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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Time Out

                                   

 - Titre original : In Time

 - Film américain sort le 23 novembre 2011

 - Réalisé par Andrew Niccol

 - Avec Amanda Seyfried, Justin Timberlake, Cillian Murphy,…

 - Science-fiction, Thriller

                Dans un monde où le temps a remplacé l'argent, les hommes, génétiquement modifiés, ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut « gagner » du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d'années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte...

                Jusqu’à présent, Andrew Niccols avait eu un parcours assez exemplaire. D’abord scénariste du très beau Truman Show de Peter Weir puis du très sympathique Le Terminal de Spielberg, il s’est fait surtout connaitre par le biais de ses réalisations avec des films vraiment réussis et intelligents comme S1m0ne  et le sous-estimé Lord of War, sans pour autant atteindre le niveau de son magistral premier coup d’essai intitulé Bienvenue à Gattaca. Quelque peu ralenti avec le retentissant échec de Lord of War, Niccols ne revient sur les écrans que cinq bonnes années après son dernier long-métrage, avec un nouveau concept d’anticipation assez génial comme il l’avait fait avec Gattaca. 

                A une époque où les gros studios hollywoodienne ne se basent que sur une marque vendeuse pour lancer un film (un « best-seller », un jeu-vidéo, une franchise, le remake d’un classique…), il était au départ réconfortant de voir la production d’un film de S.F. disposant d’un pitch à la fois original et potentiellement très riche. Car mis à part Niccols, seuls Nolan ou Cameron osent encore vraiment s’atteler à ce genre de projet, à les écrire puis à les porter à l’écran. Le point départ est le suivant : le temps est devenu littéralement la monnaie courante. Passé vingt-cinq ans, on a la possibilité de « gagner » sa vie mais, pour éviter tout problème de surpopulation que l’immortalité pourrait causer, on meurt dès que le compte à rebours intégré dans le bras des individus s’achève. Et afin de s’assurer qu’une majorité de la population ne puisse pas avoir véritablement accès à l’immortalité, on fait en sorte que celle-ci soit parquée dans des quartiers pauvres et violents. Et bien plus loin, dans des quartiers très urbanisés et surprotégés, vivent ces « millionnaires » ayant parfois plusieurs millénaires au compteur. 

                C’est donc sur cette idée de base, très influencée par les romans S.F. des années 50 comme a pu en écrire Bradbury, que se développe Time Out. Il y a aussi un même traitement visuel que dans Gattaca, à savoir la peinture d’un univers futuriste à la fois neutre, « stérile » et terriblement proche du notre (bien qu’ici cela ressemble tellement à notre monde actuel qu’on a l’impression que l’équipe de tournage avait un poil dans la main). Mais alors qu’est-ce qui ne marche pas ? D’abord l’impression persistante de voir un pâle et lointain remake de son Gattaca : un jeune héros défavorisé qui décide de combattre un système, qui l’oppresse et le rejette, en prenant la place de quelqu’un d’autre avant d’être poursuivi par la police pour cette raison. Aussi parce que la trame narrative reprend sans réelle audace ou innovation celle de plus en plus éculée de « Robin des Bois » ; Time Out peut d’ailleurs se voir comme une version moderne et dénuée de toute subversion de Bonnie et Clyde. 

                Pourtant les trente premières minutes du film font illusion. Elles dévoilent parfaitement un étrange univers, en expliquent les règles et font preuve d’une certaine intelligence. Niccols nous montre, par exemple, le détective repérant le « nouveau riche » au milieu d’une foule de millionnaires en recherchant celui qui court (car encore habitué à son ancienne condition et donc croyant être toujours proche de la mort). De même, il dévoile le milieu des « immortels » comme celui de personnes paranoïaques et entourées de gardes du corps car ayant trop peur de mourir d’un accident après en avoir autant accumulé dans le bras. Niccols joue aussi pendant un temps avec cette idée d’un monde « jeune », où il n’existe plus aucune vieille personne. Mais contrairement à Alfonso Cuaron qui avait su exploiter l’absence d’enfants dans Les Fils de l’Homme, Niccols semble se lasser très vite de ce parti pris. C’est bien dommage car il y avait probablement plus à exploiter sur le sujet qu’une simple scène de dialogue où un personnage présente trois femmes du même âge comme sa belle-mère, sa femme et sa fille. Passé une demi-heure, Niccols semble être fatigué de son concept malin et place Time Out sur les rails du cliché pour ne plus en dévier jusqu’à la fin. 

                Si l’histoire n’est rapidement plus très intéressante, par un manque d’enjeu, de rythme et de danger (le compte à rebours étant peu de fois utilisé comme un élément de suspense), elle est sérieusement entachée par des facilités et des incohérences scénaristiques à la pelle. Sylvia Weis, la jolie fille riche en mal de frissons incarnée par Amanda Seyfried, devient une championne du marathon tout en gardant continuellement ses (très) hauts talons pendant que Justin Timberlake révèle soudainement des talents de tueurs que tout sniper lui envierait. Une fuite perpétuelle donc, très répétitive et se déroulant toujours dans les mêmes décors miteux. Non pas que les scènes d’actions soient mal filmées, on échappe au moins à la tradition de la caméra à l’épaule et du montage hystérique), mais elles manquent furieusement d’audace et de dynamisme. Loin de rythmer le film, elles ont même tendance à l’alourdir et à souvent agacer, voire pire désintéresser, le spectateur. 

                Le reste n’est pas non plus avenant puisque seule la photographie de Roger Deakins semble à peu près à la hauteur du projet, bien qu’on ait connu ce dernier plus inspiré auparavant. Plus le film avance, plus le scénario de Niccols, pourtant son point fort dans tous ses films précédents, montre des faiblesses (dues à des coupures à la post-production ?). Des intrigues sont sous-entendues, comme le passé du père du héros, sans jamais être exploitées ou même conclues. On peut donc être amené à se demander ce qui justifiait de tel sous-entendus au long du récit si c’est pour au final ne rien en savoir. De même, le film finit par n’être plus qu’une métaphore assez facile de la crise économique actuelle, et il est bien décevant que Niccols ne limite son concept qu’à cette unique approche simpliste. Face à tout ça, les acteurs ne semblent que moyennement motivés. Justin Timberlake assure le strict minimum, parfois moins (notamment lors d’une scène triste belle sur le papier mais presque grotesque à l’écran), Amanda Seyfried idem, Cillian Murphy a l’air de s’ennuyer dans son rôle de détective désabusé mais obstiné, et ne parlons pas d’Alex Pettyfer qui surjoue un caïd très (mais alors très) méchant. 

                Grosse déception donc, que d’avoir attendu aussi longtemps le retour d’un auteur très prometteur pour finalement assister à son premier échec. Certes, il y a de bien pires navets que ce Time Out, et ce dernier a au moins pour lui de disposer d’une idée originale sur laquelle bâtir un récit. Mais un récit balisé, cliché et parfois incohérent. Un film aussi décevant que son ambition était grande. Si le long-métrage se regarde d’un œil morne, sans réel déplaisir, il laisse néanmoins au final un gout très amer car se révélant indigne du talent dont avait fait preuve Niccols. Ce dernier va maintenant enchainer sur  un autre film d’anticipation, intitulé The Host et avec la talentueuse Saoirse Ronan, mais qui sera malheureusement adapté d’un roman de Stephenie Meyer, l’auteure de « Twilight ». 

NOTE à 4,5 / 10

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