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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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The Lady

                                      

 - Titre original : The Lady

 - Film français sorti le 30 novembre 2011

 - Réalisé par Luc Besson

 - Avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett,…

 - Biopic, Drame

                C’est une histoire d’amour hors du commun. Celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple. Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie. C’est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie...

                Une grande majorité de cinéphiles est d’accord sur le fait suivant : la carrière de Luc Besson n’a plus vraiment d’intérêt depuis au moins le milieu des années 90 (depuis la sortie de Leon plus exactement, son dernier bon film et sans nul doute son plus abouti). Si certains de ses long-métrages, souvent de grandes réussites populaires, avaient de nombreux défauts (Nikita, Le Grand Bleu), ils avaient au moins pour eux un style particulier, une véritable maîtrise technique et une certaine originalité. Ce fut nettement moins le cas de ses films « post-Cinquième Elément ». Ce dernier était lui-même un gigantesque plagiat des œuvres filmiques et des bandes dessinées de S.F. des années 80, bien qu’il restait quand même assez fun à sa façon. Depuis, entre Jeanne d’Arc, la trilogie consternante des Minimoys, Angel-A et le catastrophique Adèle Blanc-Sec, la crédibilité de Luc Besson a fini par prendre un certain coup. 

                Il semblait, donc pendant quelques années, qu’il fallait mieux qu’il s’intéresse à sa société EuropaCorp et à la construction de son grand studio permettant de produire et de réaliser des projets ambitieux et d’accueillir des tournages de grandes productions étrangères. Mais Besson revient avec un sujet inattendu qui permet de rappeler qu’il fut un temps où il était considéré comme l’un des jeunes réalisateurs français les plus talentueux et prometteurs de sa génération. L’affiliation de Besson avec un biopic sur Aung San Suu Kyi, fille d’un héros de la Birmanie qui lutta pour l’indépendance de son pays, n’est évidemment pas tout de suite évidente. Cette femme reçut le Prix Nobel de la Paix pour son combat contre la junte politique qui dirigeait la Birmanie d’une main de fer et qui l’assigna à résidence pendant de nombreuses années. Un sujet à la fois ambitieux, très sensible (le tournage en Birmanie fut fait clandestinement) et relativement « casse-gueule ». 

                Très clairement, le sujet est bien trop lourd pour lui. Son traitement est même souvent maladroit. Besson n’évite pas un certain didactisme et son film ne peut servir que comme une première approche de ces évènements (pas d’analyse en profondeur, le film restant à la surface des choses comme n’importe quel article de « Wikipédia »). Pire il fait preuve d’un fort manichéisme : en gros, la junte est très méchante et San Suu Kyi a droit à une grande hagiographie. Pendant même une poignée de scènes, Besson se révèle incapable d’être subtil, notamment lors des exécutions très lacrymales et les dix dernières minutes presque indignes avec en fond sonore des chansons de U2. Néanmoins, ce sujet trop énorme a obligé Besson, peut être trop effrayé par l’ampleur de ce qu’il filmait, de se restreindre lui-même et de faire des efforts pour le servir aussi bien qu’il le pouvait. Cela l’a obligé à aborder son long-métrage par une forme de classicisme, avec une narration plutôt balisée et une mise en scène assez passe-partout. Cela est valable pour la photographie mais aussi pour la musique, puisqu’Eric Serra a composé une bande originale plus « orchestrale », assez proche du style d’un John Williams. Pour le coup, The Lady n’est pas un film audacieux et, dans ce cas précis, c’est véritablement une bonne chose. 

                L’autre bon point, c’est que Luc Besson n’en a quasiment pas écrit le scénario. Il bénéficie donc du talent d’un scénariste à la fois plus subtil et meilleur écrivain. Assemblé au talent de direction d’acteur de Luc Besson, l’histoire The Lady est rapidement assez passionnante, ce qui n’était plus arrivé depuis une vingtaine d’années avec lui. De même, les personnages sont très vite attachants, facilitant l’adhésion et l’implication du spectateur. La réussite de ce The Lady ne vient donc véritablement pas de la mise en scène sage et académique de Besson mais plutôt de la représentation de cette relation entre San Suu Kyi et son mari dévoué et effacé. Cette réussite dépendait ainsi en grande partie de l’interprétation à la fois impliquée et impressionnante de ces deux principaux interprètes. 

                Des deux, c’est évidemment Michelle Yeoh qui est la plus voyante puisqu’elle prête ses traits au sujet même du long-métrage (jusque dans sont titre). A la fois fragile, sensible et déterminée, elle alterne les registres et livre une interprétation sans faille et respectueuse de son modèle. Un lourd pari dans lequel elle sort vainqueur et avec les honneurs, montrant en alternance le courage et la volonté de cette femme ainsi que sa souffrance et sa solitude face aux coups bas répétés d’une junte militaire prête à tout pour la casser. C’est en ce point précis que réside le principal lien entre ce sujet et Luc Besson, ce dernier ayant toujours eu un goût prononcé pour les portraits de femmes fortes. Et c’est là qu’entre en scène le second personnage, plus discret mais néanmoins essentiel : Michael, le mari de Suu, joué par un David Thewlis  sobre, qui n’avait pas été aussi charismatique depuis son rôle de professeur Lupin dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban. 

                Leur lien est le moteur même du récit. Ce lien impressionne le spectateur à la fois par sa durée mais aussi par sa force. Il survit aux épreuves qu’endurent chacun des deux personnages. C’est ce lien qui les pousse tous les deux, les soutient et les amène à réaliser de grandes choses (le mari qui, dans une totale admiration pour sa femme, se battra pour qu’elle obtienne une reconnaissance mondiale ; cette dernière n’abandonnera pas car soutenue par son mari). Ce lien est particulièrement visible lors de la séquence de la remise du prix Nobel, séquence accompagnée d’un montage alterné amplifiant à la fois l’émotion et le suspense (c’est l’une des rares possibilités pour Suu d’entendre sa famille par le biais d’une radio qui a bien du mal à marcher). La dernière épreuve restera néanmoins la plus dure : l’annonce du cancer de Michael qui finira par avoir raison de lui sans que sa femme ait la possibilité de le revoir une dernière fois (les dernières séquences où ils s’appellent sont assez déchirantes et montrent bien l’ampleur de leurs jeux d’acteurs).   

                The Lady peut donc être vu comme le premier film vraiment regardable de Luc Besson depuis une vingtaine d’années. Un film qui a ses défauts, comme un sujet trop lourd et difficile à traiter pleinement et librement, des scènes parfois larmoyantes et démonstratives, un manichéisme trop appuyé… Mais cela a aussi permis à Besson de se reprendre en main et à refaire de façon plus efficace les grands divertissements populaires qu’il affectionne tant. Il prévoit maintenant de faire un gigantesque film de science-fiction. Se dirige-t-on vers un Cinquième Elément 2 ou bien vers le vrai space opéra que souhaite vraiment nous offrir Besson ? Réponse et possible confirmation de cette « renaissance » d’ici deux ou trois ans. 

NOTE à 6,5 / 10

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