Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 02 décembre 2009
- Réalisé par John Hillcoat
- Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce,
- Science fiction, Drame
Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d'énergie, plus de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. C'est dans ce décor d'apocalypse qu'un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L'humanité est retournée à la barbarie. Alors qu'ils suivent une ancienne autoroute menant vers l'océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n'a ni but ni espoir, il s'efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers...
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Le film apocalyptique est plus présent que jamais ces dernières années, depuis Le Jour d'après de Roland Emmerich en 2004, La Guerre des Mondes de Steven Spielberg en 2005, Je suis une légende de Francis Lawrence en 2007, jusqu'à cette année 2009 qui compte rien de moins que quatre films catastrophe avec Prédictions d'Alex Proyas, Les Derniers jours du monde des frères Larrieu, 2012 (encore) d'Emmerich et enfin La Route de John Hillcoat. Ce dernier, à l'instar du film des Larrieu mais qui tient surtout pour ces derniers des « faibles » financements dans le cinéma français, a la particularité d'être un film indépendant. Le budget ne permettant pas de fantaisies excessives comme c'était le cas pour 2012, John Hillcoat adopte donc une réalisation minimaliste, presque épurée. Et ça tombe bien car le roman, mais aussi son adaptation, ne se prêtaient pas à un excès d'effets pyrotechniques.
Ce serait même plutôt une force pour La Route, de se démarquer ainsi des superproductions hollywoodiennes pour se focaliser essentiellement sur la relation entre un père et son fils, témoins impuissants de la chute de l'humanité vers ses plus bas instincts. Il n'y aura d'ailleurs que très peu d'action dans ce film, surtout lors de la seconde heure, et même très peu de personnages secondaires. L'impression de solitude est donc clairement renforcée et le sentiment de paranoïa, de panique s'intensifiera à chaque fois qu'une silhouette fera son apparition au loin. En effet, La Route fait plutôt partie de ces films catastrophes qui considèrent que, lors d'une catastrophe, les hommes auraient plutôt tendance à se diviser et à se déshumaniser, ce qui rendait La Guerre des Mondes de Spielberg bien supérieure à la plupart des films apocalyptique hollywoodien dont le meilleur étendard est Emmerich. Face à un climat sombre, où le soleil n'arrive plus à percer à cause d'un épais et constant nuage de cendre, des décors de villes vides et sales, des forêts grises sans animaux ni même une touche de vert, le père et son fils doivent faire face à des hommes qui, pour survivre, sont tombé dans la monstruosité et le cannibalisme. C'est de là que viendra les principales scènes de tension, franchement intenses, du film comme celle de la maison des cannibales où les deux héros se retrouvent coincé ou encore ce face à face au début du long métrage entre un cannibale et le père qui le tient en joue. A ces scènes de suspense s'ajoutent des séquences glauques et dérangeantes comme celle où le père apprend à son fils à se suicider ou encore celle où il lui tire dessus en voulant le sauver. Des scènes inhabituelles et choquantes qui ne font que renforcer cette atmosphère terrifiante et oppressante.
Mais le film se distingue surtout par la relation entre le père et son fils, noeud même de toute l'intrigue. Le film s'intéresse d'abord à ce que le père serait prêt à faire afin de sauver son fils, n'hésitant pas à tuer, et montrant ainsi la perte de l'innocence de ce même enfant qui voit alors ces notions de bien et de mal se mélanger. Tuer pour sauver quelqu'un, est-ce finalement plus humain que tuer pour se sauver soi-même. L'autre question que pose le film est « que faut-il sauver ? » voire même « y a-t-il encore quelque chose à sauver ? ». C'est ce que montre cette idée de « feu » en soi, qui caractériserait les gentils selon le père, c'est-à-dire l'espoir, la dernière parcelle d'humanité qui mérite d'être défendue et transmise. Il y a aussi, face à cette très forte complicité entre Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee qui soutient presque tout le film, des seconds rôles intéressants joués par des acteurs qui n'ont plus besoin de faire leur preuves : Charlize Theron, Robert Duvall et Guy Pearce n'ayant pas besoin de plus de dix minutes pour être marquants et émouvants. Néanmoins La Route n'est bien évidemment pas excepté de défaut, et le plus important restera sa réalisation très académique comme si Hillcoat était terrifié à l'idée de prendre un risque. C'est justement dommage car c'est surement pour cette raison que certains décrocheront lors de quelques moments, notamment dans la dernière demi-heure. La fin est, elle aussi, un peu facile bien qu'il serait difficile de dire qu'il s'agit pleinement d'un happy end.
La Route est donc un film réussi qui se base sur de solides interprétations, notamment du duo principal, d'une belle photographie grisâtre avec de rares touches de couleurs (pour les flashbacks et une scène où l'enfant aperçoit un arc-en-ciel), d'une histoire touchante qui allie moments de tension et d'autres, plus calmes, sur le quotidien difficile des deux personnages. Cependant il y a aussi quelques longueurs dans la seconde moitié du film et un manque d'audace décevant dans la mise en scène, ce qui n'était pas le cas avec une autre adaptation par les frères Coen d'un roman de McCarthy.
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