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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Un Jour

                                     

 - Titre original : One Day

 - Film américain sorti le 24 août 2011

 - Réalisé par Lone Scherfig

 - Avec Anne Hathaway, Jim Sturgess, Patricia Clarkson,…

 - Romance, Comédie 

                   Emma et Dexter passent la nuit ensemble après leur soirée de fin d’étude et décident… de rester amis. Lui est insouciant et frivole, elle est bourrée de complexes. Pendant 20 ans, Dexter et Emma vont s’adorer, se séparer, se détester, se manquer… Finiront-ils par comprendre qu’ils ne sont jamais aussi heureux que lorsqu’ils sont ensemble ?

                Une histoire romantique où deux personnages, de toute évidence fait l’un pour l’autre, passent les trois quarts du film à se tourner autour sans jamais tomber dans les bras de leur compagnon ? Une idée de base plutôt cliché qui n’inciterait en aucun cas à aller le voir en salle. Pourtant Un Jour de Lone Scherfig réussit à trouver un moyen de narration assez étonnant : ne montrer l’évolution, sur plusieurs années, de leur relation que par le biais du récit d’un seul jour, le 15 juillet. Celui-ci n’est pas pris au hasard puisqu’il s’agira à chaque fois de l’anniversaire de leur rencontre.  

                Cela implique donc de savoir manier avec subtilité l’art de l’ellipse. L’idée en l’état est assez audacieuse puisqu’elle implique de voir le déroulement sur le long terme de cette relation et d’être parfois pris par surprise lorsque l’on voit à quel point la situation a évolué en un an. L’audace s’arrête cependant là. Car si l’on prend l’histoire dans sa globalité, le récit d’Un Jour aurait pu se dérouler à des dates complètement différentes et sur un temps plus resserré que l’on n’aurait pas vu la différence. Le schéma est bien éculé : les deux se rencontrent, s’aiment sans le dire, décident de rester « amis », puis vont lentement se séparer, vont aller voir ailleurs mais ne pourront résister au fil des années à leur irrésistible attraction. Très vite donc, l’originalité du projet est déjoué par le classicisme complet de cette histoire qui n’arrive pas à se débarquer malgré ce rythme osé et original. 

                L’autre problème vient d’un léger problème de casting, bien que moins grave que le Sean Penn de This Must be the Place. Certes, l’actrice Anne Hathaway n’a pas encore totalement fait ses preuves (on l’attend notamment avec anxiété en Catwoman dans The Dark Knight Rises de Christopher Nolan) bien qu’elle arrive souvent à rendre ses personnages touchants. Là où c’est plus compliqué c’est de la trouver crédible en femme timide et complexée par son physique alors qu’elle n’est enlaidie que par une paire de lunette. En cela, l’acteur Jim Sturgess s’en tire un peu mieux bien que son personnage egocentrique soit nettement moins empathique de prime abord. Ce dernier est d’ailleurs nettement mieux écrit puisqu’il accumule les défauts et ne cessent d’évoluer au fur et à mesure que le récit progresse. D’abord jeune homme assuré et ambitieux, il va lentement devenir un tombeur matérialiste, égoïste et dépendant qui blessera sans le voir celle qui l’aime et ses parents. Ce dernier détail est important et joue en « sa faveur » puisque le personnage jouée par Hathaway est dénué de tout lien filial qui pourrait lui donner une certaine épaisseur (on ignore presque tout de son passé). 

                La mère de Dexter (Sturgess) apporte en effet une profondeur non négligeable au jeune homme puisqu’elle est atteinte d’un cancer. Cette dernière essaye en effet de remettre son fils sur le droit chemin et tâche de vivre des derniers instants avec lui qui soient mémorables. Mais l’irresponsabilité de son fils va compliquer la relation entre ce dernier et son père. Et si l’on ajoute que la mère malade en question est interprétée par la très talentueuse Patricia Clarkson (dernièrement dans Shutter Island, Whatever Works et Easy A mais ayant eu une carrière bien plus longue) cela ne fait que renforcer cette « plus-value ». Mais à partir de son inévitable disparition, issue qui ne fait aucun doute à partir de l’annonce de sa maladie, le film perd beaucoup de son intérêt. Et il n’en reprendra qu’à partir des dix dernières minutes avec l’arrivée d’un évènement, classique mais amené de façon inattendue, qui permet à l’histoire de se centrer à nouveau sur Dexter plutôt que sur la gentille et transparente Emma. 

                D’un point de vue esthétique, Un Jour n’est pas non plus très novateur bien que plutôt correctement filmé et pas désagréable à regarder. La réalisatrice Lone Scherfig avait auparavant réalisé le très acclamé (par la critique) à sa sortie Une éducation, qui avait eu surtout pour avantage d’avoir mis sur le devant de la scène une actrice maintenant très courtisée : Carey Mulligan. Ici aussi, point de fulgurance artistique, mais plutôt une certaine efficacité qui est entre autres due à l’entente assez perceptible entre les deux acteurs principaux et à une mise en scène peu audacieuse mais souvent judicieuse. Néanmoins, avec ce parti pris de raconter ce qui se passe sur plusieurs années à une date spécifique, Un Jour se retrouve avec un rythme en dents de scie. Certaines séquences sont capitales et bien plus longues que d’autres, plus anecdotiques voire parfois inutiles. Reste quelques moments assez réussi, la séquence du voyage en France dans la première demi-heure étant sûrement la meilleur du métrage.

                Cependant cette nouvelle romance est loin d’être désagréable à regarder. Elle est correctement fabriquée, plutôt bien interprétée et est, plus que tout, souvent assez touchante. Les dernières séquences sont les plus abouties puisqu’elles parviennent à illustrer en peu de temps une multitude de sentiments : des regrets, la nostalgie des ambitions et des rêves abandonnées, des cuisants échecs mais un soupçon d’optimisme et de bonheur vis-à-vis de ce que l’on a vécu et qui est dorénavant irremplaçable. Un Jour est une romance sans grande prétention, si ce n’est d’émouvoir le spectateur pendant deux heures. Et de ce point de vue là, et même si l’on a déjà fait bien mieux dans le genre, le long-métrage de Scherfig remplit largement son objectif.  

NOTE à 6 / 10

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