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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Le Ruban Blanc

                                                   Les Films du Paradoxe

 - Film allemand et autrichien sorti le 21 octobre 2009

 - Réalisé par Michael Haneke

 - Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch,…

 - Drame

          C'est l'histoire d'enfants et d'adolescents d'une chorale dirigée par l'instituteur d'un village protestant de l'Allemagne du Nord, à la veille de la Première Guerre mondiale, et celle de leurs familles : le baron, le régisseur du domaine, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans,... D'étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d'un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?...

 

Ulrich Tukur. Les Films du ParadoxeLes Films du Paradoxe

          L'image d'Isabelle Huppert qui remet presqu'en larmes la Palme d'Or à son ami Michael Haneke, qui lui avait permis de remporter autrefois un second Prix d'Interprétation, laissait planer un soupçon de favoritisme. Après visionnage du film on peut dire que, même s'il n'est pas le meilleur de la compétition, Le Ruban Blanc n'est pas indigne à recevoir une telle récompense.

          Le principe même du film, qui est d'ailleurs révélé dès les premières phrases de la voix off, est de montrer ce qui a poussé une génération à sombrer dans le nazisme. Projet ambitieux donc mais qui va constituer la faiblesse majeure du film d'Haneke. En effet, l'idée de réduire cette démonstration à un simple village perdu dans la campagne est quelques peu contestable, d'ailleurs Haneke ne préviendra le spectateur de son objectif de départ qu'une seule fois, tout de suite après le générique de début complètement silencieux. L'autre paradoxe du Ruban Blanc est sa critique de la morale et de la rigueur excessive, qu'il semble considérer comme les origines de cette future violence, alors qu'il en emprunt sa réalisation. De plus, Haneke semble avoir le gout de la violence, toujours hors-champ certes mais c'est ce qui la rend d'autant plus forte, alors que son propos est souvent de dénoncer son usage excessif comme dans son fameux Funny Games.

          Néanmoins si on passe sur ces quelques défauts, Le Ruban Blanc demeure un magnifique film qui prend le risque de dérouter, voire de perdre, son public avec l'utilisation du noir et blanc, d'un rythme particulièrement lent et d'une absence presque totale de suspense et de musique à l'exception des rares choeurs de la chorale. Les acteurs, presque tous inconnus, sont tout simplement brillants, notamment les enfants et Burghart Klaussner qui joue avec une très grande subtilité. S'il vaut mieux, en découvrant Le Ruban Blanc, faire abstraction de cette recherche de l'origine du nazisme, il n'en demeure pas moins que le dernier film d'Haneke montre, d'une manière poignante et efficace, l'apparition de la « violence ordinaire ». Certaines scènes sont éprouvantes, comme la lente correction de deux enfants par leur père pasteur, mais elles sont toujours filmées en hors-champs et sans coupure pour accentuer leur aspect réaliste et insupportable.

          Ponctué de séquences fortes (la découverte de la mort par un petit garçon, le docteur qui avoue à sa maitresse la haine qu'il lui porte, la séparation entre le baron et sa femme, la révélation des doutes du professeur sur l'identité des responsables au pasteur,...), Le Ruban Blanc captive avant tout le spectateur par sa très grande beauté plastique. On peut d'ailleurs dire que le film d'Haneke est à la photographie ce que Barry Lyndon de Kubrick est à la peinture. Tout en plan séquence, avec de lent travellings et d'un noir et blanc sublime (Le Ruban Blanc aurait surement été moins intéressant s'il avait été filmé en couleurs), le film propose une galerie de portrait (des personnages mais aussi dans le sens photographique du terme) d'une austérité effarante qui accentue encore plus ce cadre insupportable et étouffant du protestantisme.  

          Si le dénouement semble un peu expédié, réduisant à néant cette étude de « l'origine du nazisme » puisqu'elle n'aboutit sur une aucune conclusion, il permet néanmoins de laisser le spectateur interpréter ce qu'il a vu sans abattre à coup de marteau sa moralité finale. Les méchants ne sont donc pas si noirs et les gentils pas si blancs que cela, il sera d'ailleurs paradoxal d'observer que celui qui prêche la pureté du fameux ruban est, au départ tout du moins, l'un des personnages les plus inquiétants du village. Enfin on partira avec un doute désagréable sur l'innocence, justement, et la « pureté », que la morale s'efforce à leur inculquer, de ces jeunes anges blonds qui, s'ils ne deviennent pas barbares dans les décennies qui vont suivre, le sont déjà...

* * * * 

Les Films du Paradoxe

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