Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : The Thing
- Film américain sorti le 12 octobre 2011
- Réalisé par Matthijs van Heijningen Jr.
- Avec Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen…
- Epouvante-horreur, Science-fiction
La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer.

Dans la longue lignée des œuvres « eighties » pas encore « rebootés » ou « remakés », il y avait le chef d’œuvre horrifique de John Carpenter, The Thing. Lui-même ayant été un remake bien plus accompli de La Chose d’un Autre Monde de Christian Nyby (film tiré de la nouvelle « Who Goes There ? » de John W. Campbell), le film à gros budget de Carpenter avait été un échec au box office pour cause de malchance : The Thing présentait un extraterrestre vicieux dans la droite lignée du Alien de Ridley Scott (avec lequel le huis-clos glacial de Carpenter possède un certain nombre de points communs) alors que quelques semaines auparavant était arrivé sur les écrans un petit extraterrestre pacifique aux yeux globuleux s’appelant E.T. Le film pessimiste de Carpenter détonait trop avec l’ère plus « glorieuse » et « positive » de Reagan.
Le réalisateur Matthijs van Heijningen Jr. est donc arrivé dernièrement avec ce qui se vantait d’être une « prequel ». Non, les producteurs le juraient : pas un de ces remakes à la mode mais un film qui expliciterait les origines de « la Chose » et révèlerait ce qui était arrivé à l’équipe norvégienne qui, dans le film de Carpenter, avait été la première en contact avec cet être venu d’ailleurs. Triste époque où il faut, sous n’importe quel prétexte, expliquer ce qui n’a pas besoin de l’être. Le (prochain) triste exemple n’est autre que le Prometheus de Scott, projet qui parait fort opportuniste et cynique puisque, sous couvert de dévoiler les origines des Aliens et de l’étrange être gigantesque se trouvant dans le vaisseau du premier épisode, risque bien de ressembler à un « remake » d’Alien fait par le metteur en scène forcément légitime du premier film de la saga. Le résultat final pour ce The Thing n’est pas surprenant, il s’agit bien à peu de choses près d’un remake plan par plan du long-métrage de Carpenter.
Photographie assez proche, mise en scène relativement similaire, décors absolument identiques… Il serait trop long de faire la liste des points communs entre les deux long-métrage. Le rôle faussement secondaire de Joel Edgerton (bazardé pendant près de quarante minutes, ce qui est un vrai désavantage quand on sait le charisme de l’acteur australien) ressemble beaucoup au personnage immortalisé par Kurt Russell : pas bavard mais un peu « cool » (il porte une boucle d’oreille), pilote d’hélicoptère et disposant de suffisamment de charisme pour s’affirmer dans le groupe... L’autre grande similitude est la reprise de façon faussement dissimulée de la mythique séquence du test sanguin (sûrement l’une des scènes les plus intenses jamais réalisées). Mais attention, on modernise pour faire croire que l’on ne recopie pas bêtement : maintenant, pour débusquer « la Chose », on vérifie si les suspects ont des plombages (le métal n’étant pas reproductible par l’extraterrestre). Le montage et la mise en scène en font une scène quasiment identique à celle de 1983.
Mais l’équipe du film a du faire face à un problème de taille : leurs héros sont sensés être des norvégiens ce qui impliquerait aux films d’être sous-titrés, ce qui est en soit une hérésie en Amérique. Comment faire ? C’est bien simple, il suffit d’y introduire deux ou trois Américains obligeant les autres personnages à communiquer majoritairement en anglais. L’un d’eux est une jeune scientifique jouée par la très jolie et talentueuse Mary Elisabeth Winstead. Son rôle, faussement faible et effacé n’est évidemment pas sans rappeler Ellen* Ripley immortalisée par Sigourney Weaver dans les quatre Alien ; impression renforcée quand elle parcourt les couloirs sombres et vides armée d’un lance-flamme (qu’elle manie parfaitement sans entrainement). La structure même du récit est identique à celle du Carpenter ce qui brise tout effet de surprise.
Quoiqu’il y a bien une unique exception mais elle ne joue pas en la faveur du film de Heijningen Jr. Si l’on a vu le début du The Thing de Carpenter, on sait obligatoirement que toute l’équipe norvégienne meurt. Hors, le film se finit pourtant comme la version de Carpenter, en laissant un protagoniste seul dans la neige. Hommage à l’original ? La réponse pourrait plutôt être « copie de l’original » quand on regarde l’ensemble de ce faux « prequel » cachant un vrai remake. Mais la raison est plutôt que pour une production de ce type, il faut faire preuve d’une véritable audace pour tuer tous les protagonistes et finir sur une note complètement sombre. Le The Thing de Carpenter soulignait bien la situation désespérée des deux survivants ; dans la nouvelle version il y a encore une possibilité de s’échapper et de s’en sortir.
Il y a deux changements majeurs dans le film, deux scènes qui étaient heureusement absentes de la version de Carpenter. La première est une séquence de crash d’hélicoptère, aussi efficace qu’utile et crédible. Le pourquoi de cette séquence vient probablement d’une demande des producteurs exigeant une scène d’action, les autres raisons ne venant qu’abaisser la qualité du long-métrage en plus de rendre incohérente l’attitude de la « Chose » (se révélant dans les airs alors qu’elle s’apprête à sortir de l’enfer blanc où elle a été congelée pendant des siècles). La seconde scène est la séquence finale se déroulant dans la soucoupe volante de la « Chose », qui essaye de fuir, et qui entraine une débauche d’effets numériques parfois douteux, pas loin de la série B « tunée » (ou de la fin d’Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal de Spielberg).
Ce dernier aspect, la présence de CGI, est l’unique réelle raison de ce prequel. Comment rendre justice, voire faire mieux que les effets spéciaux « en dur » phénoménaux qu’avait accomplis Rob Bottin ? Le réalisateur et son équipe avait opté pour un mélange de prothèses et d’images de synthèse, comptant sur le réalisme de ces derniers pour être indiscernables des premiers. Belle audace qui ne paye qu’à moitié car si dans certaines séquences cette hybridation est plutôt réussie, rendant assez bien le côté à la fois grotesque, gore et « lovecraftien » de la créature lors de ses mutations, certains plans rendent assez mal la « matière » (les démembrements des visages humains notamment). Mais la dernière grande déception réside dans les séquences où la « Chose » apparait sous son vrai visage. Car là où les effets digitaux auraient pu aller encore plus loin dans la retranscriptions de métamorphoses délirantes, le film de Heijningen Jr. se limite à recopier certaines formes marquantes déjà vues dans la version de Carpenter (comme la fusion cauchemardesque de deux crânes humains). A cela il faut aussi rajouter que la forme que prend « la Chose » est souvent la même, à savoir assez proche des ignobles sangsues qui dévoraient Andy Serkis dans le King Kong de Peter Jackson.
Là où le film de Carpenter jouait sur la paranoïa et misait sur une bonne demi-heure pour instaurer une ambiance et présenter les personnages, le nouveau The Thing vire très vite au slasher banal, alignant les séquences chocs pour maintenir éveillé le spectateur qui aura bien du mal à éprouver ne serait-ce qu’un frisson à ces séquences déjà vues plusieurs fois. Une scénette est particulièrement révélatrice de l’ambition des deux projets : l’apparition de la « Chose ». Dans le Carpenter, les héros recueille un chien poursuivi par des scientifiques qui semblent fous. Ils découvrent petit à petit, sans le comprendre, le désastre qui a décimé l’équipe norvégienne (avec quelques images angoissantes comme ce suicidé gelé dont les bras ouverts laissent « couler » des stalactites de sang). Ce n’est que trente minutes après le début du film, en ayant bien insisté sur le côté étrange du chien, que la transformation se fait dans toute son horreur. Dans la version de Heijningen Jr., la « Chose » se réveille soudainement dans un bête « jump scare ».
Il est bien dommage qu’une équipe aussi capable (le casting est plutôt réussi, la direction artistique, même si peu originale, reste impressionnante et supérieure à la plupart des actuels films de genre…) soit contrainte de travailler sur un projet aussi bancal, et ce même si la volonté est avant tout de rendre hommage. Le lien avec le The Thing de Carpenter est lui-même des plus maladroit, ne se faisant qu’au cours du générique de fin comme si l’équipe venait de se souvenir de l’origine du projet et s’empressait à la hâte de raccrocher leur histoire à celle de 1983 (on entend même pendant une minute la musique angoissante qu’avait composé Morricone). A peu de chose près, on croirait voir le « prequel » de La Planète des Singes qui avaient lui aussi raccroché son histoire au reste de la série au cours de deux dernières minutes bien grotesques. Pas grand-chose à se mettre sous la dent donc, avec ce film qui ne pourra plaire qu’à ceux qui n’ont pas vu le long-métrage sorti au début des années 80. Car les autres risquent inévitablement de s’atteler au jeu des comparaisons et celui-ci ne tourne jamais en faveur du prequel de Heijningen Jr.
NOTE à 3,5 / 10
