme de décalage. C'est le cas d'Alice Taglioni qui, malgré sa bonne volonté évidente, n'arrive pas toujours à rendre crédible son personnage stéréotypé et peu convaincant de « belle plante qui est en même temps superflic ». C'est aussi le cas, mais qu'à quelques instants, de Stéphane Debac qui interprète le tueur en série Jean-Louis Morel. Celui-ci en fait parfois un peu trop dans l'affabilité au point de devenir un poil caricatural. Cependant, à l'inverse, il arrive dans certaines séquences à se montrer particulièrement monstrueux (surtout lors de la scène où il « chasse » presque littéralement une jeune fille). Mais de toute façon, La Proie est surtout soutenu par l'interprétation remarquable d'Albert Dupontel, clairement l'un des acteurs français les plus dingues. Performance physique d'abord puisque Dupontel, à l'instar des Delon, Belmondo, Lanvin et Giraudeau, fait ses cascades lui-même (et c'est bien visible et ajoute une plus-value non négligeable à ces séquences). Mais Dupontel est aussi brillant dans les moments d'émotions, sachant ne pas en faire trop. C'est simple, il dévore l'écran à chacune de ses apparitions.  

            Mais sinon, niveau action ça assure ? Plutôt. La première demi-heure dans la prison se montre même particulièrement brutale. On retiendra aussi une poursuite très intense débutant par un saut de plusieurs étages, une course à pied sur une route à contre-sens (qui vaux au moins celle du périphérique dans Ne le dis à personne de Guillaume Canet) et suivi d'un plongeon sur le toit d'un train. Le tout est accompagné d'une bande-son plus travaillée que d'habitude, fortement inspiré de celles des productions « seventies », et d'une mise en scène très dynamique. Les faces-à-faces sont toujours tendus et semblent parfois être tiré de western ; genre que Valette affectionne spécialement à tel point que ce dernier rêve d'ailleurs d'en réaliser un. La confrontation finale n'est pas sans rappeler la scène d'ouverture vertigineuse des Spécialistes. On peut cependant regretter les cinq dernières minutes, très dispensables et copiant inutilement le final de La Vengeance dans la Peau de Paul Greengrass.  

            Au final, La Proie n'arrive quand même pas à dépasser A Bout Portant. La faute a un scénario accusant un certains nombres d'incohérences ou de rebondissement clichés. Le scénario du film de Cavayé n'était pas non plus parfait mais réussissait au moins à faire illusion et à ne pas trop s'appesantir par des répliques insuffisamment travaillées et des sous-intrigues ennuyeuses qui n'auraient pas du nous détourner de la trame centrale. Cependant, le film de Valette nous rassure sur un éventuel renouveau du cinéma de genre qui semble se faire de plus en plus proche. Efficacité, précision, ambition et expérience. Ce n'est certes pas encore ça mais on s'y approche de plus en plus.  

NOTE à 06 / 10

Albert Dupontel & Alice Taglioni. StudioCanalAlbert Dupontel. StudioCanal

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