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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Lucky Luke

                                                        UGC Distribution

 - Film français sorti le 21 octobre 2009

 - Réalisé par James Huth

 - Avec Jean Dujardin, Michael Youn, Alexandra Lamy,…

 - Comédie, Western

          Au cours de sa mission à Daisy Town, la ville qui l'a vu grandir, Lucky Luke, « l'homme qui tire plus vite que son ombre », va croiser Billy The Kid, Calamity Jane, Pat Poker, Jesse James et Belle...

 

Jean Dujardin. Christine TamaletJean Dujardin. Christine Tamalet

          L'adaptation au cinéma de bandes dessinées est un exercice excessivement « casse-gueule » et hormis les rares films de super-héros réussis (Batman : Le Défi, The Dark Knight, Superman et la trilogie Spider-man pour ne citer que les meilleurs) ce procédé accouche bien trop souvent de films moyens (X-men, Astérix Mission Cléopâtre, Watchmen) voire plutôt médiocres (Astérix contre César et Aux Jeux Olympiques, Iznogoud). Lucky Luke a déjà plusieurs fois souffert avec d'abord le film assez fade de Terence Hill, puis sur le terrible navet Les Dalton. Autant dire qu'une bonne adaptation de Lucky Luke restait à faire. Ce n'est pas encore pour cette fois.

          Partant du principe que la franchise avait besoin d'être « reboosté » alors qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion d'être décemment lancé, les scénaristes ont jugé intelligent de montrer un pseudo traumatisme qui expliquerait l'ambiguïté de Lucky Luke et son besoin de solitude. Ceci est donc déjà un aveu d'échec. En effet, la mode est au « reboot », c'est-à-dire refaire une ancienne franchise en y injectant une certaine modernité. Si le résultat est souvent décevant, il y a déjà eu quelques perles cinématographiques avec ce procédé. Prenons les deux fers de lance qui ont lancé cette mode et qui constituent les plus grandes réussites de cette refonte : Batman Begins de Christopher Nolan et Casino Royale de Martin Campbell. Cela peut sembler étrange mais Lucky Luke a de nombreux points communs avec ces deux films qu’il leur a de toute évidence volé ni vu, ni connu. En effet, comme Batman, Lucky Luke a été victime d'un traumatisme particulièrement violent : il a assisté à l'assassinat de ses parents (le tout filmé avec un abominable filtre rouge). Comme James Bond, Lucky Luke se sentira blessé par la trahison de la femme qu'il aime, le confortant ainsi à rester seul. Et enfin, comme Batman et James Bond, ses traumatisme questionneront son statut de héros et son recours à la violence (Doit-il tuer ? Céder à la vengeance ?). Hormis le fait que cette « psychologie du personnage » soit pompée à droite et à gauche et qu'elle soit totalement absente des bande dessinée, il faut aussi, et surtout, préciser qu'elle n'a pas lieu d'être dans ce film. Doit-on rappeler que ces deux fameuses « modernisations de mythe » selon la presse est avant tout un retour au source qu'une exploitation excessive avait effacé : Batman étant devenu une icône gay et fluo, il fallait bien rappeler que c'est un psychopathe traumatisé et vengeur et James Bond n'était pas non plus à l'origine cette figure grotesquement kitsch et détaché de tout sentiment dont les aventures était devenu plus immondes les unes que les autres (il est encore difficile de se remettre de Meurs un autre jour qui n'aura eu comme seul avantage le fait qu'étant allé trop loin il a permis indirectement la réalisation de l'un des meilleurs épisodes de la série). Cette psychologie à l'origine absente du personnage de Lucky Luke n'avait donc rien à faire là.

          Cependant, l'équipe du film et quelques irréductibles rétorqueront qu'il faut savoir se détacher de l'oeuvre qu'on adapte. Certes, mais faut-il pour autant la massacrer par de la noirceur inutile et peu crédible ? Parce que très clairement Huth ne sait pas quoi choisir entre la noirceur, la complexité et l'humour, le détachement. Ainsi le sacrifice de Belle sera ridiculisé par les répliques « drôles » de l'assassin. Huth s'essaye à la noirceur mais a tellement peur de perdre son public, majoritairement des jeune ou des fans de la bande dessinée, qu'il l'alterne très maladroitement avec des scènes comiques. C'est donc une tentative ratée, mais le problème vient aussi du fait que l'humour avec lequel Huth contrebalance ses scènes « sombres » est à l'opposé de celui de la BD (mais à la limite l'humour Canal+ fonctionnait plutôt bien avec le second épisode d'Astérix) et surtout n'arrive même pas à faire sourire. Les blagues tombent presque toutes à plat, les gags visuels peinent franchement à faire rire quand ils n'agacent pas. C'est donc un ratage sur tout les tableaux et ce n'est surement pas le scénario vide qui y changera quelque chose tant il y a de clichés (c'est à croire que les scénaristes voulaient se foutre de nous : contrairement à ce qu'on aurait pu croire le grand méchant n'est pas mort au milieu du film, la femme qu'aime Lucky Luke le trahira mais elle pensait que c'était pour son bien parce qu'elle aime depuis qu'ils se sont connus étant enfants, le vieil oncle tout gentil est en fait l'organisateur du complot,...).

          Si l'humour, déjà pas terrible à l'écrit, n'arrive pas à décoincer les zygomatiques c'est surtout par le jeu catastrophique des acteurs. Jean Dujardin se croit dans OSS 117 (aucune, mais vraiment aucune variation de jeu si ce n'est qu'elle est moins drôle) et essaye vainement d'imiter Bruce Wayne ; Daniel Prévost ne fait aucun effort pour faire oublier qu'il est Daniel Prévost ; Michaël Youn étant à l'origine un véritable poison pour le cinéma et la comédie est en roue libre dans son interprétation d'un attardé mental qui se prend pour un gosse (Billy the Kid) ; Sylvie Testud se plante lamentablement dans son rôle de Calamity Jane, femme très masculine qui a en fait un coeur d'artichaut puisqu'elle est amoureuse de Lucky Luke qui devra choisir entre elle et Alexandra Lamy (bonjour le choix), cette dernière ne rendant pas son personnage charismatique une seule microseconde ; et enfin le meilleur de tous, Melvin Poupaud, qui se contentera de réciter des extraits de Shakespeare, pour symboliser sa grosse tête, avec un ton tellement peu convaincant qu'il en est sérieusement pathétique. Aucune séquence ne rachète l'autre, et surtout pas la plus consternante où Youn et Poupaud, en mode cabotinage extrême, fume le brin d'herbe de Lucky Luke. Le tout se terminera avec un final ridicule et fatigant où se mêlent très mal la lutte intérieure de Lucky Luke et l'humour des combats.

          Et pourtant il y a les moyens financiers pour faire un bon western français. Les décors, très sous exploités, sont vraiment crédibles et la photographie se permet même parfois d'être audacieuse, quitte à tomber dans l'effet de style inutile. Une scène arrive malgré tout à émerger du lot : celle où Luke braque Pat Poker, tout les deux entouré de noir pour symboliser la vengeance qui s'empare de lui et qui disparait un seul instant en faisant réapparaitre le décor qui s'effacera de nouveau. C'est clair par contre qu'on n'aura pas de western français novateur et réussi si on se contente de copier pâlement le style de Sergio Leone et que l'on préfère s'appuyer sur un nom qui garanti le succès commercial mais pas forcément le succès artistique (comme c'est aussi le cas du récent Petit Nicolas). Que Huth veuille faire un western travaillé sur le fond et la forme c'est tout à son honneur, qu'il se contente pour cela de reprendre une BD comique et adulée pour la démolir et rater son projet initial est avant tout une preuve de manque d'audace et de talent.

* * * *  

Melvil Poupaud, Jean Dujardin, Sylvie Testud et Michaël Youn. Christine Tamalet

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